Bilan

Trois morts dans une fusillade à Strasbourg: la France en "urgence attentat"

Un tireur a ouvert le feu sur la foule au marché de Noël de Strasbourg mardi soir. Trois morts et plusieurs blessés sont à déplorer pour le moment, alors que le tireur a pu prendre la fuite. Une chasse à l'homme a été mise sur pied et la France passe en "urgence attentat".

Un important déploiement de force de police et de militaires a été déployé à Strasbourg pour faire tenter de neutraliser le tireur.

Crédits: AFP

De très importantes forces de l'ordre étaient engagées mercredi matin dans une chasse à l'homme pour retrouver l'auteur en fuite de la fusillade qui a fait au moins trois morts mardi soir sur le Marché de Noël de Strasbourg (nord-est), alors que le gouvernement français décidait de placer le pays en "urgence attentat".

Quelque 350 personnes, dont 100 membres de la police judiciaire, des militaires et deux hélicoptères, sont aux trousses de l'assaillant, a indiqué le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner dans la nuit de mardi à mercredi à la préfecture du Bas-Rhin à Strasbourg, où il a été dépêché par le président Emmanuel Macron.

"A partir de 19h50 (18H50 GMT), un homme, sur trois points de la ville, a semé la terreur. Il a tué 3 personnes et blessé 12 personnes, dont 6 sont en urgence absolue", a-t-il poursuivi sans dévoiler son identité. De son côté, la préfecture du Bas-Rhin a fait part dans la nuit d'un bilan provisoire de trois personnes décédées, 5 blessés graves et 6 blessés légers. "Entre 20H20 et 21H00", l'assaillant a par deux fois échangé des coups de feu avec les forces de sécurité avant de s'enfuir, a encore expliqué Christophe Castaner.

Lors de ces échanges de tirs, il a été blessé par une patrouille de soldats de l'opération Sentinelle qui sécurisent le Marché de Noël de Strasbourg, a expliqué une source policière. Selon l'état-major des armées, un soldat a été blessé légèrement à la main par ricochet d'un tir de l'assaillant.

"On a entendu plusieurs coups de feu, trois peut-être, et on a vu plusieurs personnes courir. L’une d’elles est tombée, je ne sais pas si c’est parce qu’elle a trébuché ou parce qu’elle a été touchée. Les gens du bar ont crié +ferme, ferme+ et le bar a été fermé", a raconté un témoin joint par l'AFP et confiné dans son appartement.

M. Castaner a précisé que l'individu était "très défavorablement connu pour des faits de droit commun, pour lesquels il a déjà fait l'objet de condamnations en France et en Allemagne et pour lesquels il a purgé ses peines". Selon une source proche du dossier, le suspect, un homme de 29 ans fiché "S", devait être interpellé mardi matin par les gendarmes dans une enquête de droit commun. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour "assassinats, tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle".

"Eviter le risque de mimétisme"

Après cette attaque le gouvernement a porté le niveau du plan Vigipirate à "urgence attentat", a annoncé le ministre de l'Intérieur. Cette mesure comprend "la mise en place de contrôles renforcés aux frontières, et des contrôles renforcés sur l'ensemble des marchés de Noël en France pour éviter le risque de mimétisme", a-t-il poursuivi. "Il y aura aussi en complément une mobilisation plus forte encore du dispositif sentinelle sur l'ensemble du territoire". Dans la soirée, le chef de l'Etat a exprimé sur Twitter la solidarité de la "nation tout entière" après avoir présidé une réunion de crise interministérielle en présence du Premier ministre Edouard Philippe.

Le traditionnel marché de Noël de Strasbourg avait fait l’objet d’un projet d’attentat en décembre 2000. Il est protégé en permanence par un important dispositif de surveillance. Environ 260 policiers nationaux sont notamment mobilisés. En décembre 2016, le marché de Noël de Berlin avait été visé par un attentat au camion-bélier revendiqué par le groupe État islamique qui avait fait douze morts. La ville abrite par ailleurs le siège du Parlement européen, actuellement en session, qui a été entièrement bouclé à l'annonce de la fusillade, selon un journaliste de l'AFP sur place. Eurodéputés, employés et journalistes ont tous été confinés dans le bâtiment pendant plusieurs heures. Leur évacuation a débuté à 03H00 (02H00 GMT).

La Première ministre britannique Theresa May s'est dite dans un tweet "choquée et attristée par la terrible attaque de Strasbourg". "Mes pensées sont avec tous ceux qui ont été frappés et le peuple français". "Nous pleurons les personnes tuées et nous sommes par les pensées avec les blessés", a réagi de son côté Twitter le porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Seibert, également "bouleversé". "Une prière pour les victimes, mais les prières ne suffisent plus. Mon engagement (...) est et sera total pour que les terroristes soient débusqués, bloqués, éliminés, en Europe et dans le monde, par tous les moyens licites nécessaires", a déclaré le ministre italien de l'Intérieur et ex-député européen Matteo Salvini.

"Manipulation"

Cette fusillade intervient alors que la France vit sous une menace terroriste élevée depuis la vague d'attentats jihadistes sans précédent qui a fait 246 tués depuis 2015. La France a été frappée deux fois cette année au cours d'attaques qui ont fait cinq morts. Le dernier a succombé à une attaque au couteau menée par Khamzat Azimov, assaillant de 20 ans abattu par la police dans le quartier touristique de l'Opéra à Paris le 12 mai 2018.

La précédente attaque s'était produite le 23 mars à Carcassonne et à Trèbes (sud). Dans son périple meurtrier, Radouane Lakdim, un délinquant radicalisé de 25 ans, avait volé une voiture à Carcassonne dont il avait abattu le passager et blessé le conducteur. Il était ensuite entré dans un supermarché à Trèbes où il avait tué un boucher, un client ainsi qu'un gendarme qui s'était offert comme otage à la place d'une femme.

L'attaque de Strasbourg intervient en pleine crise des "gilets jaunes", qui protestent contre la politique sociale du gouvernement. Mardi soir, sur une page Facebook annonçant un "Acte V" des manifestations samedi, certains évoquaient une "manipulation" de l'Etat ou "un soi-disant attentat".

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