Bilan

Toto Morand: «Si quelques entreprises partent, ce n’est pas trop grave»

Alors que le Parlement fédéral s’empare de PF17 sur la fiscalité des entreprises, l’entrepreneur vaudois «Toto» Morand affiche son opposition à ce projet. Interview.

Selon "Toto" Morand, PF17 contibuera à vider les caisses des collectivités publiques.

Crédits: Patrick Martin

Ancien candidat au Conseil d’Etat du canton de Vaud et patron des magasins de chaussures Pomp It Up (une soixantaine de collaborateurs), «Toto» Morand avait combattu en 2017 la réforme de l’imposition des bénéfices des entreprises (RIE III). Aujourd’hui, il s’oppose à sa nouvelle version connue sous le nom de PF 17 dont le contenu est débattu cette semaine sous la Coupole fédérale. Interview.

Bilan: Pourquoi êtes-vous opposé à PF17?

Guillaume Morand: En février 2017, les citoyens ont rejeté RIE III en raison d’une baisse exagérée du taux d’imposition des bénéfices des entreprises. Ils ont estimé que les conséquences sur les collectivités publiques et la population étaient trop lourdes. Aujourd’hui, le nouveau projet ne prévoit pas de changements majeurs par rapport à la version précédente, excepté le deal avec l’AVS. Dans le canton de Vaud, il fait peur à tous les syndics car il aura des répercussions négatives sur les recettes fiscales. A Nyon, la commune veut même augmenter les impôts.

Vous aviez refusé RIE III ainsi que sa version vaudoise et maintenant vous luttez contre PF17. C’est du dogmatisme?

Les acteurs politiques ne veulent pas comprendre que la population en a marre de l’explosion démographique liée à l’implantation de multinationales. Avec les avantages que la Suisse continuera à leur offrir, ces dernières continueront à venir.

Ce projet profite aussi aux PME, y compris à la vôtre…

Les PME n’exigent pas un recul du taux d’imposition des bénéfices autour de 13%. Car leurs gains sont faibles pour une grande majorité d’entre elles. Leur problème principal, c’est la taxation de leur outil de production par le biais de l’impôt sur la fortune des personnes physiques. C’est cela qui étouffe les entrepreneurs.

Le deal avec l’AVS n’est-il pas acceptable?

Faut-il favoriser l’immigration via l’implantation de sièges d’entreprises pour soutenir le financement de l’AVS? C’est une fuite en avant. PF17 ne vise qu’à soutenir les multinationales pour qu’elles restent sur notre territoire. Le taux sont trop bas. Qui va payer? Les PME, les collectivités publiques et la population en raison de la progression de leurs charges.

Vous rejetez donc le volet social inclus dans PF17?

Si l’aspect social de ce projet, c’est vider les caisses des collectivités publiques et augmenter les cotisations de l’AVS payées par les entreprises et les collaborateurs, je ne vois où il est. Le problème du financement de  l’AVS doit être traité indépendamment.

Quelles sont solutions, préconisez-vous pour remplacer les statuts fiscaux spéciaux?

D’abord, il s’agit de faire baisser la compétition fiscale entre cantons par l’instauration d’un taux minimum voire aussi maximum pour tous les cantons. Autrement dit,  je suis favorable à une harmonisation fiscale sur l’ensemble du territoire. Ensuite, il faut un taux d’imposition des bénéfices autour de 17% pour conserver des recettes fiscales nécessaires à la bonne marche des collectivités publiques. Je constate que le canton de Zurich affiche un taux de 18%.

Mais à ce taux, les multinationales s’en iront…

S’il y en a quelques-unes qui partent, ce n’est pas trop grave. La Suisse a d’autres atouts que la fiscalité avec des pôles de compétences de très haut niveau. Et à 17%, elle reste très compétitive en comparaison internationale comme on peut le voir avec Google qui s’implante fortement à Zürich malgré des taux cantonaux plus élevés.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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