Bilan

Syriza donne espoir aux mouvements anti-austérité européens

La victoire de Syriza en Grèce donne des ailes aux mouvances rejetant les politiques d'austérité en Europe. Premier sur la liste, le jeune parti Podemos, favori dans les sondages en Espagne. Les économistes ne croient toujours pas à une sortie d'Athènes de la zone euro.

Le mouvement Syriza qui conteste l'austérité imposée par l'Union Européenne a remporté nettement les législatives dimanche en Grèce, avec plus d'un tiers des voix.

La victoire de Syriza en Grèce donne des ailes aux mouvements rejetant les politiques d'austérité en Europe, à commencer par le jeune parti Podemos, favori dans les sondages en Espagne, en pleine année électorale. "A partir de maintenant naît l'espoir, mais avec responsabilité et sérieux et sans aucune euphorie", a lancé le secrétaire général de Podemos Pablo Iglesias après la victoire de son allié Alexis Tsipras en Grèce. Pablo Iglesias, un enseignant de sciences politiques de 36 ans, entend lui aussi emporter les législatives, en novembre après avoir écarté le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), option de gauche jusque-là préférée par les Espagnols.

"Nous avançons vers un scénario qui isolera (la chancelière allemande Angela) Merkel", première à défendre les politiques d'austérité selon Podemos, a encore insisté M. Iglesias lundi. Ailleurs en Europe, nombreux sont ceux qui considèrent comme Pablo Iglesias que la victoire de Syriza a sonné le glas des politiques d'austérité. Mais ceux qui exigent une renégociation de la dette ou la sortie de l'euro restent minoritaires.

De leur côté, les économistes ont pris acte de la victoire de la gauche radicale Syriza sans grande surprise. La nouvelle est néanmoins considérée comme le troisième élément marquant à survenir en moins de deux semaines pour les marchés financiers, après le choc engendré par la levée du taux de conversion plancher EUR/CHF et le lancement sur le Vieux Continent d'un vaste programme de rachat de dettes.

Une sortie de la Grèce de la zone euro ne serait pas dans l'intérêt d'une majorité d'Hellènes, souligne pour AWP Andreas Hofert, économiste en chef chez UBS. Pour improbable que paraisse ce scénario, il constituerait cependant un précédent et amènerait immanquablement la question de quel pays serait le prochain à suivre l'exemple. Le cadre d'UBS s'attend à un adoucissement des positions tranchées du président de Syriza, Alexis Tsipras d'une part, comme de l'Union européenne de l'autre. L'avis semble partagé par les responsables du cabinet de gestion d'actifs français Oddo Asset Management.

"Dès avant le résultat des élections, M. Tsipras a tenté de mener un exercice périlleux qui consiste à la fois à contenter ses électeurs, mais également la communauté internationale (pas de sortie de la zone euro)", notent ainsi Nicolas Chaput et Laurent Denize, co-directeurs généraux (CEO) du cabinet dans une prise de position.

Elections nombreuses

Le débat autour de l'austérité devrait dans tous les cas refaire surface avec plus ou moins de force à l'occasion de scrutins nombreux cette année au sein de l'UE, avec notamment la présidentielle italienne, le 29 janvier, des législatives en Finlande (avril), au Royaume-Uni (mai), au Danemark (septembre), au Portugal (septembre ou octobre) et bien sûr en Espagne.

Au Sud, les partis traditionnels comme le PD italien (Parti démocrate au pouvoir, gauche) de Matteo Renzi ou le Parti socialiste portugais d'Antonio Costa (opposition), semblent avoir intégré une partie du discours de Syriza, comme le montre un tweet lancé après sa victoire de dimanche par le secrétaire d’Etat italien aux Affaires européennes Sandro Gozi, assurant qu'"en Italie, Tsipras s’appelle Renzi".  Dans ce pays, environ un tiers de l'électorat penche pour les eurosceptiques représentés par le Mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo (gauche) et la Ligue du nord (droite).

Au Portugal, le Parti socialiste espère capitaliser sur le succès de Syriza, après avoir régulièrement dénoncé les effets néfastes des politiques d'austérité. "C'est le signal du changement en Europe", a dit dimanche soir M. Costa dont le parti est crédité de 37,9% des intentions de vote. Du coup, le Bloc de gauche portugais (extrême gauche se présentant comme un "frère" de Syriza) n'a a priori pas de chances de l'emporter avec des intentions de vote à 3,5%.

En France, le chef de file du Front de gauche, allié du Parti communiste, Jean-Luc Mélenchon (6,6% des voix aux Européennes), a espéré "un effet de domino": "l'Europe peut être refondée, réorganisée de manière complétement différente", a-t-il soutenu. Mais comme en Italie et au Portugal, le PS, au pouvoir en France, ne semble pas décidé à lui laisser occuper le terrain du discours anti-austérité. Le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Bruno le Roux, a ainsi souligné que ce résultat représente pour le président François Hollande "un point d'appui supplémentaire pour discuter avec l'Europe".

Europhobes

Reste que Syriza n'est pas seulement un point d'appui pour la gauche, mais aussi pour des partis europhobes situés à droite de l'échiquier politique. Cette victoire est "un appel désespéré à l'aide du peuple grec", a souligné le chef du UKIP (europhobe et anti-immigration) de Grande Bretagne, Nigel Farage, tandis qu'en France la présidente du Front national (FN) Marine Le Pen, s'est réjouie "de la gifle démocratique monstrueuse que le peuple grec vient d'administrer à l'Union européenne". Cette victoire est "l'ouverture du procès de l'euro-austérité", a-t-elle ajouté.

En Espagne, Podemos devrait dès le mois de mai voir s'il profite de la victoire de Syriza, qui pourrait décomplexer les électeurs, lors des élections municipales et de régionales partielles. "La peur s'en va", a dit son leader dimanche. Créé il y a tout juste un an, Podemos est issu du mouvement des Indignés né en mai 2011 en Espagne, marqué par des manifestations monstre et parfois quotidiennes pendant près de deux ans à Madrid.

Un élan de dénonciation des "banques", de "l'austérité" imposée par Bruxelles mais aussi des élites jugées corrompues, qui a trouvé en Espagne une véritable traduction politique en 2014: Podemos, créé en janvier, a obtenu cinq députés aux Européennes de mai. Il est au coude-à-coude avec les conservateurs du chef du gouvernement Mariano Rajoy dans les sondages. Pablo Iglesias, comme Alexis Tsipras, est clair sur un point: il veut, lui aussi, la majorité absolue. "Nous sommes là pour gagner, nous sommes là pour diriger un gouvernement", souligne-t-il régulièrement.

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