Bilan

Télétravail et coworking séduisent les Suisses

Organisation du temps plus flexible, nouvelles technologies et allongement des distances domicile-travail favorisent l'essor des nouvelles formes de travail. Plusieurs études récentes en atteste.

D'après Deloitte, 28% des Suisses disent appliquer le télétravail moins d’un jour par semaine, 12% exactement un jour par semaine et plus d’un quart (27%) plus d’un jour par semaine.

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Comment le coworking influence-t-il notre manière de travailler? Est-il l’apanage des millennials? Les Suisses travaillent-ils à distance régulièrement ? Est-ce la fin annoncée des pendulaires ? Autant de questions que nous sommes nombreux à nous poser sur l’avenir du travail. Plusieurs études publiées récemment apportent des éléments de réponses. 

Tout d’abord une étude relayée ces derniers jours par Spaces, qui profite pleinement de l'essor de ces nouveaux modes de travail. L’entreprise néerlandaise créée il y a à peine 10 ans, fait partie du groupe IWG (détenant également Regus) et est aujourd'hui présente dans 39 pays, avec plus de 120 centres. Elle a fait son entrée sur le marché suisse l’an dernier, avec l’ouverture d’espaces de coworking à Genève puis Zurich.

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Dans cette étude, on y apprend que 51 % des personnes nées avant 1964 travaillent à distance plus de la moitié de la semaine, contre 49 % parmi celles qui sont nées après 1980. Spaces souligne qu'il n'y a donc aucun clivage générationnel. Les chiffres se basent sur une étude réalisée par sa maison-mère IWG à très large échelle: 18'000 professionnels sondés dans plus de 90 pays. 

Productivité et créativité 

L’étude relayée par Spaces indique également que la génération née avant 1964 favorise les avantages des espaces de travail flexibles en matière de productivité, tandis que les personnes nées après 1980 préfèrent les aspects créatifs. 55 % des personnes nées avant 1964 estiment que les emplacements de travail à distance stimulent plus la créativité que les bureaux traditionnels, contre 68 % parmi celles d'après 1980. Par rapport aux générations d'avant 1964, les personnes nées après 1980 voient aussi davantage le travail flexible comme une source d'opportunités d'affaires et de nouveaux projets (67 % contre 55 %).

Solutions à des trajets pendulaires toujours plus longs en Suisse

D’après un rapport publié par l’Office Fédéral de la Statistique (OFS) il y a quelques jours, la grande majorité des Suisses, soit plus de 70%, travaillaient hors de leur commune de domicile. Plus de 20% travaillent même en dehors de leur canton.

Ce rapport, basé sur les statistiques de l’année 2016, révèle qu'un trajet pour se rendre au travail est en moyenne de 14,8 km, soit une hausse de 15% (1,9 km) par rapport à l'an 2000. Dans ce domaine, les personnes ayant achevé une formation supérieure sont pénalisées: elles ont effectué 17,3km en moyenne pour aller travailler, soit 57% de plus que les 11km parcourus en moyenne par les personnes diplômées du secondaire (sans formation postobligatoire).

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Sans surprise, les temps de trajets se sont allongés: les pendulaires ont eu besoin de 30,3 minutes en moyenne pour arriver à leur lieu de travail, soit 7 minutes de plus qu'en l'an 2000. Quelque 35% d'entre eux ont atteint leur entreprise après 15 minutes de trajet, tandis que 56% ont eu besoin de 16 à 60 minutes. Près de 9% des pendulaires y consacraient plus d'une heure.

Deux tiers des Suisses travaillent à l’extérieur

Une autre étude, réalisée par Deloitte auprès d’un millier de Suisses et publiée cet été, révèle que deux tiers des Suisses travaillent à l’extérieur, au moins occasionnellement. On peut retenir que 40% travaillent au moins un jour par semaine à la maison ou ailleurs, par exemple dans un espace de coworking.

Les personnes interrogées passent au moins la moitié de leur temps de travail devant un ordinateur et deux tiers d’entre elles ne disposent plus de poste de travail fixe dans les bureaux de leur employeur.

Deloitte relève que l’organisation du temps de travail est devenue nettement plus flexible: 72% des sondés disposent d’une certaine liberté dans l’organisation de leur temps de présence au bureau et seulement 9% déclarent devoir respecter des horaires de travail rigides.

Travail à distance très inégal 

Deloitte constate cependant de grandes différences parmi les personnes interrogées: 28% disent appliquer le télétravail moins d’un jour par semaine, 12% exactement un jour par semaine et plus d’un quart (27%) plus d’un jour par semaine.

Pour les consultants, en faisant travailler les salariés plus souvent à l’extérieur et en introduisant le partage des postes de travail, les entreprises peuvent réduire le nombre de postes fixes et créer ainsi des espaces dédiés à des tâches nécessitant un haut niveau de concentration, aux échanges ou au repos. «Bon nombre d’entreprises suisses négligent l’importance de restructurer l’aménagement des postes et les modèles de travail. Ils perdent ainsi à la fois de l’argent et des collaborateurs», affirme Matthias Thalmann, associé au sein de la division Conseil en capital humain de Deloitte Suisse, cité dans le communiqué de l’entreprise.  

Pas assez de matériel, ni de règles claires

Le matériel que les entreprises mettent à disposition doit «urgemment être amélioré» selon Deloitte Suisse. Seulement la moitié (47%) des employés ont reçu de leur employeur un ordinateur portable autorisant le télétravail. 11% sont équipés uniquement d’un smartphone ou d’une tablette. 42% n’ont pas reçu d’appareil numérique leur permettant de travailler à distance et d’accéder aux données de l’entreprise.

Par ailleurs, seulement 39% des personnes interrogées indiquent que leur entreprise a établi des directives concernant le travail flexible. La taille des entreprises influence largement ce point: de telles directives existent dans 55% des entreprises de plus de 250 collaborateurs, mais seulement dans 24% des entreprises de moins de 50 collaborateurs. Enfin, pour les auteurs de l’étude, les dispositions légales en vigueur en Suisse constituent un autre obstacle à l’adoption de ces modes de travail flexibles, avec une loi sur le travail datant de l’ère industrielle et qui doit être adaptée à l’ère du digital. 

Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

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