Bilan

Tensions à venir sur le marché du chocolat

Demande en hausse, production qui stagne, risques avec le réchauffement climatique: la production de cacao peine à satisfaire la demande. Hausse des prix, adaptation des produits ou changements d'habitudes de consommation, les années à venir seront cruciales.
  • La production de fèves de cacao est inférieure à la demande du marché et devrait le rester dans les années à venir.

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  • En cas d'élévation des températures de 2°C en moyenne, la région du Ghana et de la Côte d'Ivoire pourrait perdre son atout climatique pour les fèves de cacao.

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  • Face à la demande en cacao, de nouveaux arbres sont plantés mais il faut dix ans pour un cacaoyer donne du fruit.

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  • Les industriels de l'agroalimentaire font face à la hausse des coûts du cacao pour leurs produits.

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Dans moins d'un mois, le sommet international du cacao va se tenir à Zurich. Les spécialistes mondiaux de la précieuse fève et de ses dérivés peuvent d'ores et déjà se féliciter des nouveaux records: pour la première fois en 2013, la consommation mondiale a franchi la barre des quatre millions de tonnes de cacao. En 2003, elle plafonnait aux alentours de trois millions de tonnes. Soit près de 32% d'augmentation en dix ans.

Dix ans, c'est aussi la durée nécessaire à un plant de cacaoyer pour devenir mature et produire du fruit. Si les producteurs se frottent donc les mains pour le moment avec une hausse du prix de la matière première de 9% en 2013, la surchauffe guette. L'Organisation internationale du chocolat prévoit ainsi que la demande sera supérieure à la production pour les cinq années à venir au moins. Et cette tendance ne semble pas prêt de s'inverser: les pays émergents voient leurs consommateurs s'enrichir et augmenter leurs achats de produits à base de cacao.

Et même dans les pays européens, la demande continue de croître: sur les dix années écoulées, la consommation européenne a progressé en moyenne de 1,7% par an pour atteindre 1,4 million de tonnes en 2010.

Choix des producteurs et réchauffement climatique

Pour éviter de casser la tendance avec une hausse de prix démesurée, les gros acheteurs de fèves ont tout tenté pour réduire les prix d'achat. Mais cette stratégie se heurte à un os: la faible hausse des revenus des petits producteurs d'Afrique (Côte d’Ivoire et Ghana produisent plus de 50% du cacao mondial) et d'Amérique du Sud tendent à préférer des cultures plus lucratives (huile de palme, hévéa).

Ces choix des producteurs au détriment de la production mondiale se doublent d'un autre problème qui se profile à moyen terme: le réchauffement climatique. Une étude de 2011 du Centre international d'agriculture tropicale (CIAT) indiquait qu'une hausse moyenne des températures de 2°C rendrait la zone Ghana/Côte d'Ivoire trop chaude pour la culture du cacao.

Dès lors, les transformateurs de cacao en produits chocolatés vont devoir faire des choix: diminuer la part de cacao dans leurs préparations (ou la remplacer par d'autres ingrédients), diminuer les volumes ou augmenter les prix. Certains s'y préparent depuis quelques années: Hershey's, filiale américaine de Nestlé qui élabore de nombreux produits à base de cacao, a choisi d'incorporer davantage de beurre de cacao en lieu et place des fèves torréfiées dans certains produits.

D'autres optent pour des hausses de prix: Michael Szyliowicz, cofondateur de la marque américaine Mont Blanc Gourmet, a choisi de donner la parole à ses clients via une enquête consommateurs. Des produits inchangés dans leur composition mais plus chers ou des produits à la recette adaptée et au prix stable? Une majorité de clients ont fait part de leur préférence pour une hausse des prix.

En France aussi, cette pénurie de chocolat inquiète. La marque française Côte d'Or, propriété du groupe Mondelez International, premier acheteur mondial de chocolat, a choisi l'humour pour sensibiliser le grand public à travers une série de spots publicitaires mettant en scène un monde où le chocolat serait devenu une denrée de luxe qui ferait l'objet de trafics.

 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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