Bilan

Swissbanking s’inquiète pour la LPP

L’Association suisse des banquiers affirme que la politique de taux d’intérêt négatifs de la BNS met en péril la prévoyance vieillesse. Elle redoute un nouvel abaissement des taux.

La BNS ne distingue pas les investisseurs suisses — telles les caisses de pension — des spéculateurs étrangers.

Crédits: Gaetan Bally/Keystone

«Les mots sont forts, peut-être trop forts. Mais les banquiers ont raison de tenir ce langage. On ne se rend pas compte des effets néfastes de cette politique», insiste Graziano Lusenti, fondateur de Lusenti Partners, société qui conseille notamment les caisses de pension. Le 12 septembre dernier, lors de sa traditionnelle journée annuelle, SwissBanking a indiqué que «les taux d’intérêt négatifs mettent en péril la prévoyance vieillesse. Un nouvel abaissement des taux ne ferait qu’accentuer cette problématique.»

A l’inverse de Graziano Lusenti, Olivier Ferrari, fondateur de Coninco, active dans le conseil aux fonds de pension, juge les paroles de l’Association suisse des banquiers déplacées et injustifiées. «Ce sont de telles déclarations qui mettent plutôt en danger les caisses de pension. Elles visent à attiser la peur au sein de la population», affirme-t-il. Et d’ajouter: «La finance ne s’y prendrait pas autrement pour démanteler le 2e pilier et pousser les assurés à ouvrir des comptes prévoyance 3a.»

Demande d’exonération

Les propos des banquiers constituent surtout une attaque contre la Banque nationale suisse (BNS). Et ce n’est pas un hasard s’ils ont profité de leur réunion annuelle pour s’en prendre à la politique monétaire menée par ses dirigeants. De l’avis d’une majorité d’analystes, la BNS s’apprête à annoncer une baisse des taux de -0,75 à -1%, dans le sillage du nouvel assouplissement monétaire annoncé le 12 septembre par la Banque centrale européenne.

En vigueur depuis décembre 2014, les taux négatifs affectent non seulement la compétitivité des établissements bancaires helvétiques, mais pénalisent également les caisses de pension car ils sont appliqués sur les avoirs en dépôts auprès de la BNS. Or, ces dernières utilisent ce compte pour payer une partie des rentes aux assurés.

En 2015 déjà, l’Association suisse des instituts de prévoyance (Asip) avait sollicité la BNS afin que les caisses de pension, comme le fonds de compensation AVS, soient libérées de l’obligation de payer des taux négatifs sur les avoirs en dépôt. Selon la dernière étude de la fondation collective Swisscanto, 63% des caisses doivent s’acquitter de cette taxe. Mais aucune statistique n’existe sur les montants déboursés. «Un nombre toujours plus important de nos membres s’inquiètent d’une nouvelle baisse des taux d’intérêt. Si la BNS devait agir dans ce sens, il y a une forte probabilité pour que nous écrivions à nouveau à ses responsables pour obtenir une exonération», affirme Jean-Rémy Roulet, président de l’Asip. D’aucuns critiquent le fait que la BNS ne distingue pas les investisseurs helvétiques des spéculateurs étrangers. «Ce sont les Suisses qui paient le prix fort de cette politique», regrette un acteur de la branche.

La question du taux de conversion

La persistance des taux négatifs, qui risque de perdurer pendant plusieurs années encore, intervient dans un environnement marqué par l’arrivée à la retraite de la génération des baby-boomers et l’allongement de l’espérance de vie qui obligent les caisses de pension à servir des rentes sur une durée plus longue que prévu.

«Ce n’est pas les taux négatifs qui mettent en péril le 2e pilier, mais le maintien à un niveau trop élevé du taux de conversion des rentes sur la partie obligatoire des avoirs», souligne Jean-Rémy Roulet. L’échec de Prévoyance 2020 devant le peuple n’a pas arrangé les affaires des caisses de pension. Mais les partenaires sociaux viennent de proposer leurs solutions pour réviser la loi sur la prévoyance professionnelle. Parmi les mesures annoncées figure la baisse du taux de conversion de 6,8 à 6%.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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