Bilan

Tourisme: le Valais aiguise les papilles et la curiosité

Le canton du Valais est reconnu pour sa nature, son agriculture mais aussi son savoir-faire technologique et énergétique. Visite d’une distillerie à Martigny, d’une fromagerie dans le Val de Bagnes et de l’incontournable Grande-Dixence.

Les visites de groupes dans la distillerie Morand attirent des milliers de touristes.

Crédits: Morand

Le Valais attire les amoureux de la nature. Pourtant, ce canton n’est pas seulement synonyme de randonnées ou de ski alpin. Bien que confidentiel, il existe aussi un tourisme économique et industriel. C’est d’ailleurs une volonté du canton de renforcer ce type d’offre. «La tendance commence à se dessiner. Les hôtes ont envie de savoir ce qui se trouve derrière le produit qu’ils achètent. Ils veulent découvrir les lieux dans lesquels les produits sont fabriqués. Il y a une envie de comprendre et de donner du sens à sa consommation», constate Damian Constantin, directeur de Valais Promotion.

Fabrice Haenni, directeur de Louis Morand. (Morand)
Fabrice Haenni, directeur de Louis Morand. (Morand)

Ainsi, la distillerie Morand, au plein centre de Martigny, l’a bien compris. Depuis quatre ans, la PME ouvre de plus en plus ses portes au grand public. Le succès est grandissant. «L’année passée, nous avons fait visiter la distillerie à 312 groupes, soit 6200 personnes», explique Fabrice Haenni, directeur de Louis Morand depuis 2015. Désormais, il est aussi possible d’y organiser des enterrements de vie de jeune fille ou de garçon, d’effectuer des cours de cocktails ou de combiner visite et dégustation. «Nous avons dû nous allier à l’Office du tourisme car nos œnologues et membres de la famille ne pouvaient plus assurer seuls ces visites», ajoute-t-il.

Effluves de williamine et d’épices

Avant d’entrer dans la distillerie, il faut se désinfecter les mains avec une lotion hydroalcoolique maison, réalisée à partir de Williamine et de menthe. La visite démarre dans une salle dans laquelle les fruits sont triés avant d’être broyés et réceptionnés dans des cuves où a lieu la fermentation. «Nous traitons chaque année, près de 2 millions de kilos de fruits. Pour une bouteille de Williamine, il faut 8 kilos de poire Williams», précise Fabrice Haenni.

La purée de fruit fermentée remonte vers les alambics. Ces marmites de cuivre, installées au rez-de-chaussée de l’usine de 8000 mètres carrés, permettent de porter la purée de fruit à ébullition. L’eau-de-vie est récupérée par évaporation. Cette phase de distillation a lieu durant l’hiver mais les effluves d’abricotine et de Williamine planent encore dans cette immense salle.

Autre partie du bâtiment, autres odeurs. Celles de différentes épices et herbes aromatiques qui sont conditionnées dans des sachets de thé et différents flacons par seize personnes en situation de handicap. Il y a trois ans, la PME a racheté la société Rostal Herbes Aromatiques Grand-Saint-Bernard.

Enfin, on découvre les fameux sirops Morand qui représentent 30% du chiffre d’affaires. Quelques employés déposent des bouteilles vides sur une chaîne de production. Celles-ci sont rapidement remplies du breuvage sucré et coloré qui se décline en 50 références, allant du kiwi, pêche, abricot du Valais au traditionnel sirop grenadine. Jusqu’à 1200 bouteilles sont conditionnées à l’heure.

A Martigny, l’entreprise produit uniquement des sirops réalisés à partir de pur jus de fraise, de framboise et de cassis. «Nous n’avons jamais vendu autant de sirop que durant le confinement», s’étonne Fabrice Haenni, qui espère désormais reconquérir d’autres marchés que la Romandie et faire retrouver à l’entreprise son succès d’antan.

Du vin au fromage

Le Valais est le plus grand canton viticole de Suisse avec 4800 hectares de vigne. Ainsi, plusieurs caves proposent des visites. Un parcours de découverte avec dégustation est aussi incontournable aux Celliers de Sion. Cet Oenoparc a d’ailleurs reçu le Prix suisse de l’oenotourisme en 2018, puis le Prix du Global Winner Swiss Award à Adélaïde en Australie.

