Bilan

Suisse Tourisme divise les paysans

La campagne d’été de Suisse Tourisme, qui propose la location de chalets d’alpage, suscite un certain malaise dans le monde agricole.

Un chalet d'alpage dans les Préalpes fribourgeoises.

«Ce ne sont en aucun cas des chalets d’alpage, mais plutôt des chalets de montagne avec tout le confort. Il y a tromperie sur la marchandise, mais un étranger ne s’en apercevra peut-être pas», observe Jacques Bourgeois, directeur de l’Union suisse des paysans et conseiller national libéral-radical.

Directeur de Prométerre (Association vaudoise de promotion des métiers de la terre), Luc Thomas abonde dans son sens. «L’offre est probablement conforme à l’image que se fait un touriste étranger d’une habitation dans la montagne. Mais elle ne correspond pas du tout à ce qu’on entend par chalet d’alpage.» Lancée récemment, la campagne d’été de Suisse Tourisme suscite un certain malaise dans le monde paysan.

Dans le cadre de son thème central pour 2017 et 2018 consacré au «retour à la nature», Suisse Tourisme propose, avec son partenaire e-domizil, une plate-forme de réservation en ligne de chalets d’alpage. Selon la définition qu’on en donne habituellement, celui-ci est un bâtiment comprenant une cuisine, une chambre, un WC, et il est contigu à une étable abritant les bêtes pendant la saison d’estivage. «C’est évidemment moins sexy pour promouvoir le retour à la nature», s’exclame Andreas Allenspach, directeur d’Agritourisme Suisse. «Dans une campagne de marketing, relève-t-il, l’environnement compte davantage que l’infrastructure du logement.»

Loi contraignante

Du côté de Suisse Tourisme, sa porte-parole Véronique Kanel estime qu’«il n’y a pas tromperie sur la marchandise.» Et de préciser: «Le terme de chalets d’alpage a été choisi du fait de leur localisation dans des alpages ou à proximité immédiate de ceux-ci. Les objets sélectionnés, pour la plupart aménagés ou rénovés pour garantir le confort des hôtes, sont typiques de ce type d’architecture (mayens, rustici, maiensässe, anciennes granges). Notre plateforme de location leur donne une visibilité internationale et permet de générer de la valeur ajoutée dans des régions de montagne souvent isolées.»

La demande de location de chalets d’alpage (au sens traditionnel du terme) existe. «Nous en recevons beaucoup, mais l'offre est très limitée. D’une part, les propriétaires n’ont pas les moyens de les transformer pour accueillir des hôtes. D’autre part, la loi sur l’aménagement du territoire est très contraignante», constate Philippe Dupasquier, président de Société fribourgeoise d’économie alpestre. Or, en raison de l’évolution de l’agriculture, l’exploitation des chalets d’alpage a tendance à diminuer. La conservation de ce patrimoine est un défi.

 

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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