Bilan

Suisse-Abu Dhabi: une longue amitié

La famille régnante d’Abu Dhabi qui a invité Pierre Maudet pour un GP de F1 est une habituée des rives lémaniques. Le cheikh Zayed, fondateur des Emirats arabes unis, y venait déjà dans les années 60 et 70.
  • Le cheikh Sultan bin Khalifa inaugure à Lausanne l’expo de photos de son grand-père, le cheikh Zayed, à la rame dans le port d'Ouchy.

    Crédits: DR
  • En 2012, Pascal Couchepin préside le 3e Forum d’amitié Suisse-Emirats arabes unis en présence d’un petit-fils du cheikh Khalifa. 

    Crédits: DR

«Quand je l’ai vu arriver la première fois au Beau-Rivage, avec sa barbe et son keffieh blanc, je me suis demandée où était le troupeau de chèvres…»: L’ancienne directrice du palace lausannois, aujourd’hui décédée, se souvenait de l’arrivée du cheikh Zayed et sa suite à Ouchy.

Lire aussi: Les Emirats s'attendent à une reprise du marché du pétrole en 2016

C’était à une époque où l’on était loin d’imaginer que les Emirats arabes unis – transformés en état fédéral en 1971 – allaient devenir l’Etat prospère qu’il est aujourd’hui. Décédé en 2004, le cheikh Zayed est le père du prince Mohammed qui a invité Pierre Maudet et sa famille en novembre 2015.

Année de naissance inconnue

Son année de naissance n'est pas connue avec exactitude : le cheikh Zayed serait né entre 1908 et 1923 dans l’oasis d'Al Ain, à une époque où l’émirat était un protectorat britannique, un bout de désert sans administration et registre d'état civil. Il avait succédé à son frère en 1966 lors d'un coup d'état sans effusion de sang. 

Bien que sans instruction, cet homme simple et sage a su créer après le départ des Britanniques une puissance régionale. Il a fait émerger des sables pipelines, raffineries et usines de dessalement. Surnommé le « sage des Arabes », il a redistribué les bénéfices tirés de l'or noir, planifié routes, écoles, universités et hôpitaux. 

Père fondateur de la nation, son portrait se trouve partout dans l’émirat. La grande mosquée blanche, la deuxième la plus importante au monde, porte son nom. Zayed était le descendant d’une famille qui a régné sur l'émirat pendant plus de trois siècles: «C’est un amoureux de la Suisse et de Genève, une ville qu’il a beaucoup fréquentée avec une maison en France, non loin de Genève. «C’est l’une des raisons pour laquelle les Suisses ont la cote aux Emirats», assure l’ancien ambassadeur de Suisse à Abu Dhabi, Wolfgang Amadeus Bruelhart.

La succession Khalifa

Après une greffe de rein en août 2000, Zayed meurt le 2 novembre 2004 à plus de 80 ans, après trente années passés à la tête des Émirats arabes. Son fils aîné, Khalifa bin Zayed Al Nahyane, lui succède avec son frère Abdallah comme ministre des affaires étrangères. Le nom de Khalifa perdure même à Dubaï : il a donné son nom à la tour la plus haute du monde qui culmine à 828 m au cœur de la «sœur ennemie» d’Abu Dhabi. Celle qui devait s’appeler Burj Dubaï a changé de nom le soir même de son inauguration, en décembre 2009. 

Mais depuis que Khalifa a subi un AVC et s’est retiré dans sa résidence proche d’Evian, son demi-frère Mohammed, 57 ans, est devenu l’homme fort du pays. Il a accueilli Emmanuel Macron lors de l’inauguration du Musée du Louvre en 2017. L’hôte de Pierre Maudet est par ailleurs ministre de la Défense. Il a fréquenté l’Académie royale de l’armée britannique à Sandhurst. Père de neuf enfants, le prince héritier, surnommé MBZ (référence à MBS, le prince-héritier d’Arabie saoudite) est aussi pilote d’hélicoptère et fervent adepte de la chasse aux faucons. 

Forum d’amitié Suisse-Emirats

A l’impulsion de personnalités politiques et économiques, un Forum d’amitié Suisse-Emirats est venu renforcer les liens unissant deux pays proches par leur nombre d’habitants (plus de 8 millions), leur  fort pourcentage d’étrangers et leur revenu par tête. C’est ainsi qu’en novembre 2010, l’ancien président de la Confédération Pascal Couchepin a repris du service pour la 3e édition tenue à l’Université Zayed d’Abu Dhabi. Elle était appuyée par des entreprises suisses présentes aux Emirats (ABB, Novartis, Swiss, Lombard-Odier, etc.). Le 4e Forum d’amitié devant avoir lieu à Genève, le président du gouvernement genevois, Pierre-François Unger, était de la partie.

Lire aussi: Ruag dispose d'une filiale aux Emirats arabes unis

L’année suivante, en novembre 2011, a eu lieu le « match retour » avec la présence, à la tête d’une délégation économique des EAU, du cheikh Sultan bin Khalifa. L’un des fils du président avait alors inauguré à Lausanne une exposition de photos inédites de son grand-père, le cheikh Zayed.

Ce dernier a séjourné à plusieurs reprises au bord du Léman dans les années 1960-1970. Comme le montrait alors une collection de 25 photos le présentant dans des situations plutôt inattendues. On le voyait jouer au mini-golf, se promener dans les jardins du Beau-Rivage, faire du pédalo avec ses jeunes fils devant le Château d’Ouchy ou ramer à bord d’une barque en bois... Des images toutes simples contrastant avec l’énorme richesse créée à partir des années 70 par cet homme sans instruction, mais non sans bon sens et sagesse: «Ce n’est pas un hasard si la Fédération des Emirats ressemble à notre système confédéral. Venu dans les années 60, le cheikh Zayed a eu tout loisir d’observer le système politique», commente un homme d’affaires présent aux Emirats. 

Tous à Abu Dhabi

Durant toutes ces années, les plus hautes instances suisses se sont bousculées au portillon: la cheffe de la diplomatie suisse Micheline Calmy-Rey y est passée, le ministre de la défense Ueli Maurer est venu renforcer la présence du nouvel attaché militaire suisse à Abu Dhabi, des personnalités de l’économie comme le président des banquiers Patrick Odier ou l’ex-directeur de La Poste Claude Béglé, sont venus sceller le pacte d’amitié: «J’avais rencontré le cheikh Zayed à Abu Dhabi, alors qu’il était déjà malade, confiait Pascal Couchepin. Il était alors fortement question qu’il vienne se faire soigner dans une clinique suisse».

Pierre Maudet a-t-il voulu poursuivre en solo ou en famille les liens étroits d’amitiés entre Genève et Abu Dhabi? Ses adversaires lui en font payer aujourd’hui le prix fort.

Lire aussi: MUSÉE/Armistice? Le Louvre d'Abu Dhabi ouvrira le 11 novembre

 

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

Du même auteur:

Il transforme le vieux papier en «or gris»
«Formellement, Sepp Blatter n’a pas démissionné»

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

"Tout ce qui compte.
Pour vous."