Bilan

To Brexit or not to Brexit?

Le Royaume-Uni devrait rester dans l’Union européenne. Car en cas de sortie, les conséquences pourraient être désastreuses et les négociations dureraient des années. Analyse.

David Cameron a obtenu des concessions sur mesure.

Crédits: :Peter Nicholls/Reuters

Ayant obtenu un accord avec le Conseil européen le 19 février dernier, le premier ministre britannique David Cameron a annoncé qu’un référendum sur le Brexit se tiendrait le 23 juin. Nous prévoyons que le Royaume-Uni restera dans l’Union européenne, mais les risques sont élevés. Les sondages d’opinion suggèrent un résultat serré et une période d’incertitude prolongée s’annonce. En outre, dans le cas d’un Brexit, des négociations pourraient s’ensuivre pendant de longues années.

Il semble que chacun des signataires ait trouvé son compte dans cet accord, dont certaines clauses laissent une marge d’interprétation. Une des questions les plus sensibles politiquement concerne le «frein d’urgence» pour les allocations sociales en faveur des immigrés. David Cameron a obtenu quelques concessions taillées sur mesure. En particulier, les aides sociales destinées aux nouveaux travailleurs immigrés de l’UE peuvent être suspendues pendant quatre ans.  Le dispositif disparaît graduellement au bout de sept ans. 

L’autre question très sensible touche à la souveraineté. L’accord stipule que les références faites à une «union toujours plus étroite» ne s’appliquent pas au Royaume-Uni. A l’évidence, cela était déjà une réalité. Les choses se compliquent légèrement dès lors qu’il s’agit du secteur financier, comme d’habitude. Dans ce domaine, toute initiative de l’UE qui serait considérée comme une menace potentielle aux intérêts britanniques pourrait être reportée dans le temps par Londres (ou par tout autre membre resté hors de l’euro), forçant un débat au niveau du Conseil européen.

Dedans?

Si le Royaume-Uni reste dans l’Union, nous anticipons un net rebond des marchés financiers, non seulement dans ce pays mais dans l’ensemble de la zone euro, reflet d’un soulagement des investisseurs. Les prévisions de taux d’intérêt reflètent actuellement des hypothèses très pessimistes. Le premier relèvement de taux par la Banque d’Angleterre, en particulier, n’est pas incorporé dans les cours avant fin 2019, tandis que la probabilité d’un abaissement de taux cette année a bondi à environ 30%.

Si le Royaume-Uni reste dans l’Union, ces attentes ont de grandes chances d’être révisées drastiquement, avec un effet positif sur la livre sterling et les rendements des emprunts d’Etat. Entre-temps, le déclin significatif de la livre à la suite de l’annonce pro-Brexit du maire de Londres, Boris Johnson, confirme que la monnaie britannique n’a pas encore pleinement escompté le risque d’une sortie potentielle du Royaume-Uni.

D’ici au 23 juin, la livre devrait s’affaiblir encore. Une «décote Brexit» pourrait aussi s’appliquer à l’euro, puisqu’un Brexit remettrait en question l’ensemble du projet européen, en alimentant notamment le scepticisme quant à la viabilité de la zone euro.

Ou dehors?

Si le Royaume-Uni sort de l’UE, une période prolongée d’incertitude suivrait, et la propension au risque des investisseurs se réduirait encore, menant à une révision à la baisse des prévisions de croissance du PIB. Il ne semble pas y avoir ne serait-ce qu’un début d’accord sur le cadre pour des négociations ultérieures sur les relations avec l’UE. Notre principale inquiétude est que les investisseurs soient pris de panique parce que les nouvelles règles ne seraient pas connues pendant quelque temps (peur de l’inconnu).

Selon la forme que prendrait un Brexit, les conséquences macroéconomiques iraient de «modestement négatives» à «potentiellement désastreuses». L’UE représente près de 50% des exportations britanniques. 

Les liens financiers sont encore plus importants. La situation relativement vulnérable du Royaume-Uni en termes de déficit du compte courant (4,5 à 5%) pourrait empirer. Toutefois, quelques effets compensateurs devraient être pris en compte, dont la prolongation de la politique monétaire accommodante, mais ils ne devraient pas suffire à éviter des dégâts sur le climat des affaires et le niveau d’activité à court terme.

Enfin, les risques pour les autres pays de l’UE, en particulier les membres de la zone euro, pourraient être significatifs. Les effets directs devraient être asymétriques (le Royaume-Uni ne représente «que» 13% des exportations de la zone euro), mais d’autres vecteurs de pression entreraient en jeu, y compris ceux politiques.

Certains pays pourraient profiter de l’occasion pour demander un traitement spécial, y compris dans les domaines de l’immigration et des prestations sociales; d’autres pourraient utiliser le Royaume-Uni comme un précédent pour démontrer qu’il est possible de quitter l’Union sous certaines conditions. La Catalogne est un exemple typique (qui, dans son cas, voudrait réintégrer l’UE après avoir quitté la zone euro), tandis qu’ailleurs les débats s’échaufferaient (le Front national plaide déjà pour un «Frexit» pour la France). 

* Frederik Ducrozet est économiste senior pour l’Europe chez Pictet Wealth Management.

Frederik Ducrozet*

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