Bilan

Theresa May tente de rassurer l'élite économique à Davos

A Davos, la Première ministre britannique Theresa May a affirmé que son pays resterait "ouvert aux entreprises et au talent", deux jours après avoir officialisé sa ligne dure avec Bruxelles sur le Brexit.

Mme May a une nouvelle fois assuré que le Royaume-Uni ne tournait pas le dos à ses amis européens.

Crédits: Reuters

La Première ministre britannique Theresa May a tenté jeudi de rassurer l'élite économique mondiale à Davos, affirmant que son pays resterait "ouvert aux entreprises et au talent", deux jours après avoir officialisé sa ligne dure avec Bruxelles sur le Brexit et sur fond de menaces de pertes d'emplois à Londres.

"Les entreprises, grandes ou petites, constituent l'épine dorsale de nos économies. C'est pourquoi le Royaume-Uni est, et sera toujours, un pays ouvert aux affaires, ouvert aux investissements dans nos entreprises, infrastructures, universités. Ouvert à ceux qui veulent acheter nos biens et services. Et ouvert au talent et aux opportunités", a déclaré Theresa May au forum économique mondial de Davos (WEF).

Mme May s'exprimait deux jours après avoir exposé sa stratégie pour les négociations sur la sortie de l'Union européenne, marquée par le choix de quitter le marché unique.

Elle a une nouvelle fois assuré que le Royaume-Uni ne tournait pas le dos à ses amis européens mais qu'il avait seulement choisi de "pouvoir prendre ses propres décisions" et de "s'ouvrir encore plus au monde".

Elle a surtout voulu rassurer le monde des affaires en affirmant que le Royaume-Uni allait rester la "grande nation marchande globale qu'elle est par instinct", dans la grande salle plénière du Palais des Congrès de Davos, comble.

Interrogé par l'AFP à Davos, son ministre des Affaires étrangères Philip Hammond a déclaré "espére(r) que ce discours va rassurer les investisseurs".

"Il n'y avait rien de radicalement différent dans ce discours. Son intention était clairement de rassurer", a affirmé Murray Rode, le patron du groupe américain Tibco Software, dont les bureaux européens se trouvent à Londres.

"Ne pas punir le Royaume-Uni"

Plusieurs banques ont évoqué ces deux derniers jours une délocalisation d'une partie de leurs activités devant le risque de perdre le "passeport européen" qui leur permet de faire des affaires dans les 28 pays de l'UE avec la seule licence britannique.

Mercredi, la banque britannique HSBC a ainsi confirmé qu'un millier d'emplois de son activité de banque d'investissement à Londres devraient être déplacés à Paris. Le patron de la banque britannique JPMorgan Jamie Dimon a lui évoqué le déménagement de 4.000 postes. "Il semble qu'il y aura plus de mouvement de postes que nous ne l'aurions souhaité", a-t-il déclaré à l'agence Bloomberg.

Quant à la banque américaine Goldman Sachs, le quotidien allemand des affaires Handelsblatt affirme qu'elle veut transférer 3.000 postes vers l'Europe ou New York.

"Les effets (du Brexit) demeurent inconnus, mais qu'il y ait une ligne claire, c'est bien pour toute le monde", a affirmé à Davos Jan van Nieuwenhuizen, du conseil d'administration de la banque néerlandaise Rabobank.

Dans un entretien à l'AFP à Davos, le maire de Londres Sadiq Khan a prévenu que les banques allaient quitter sa capitale.

"La réalité est qu'elles vont sans doute aller à Hong Kong, Singapour ou New York, ainsi un soi-disant Brexit dur pourrait devenir une situation perdante, pour Londres et le Royaume-Uni, et une perte pour l'UE également", a-t-il dit.

Alors qu'on ne sait pas encore quel sorte d'accord commercial Mme May veut négocier avec l'UE pour l'après Brexit, le député européen Guy Verhofstadt, le "référent Brexit" pour le Parlement européen, a souligné que les jours où Londres pouvait se servir "à la carte" étaient finis, dans une tribune publiée par le quotidien britannique The Guardian.

"C'est une illusion de penser que le Royaume-Uni pourra quitter l'UE et ensuite choisir de réintégrer les meilleurs aspects du projet européen -comme par exemple réclamer zéro droit de douane vers le marché unique- sans accepter les obligations qui vont avec", a-t-il écrit, espérant que "les Britanniques comprendront que c'est totalement inacceptable du point de vue des contribuables européens".

Sur le plan politique, le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, a répondu jeudi depuis Paris à son homologue britannique Boris Johnson, qui avait la veille affirmé que le Royaume-Uni n'accepterait pas de se voir "administrer une correction".

"Il ne s'agit pas de punir le Royaume-Uni, ce n'est pas la position de la France", a répondu le ministre français, lors de ses voeux à la presse.

A Davos, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, était sur la même ligne. Mais il a saisi l'occasion pour lancer un avertissement à Londres: "Nous ne devrions pas commencer les négociations en nous menaçant les uns les autres", a-t-il affirmé.

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