Ce canton possède également une longue tradition dans la fabrication du fromage à raclette. Quelques fromagers ont décidé d’ouvrir leurs portes aux touristes, à l’exemple de la Laiterie de Verbier dans le Val de Bagnes. Elle propose régulièrement des ateliers de fabrication de fromage. «Chaque année, près de 1000 personnes y participent», note Marc Dubosson qui présente avec enthousiasme la coopérative dans laquelle travaille également son père Roger.

Dans une grande chaudière, jusqu’à 3500 litres de lait sont chauffés quotidiennement. Des ferments lactiques et de la présure y sont ajoutés. Le tout est brassé chaque matin à l’aube. Après les opérations de décaillage et de séparation entre le petit lait et le fromage, le découpage a lieu. «Nous produisons entre 16'000 à 17'000 meules chaque année, dont 60% sont vendues sur place», ajoute le jeune fromager.

En sous-sol de la Laiterie de Verbier, les meules flottent dans des bains de sel afin de former leur croute et stopper l’acidité. Puis, elles sont entreposées dans différentes salles aux températures de plus en plus fraîches. «Les touristes adorent cette alignée de meules», dit amusé Marc Dubosson en présentant sa cave où sont entreposés pendant au moins trois mois des centaines de fromages quotidiennement lavés et brossés. «Le lieu est chargé en bactéries. C’est ce qui fait d’ailleurs la réussite de nos fromages», poursuit le jeune homme qui aime innover. Il a lancé le fromage à raclette à base de truffe qui rencontre un grand succès auprès des touristes de passage à Verbier. «Un fromage de bourgeois», dit en rigolant son père, Roger, qui n’hésite pas à manger les croûtes de Bagne délaissées par les visiteurs du jour.

Le pèlerinage de la Grande-Dixence

Lac du barrage de la Grande Dixence. (Alpiq)
Lac du barrage de la Grande Dixence. (Alpiq)

Autres lieux industriels fréquemment visités: les barrages qui fournissent environ 28% de la production hydroélectrique suisse. Neuf barrages valaisans sont ouverts au public, dont la Grande-Dixence. Celui-ci forme un chef-d’œuvre de technicité et d’audace au fond du Val des Dix. Plus de dix ans ont été nécessaires pour construire l’édifice, achevé en 1961.

Celui-ci est alimenté par 35 glaciers. Les 400 millions de mètres cubes d’eau stockés dans la Grande-Dixence sont turbinés et produisent plus de 2 milliards de kWh chaque année, ce qui représentent 20% de l’énergie d’accumulation en Suisse. Ainsi, c’est l’équivalent d’environ 400'000 ménages qui sont alimentés par la seule production électrique du barrage de la Grande Dixence.

Le site attire de nombreux visiteurs. «100'000 personnes y transitent chaque année. De juin à septembre, 12'000 touristes achètent un ticket pour réaliser la visite guidée et prendre le téléphérique qui monte jusqu’au couronnement du barrage à 2365 mètres d’altitude où se trouve la plus longue tyrolienne de Suisse», précise Eric Rudaz, secrétaire général de la Grande-Dixence.

Le barrage de la Grande Dixence. (Alpiq)
Le barrage de la Grande Dixence. (Alpiq)

Il est aussi possible d’entrer dans les entrailles du barrage et de découvrir un labyrinthe d’étroits couloirs dont la température n’excède pas les 6°C. Avec, à son arrivée, un film, réalisé par Jean-Luc Godard, qui retrace l’histoire de ce chantier herculéen. Plus de 1800 personnes y ont vécu et travaillé jour et nuit dans les années 50. «Beaucoup de visiteurs viennent ici en pèlerinage car un membre de leur famille avait participé à ces travaux», note Eric Rudaz, sirotant son thé froid au Ritz, le bâtiment au pied du barrage qui servait alors d’administration, d’infirmerie, de cantine et même de cinéma à ces travailleurs qui ont forgé cette pyramide de cubes de béton.

Le Valais doit être reconnu pour sa nature, son agriculture mais aussi son savoir-faire technologique. «Le canton est aussi béni par ses barrages. Nous avons une réelle carte à jouer et devrions mieux mettre en avant notre savoir-faire énergétique», ajoute Damian Constantin, de Valais Promotion. Un musée dédié à l’or bleu serait-il envisagé? «Cela revient dans les discussions. Un centre expérimental ludique de l’énergie renouvelable où les visiteurs vivront une expérience unique pourrait être une opportunité fantastique.»

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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