Bilan

Suisse-Bahreïn: visite pour tenter de redorer le blason suisse dans le Golfe

En accueillant le roi de Bahreïn, la Suisse chercherait notamment à normaliser ses relations avec les pays du Golfe.

Les voyages officiels du roi de Bahreïn demeurent eux rares.

Crédits: AFP

Pour quelles raisons le roi de Bahreïn se rend-il à Berne jeudi pour y rencontrer Johann Schneider-Ammann? Pour les observateurs, difficile de deviner quels thèmes seront précisément abordés. Mais en accueillant le monarque, la Suisse chercherait notamment à normaliser ses relations avec les pays du Golfe.

Dans le communiqué annonçant la venue de Hamad ben Issa Al-Khalifa, les services du président de la Confédération n'ont pas donné beaucoup de détails sur la rencontre. Des questions portant sur les relations bilatérales liant les deux pays seront abordées. La contribution de la Suisse à la paix et à la stabilité dans la région du Golfe sera aussi évoquée.

Les relations entre les deux pays ont une intensité relative, selon le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Quant aux rencontres entre les dirigeants des deux pays, il y en a eu "très peu" jusqu'à la mi-2014, précise à l'ats un porte-parole du DFAE.

Les visites sont plus nombreuses depuis. Ces deux dernières années, le secrétaire d'Etat Yves Rossier a rencontré deux fois son homologue Abdullah Abdullatif Abdullah. Le Fribourgeois s'est également rendu une fois à Manama pour une visite de travail.

"La Suisse du Golfe"

Les voyages officiels du roi de Bahreïn demeurent eux rares. Depuis 2012, la monarchie s'est cependant "lancée dans une diplomatie des affaires et des investissements", indique Marc Valeri, maître de conférences en science politique à l'Université d'Exeter et spécialiste du Bahreïn.

"Pour Bahreïn, la priorité est de devenir en une sorte de Liban du Golfe", voire de "Suisse du Golfe", poursuit le chercheur. Grâce à ses banques offshores, le pays cherche à attirer les capitaux de la péninsule. La monarchie, qui compte une succursale UBS à Manama, cherche à se profiler dans le domaine.

Bahreïn recherche des soutiens économiques et de nouveaux investissements étrangers dans son pays, indique de son côté Jean-Paul Burdy, professeur d'histoire à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble, spécialiste du Bahreïn. "L'économie ne se porte pas bien depuis 2011 et fait face à une fuite des capitaux", détaille l'expert.

Depuis cinq ans, le petit royaume du Golfe dirigé par une dynastie sunnite demeure en effet fortement divisé, suite à la répression par les autorités d'un mouvement de contestation animé par la majorité chiite.

"Tollé"

La monarchie accorde également de l'importance à Genève, siège du Conseil des droits de l'homme de l'ONU. "Régulièrement, des échanges verbaux très durs opposent l'opposition et le régime à Genève", ajoute M. Valeri. Mais le chercheur ne pense pas que le régime mette en cause la Suisse sur cette question. "Le Bahreïn proteste régulièrement contre ces 'tribunes' laissées à l'opposition, mais pas contre la Suisse en tant que telle".

La Suisse et 32 autres pays avaient d'ailleurs dénoncé en septembre à Genève les violations des droits de l'homme au Bahreïn. La déclaration la Suisse avait provoqué "un tollé diplomatique", rappelle l'ancien diplomate François Nordmann, mardi dans une chronique pour le quotidien Le Temps. L'ensemble des pays du Golfe s'étaient alors solidarisés avec Bahreïn.

Depuis, la Suisse a multiplié les gestes pour rétablir la confiance avec ces pays et faire valoir la légitimité de sa démarche dans le domaine des droits de l'homme, poursuit M. Nordmann. Trois semaines avant la venue de Hamad ben Issa Al-Khalifa, le Conseil fédéral a ainsi permis des exportations d'armes pour 178 millions dans plusieurs pays impliqués dans la guerre au Yémen, dont Bahreïn.

"Contrairement aux apparences, le roi n'a qu'un pouvoir politiquement limité au sein du régime", avertit par ailleurs M. Burdy. "L'homme fort du pays est son oncle Khalifa ben Salmane Al-Khalifa, premier ministre depuis 1971, et également l'homme le plus riche et le plus puissant du pays", conclut l'expert.

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