Bilan

Stefano Albinati: «Pour nous, la Suisse était trop confinée»

Après avoir ouvert une structure à Malte et à Turin pour accéder au marché européen, le fondateur d’Albinati Aeronautics ambitionne d’opérer à terme une trentaine d’avions privés.

Stefano Albinati a fondé en 2001 sa société qui emploie aujourd’hui 160 personnes.

Crédits: Guillaume Mégevand

Il n’avait encore jamais accepté de se faire photographier: la discrétion absolue est son crédo. Le marché ultra concurrentiel l’a pourtant poussé à sortir de sa réserve et il a choisi le magazine Bilan pour le faire. «Je me suis rendu compte que le très haut niveau de qualité que nous offrons chez Albinati Aeronautics doit passer par un message moins froid, plus humain.»

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Fondée en 2001, la société qui compte 160 collaborateurs se concentre aujourd’hui principalement sur la gestion de 22 avions appartenant à des multinationales ou à des propriétaires privés qui l’utilisent à des fins professionnelles, sur le suivi du service de maintenance, le vol à la demande et l’achat ou la vente d’avions. 

L’ouverture d’une société sœur à Malte il y a trois ans – Albinati Aviation Ltd – puis d’une entité basée à Turin lui ont permis d’acquérir de nouveaux clients, d’opérer des avions en Europe et d’augmenter sa flotte. Il explique: «Nous devions trouver une solution car la Suisse est trop confinée hors de l’Europe. Le pavillon maltais nous a offert cette ouverture, que j’ai préférée au pavillon anglais, fort heureusement car avec le Brexit, les tracasseries seront bientôt nombreuses.

Ouvrir le bureau à Turin nous a permis d’approcher des clients italiens de référence, qui se sont tournés vers nous. Leur satisfaction a conduit à l’arrivée d’autres clients importants. Nous avons créé un siège secondaire italien pour que la société maltaise soit traitée de manière identique à une société italienne. Cela nous permet d’engager du personnel, de payer la TVA, les charges sociales. Nous avons les avantages d’une société italienne, dont l’immatriculation des avions est à Malte. Ces deux ouvertures nous suffisent pour grandir et atteindre à moyen terme une trentaine d’avions en gestion.» 

«La qualité élevée du service a un coût»

Les 26 sociétés opérant en Suisse dans l’aviation d’affaires engorgent quotidiennement le flux déjà tendu des aéroports suisses. La pléthore de l’offre n’empêche pas le secteur de croître – on l’a vu encore récemment avec la création de Brabair sous l’impulsion de Peter Brabeck, ancien président de Nestlé. 

Mais pour Stefano Albinati, cette forte concurrence influe négativement sur la qualité générale du service: «Un ou deux de nos clients sont partis à la concurrence tester le service à moindres coûts. Mais ils sont tous revenus. Notre service technique se doit d’être parfait et la personnalisation poussée à l’extrême. Chez nous, ils ne sont pas juste un numéro d’avion. Nous fonctionnons comme un family office pour chacun d’eux.

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La grande difficulté aujourd’hui est de leur faire comprendre que la qualité élevée du service a un coût. Car faire le choix du bon marché est ce qui coûte le plus cher à la fin. Notre suivi du service de maintenance est très scrupuleux à cet égard. Nous n’avons pas les clés anglaises dans la main mais nous donnons des ordres et suivons de près le travail effectué par les spécialistes. Et le fait de ne pas internaliser la maintenance nous permet une neutralité très appréciée.

Lorsqu’un grand groupe possède un centre technique, comment pouvez-vous imaginer qu’il n’y aura pas un problème d’optimalisation entre le management et le centre de coût? Il y a forcément conflit d’intérêts! Contrairement à certains grands noms de la place, notre avantage est cette neutralité. Notre client sait que les factures sont revues, négociées avant que le travail soit effectué. Je ne veux pas de changements de pièces inutiles. Nous sommes les docteurs de l’avion.»

Un secteur qui reprend des couleurs

En 2008, une crise majeure avait ébranlé le secteur mondial de l’aviation d’affaires. Elle avait précipité l’effondrement du marché de l’occasion. Concentration et globalisation de l’industrie s’étaient ensuivies. Selon Stefano Albinati, «contrairement à l’industrie du luxe qui a su se redresser, l’industrie aéronautique souffre encore d’un contexte économique mondial convalescent. En 2008, beaucoup de propriétaires d’avion n’avaient plus les moyens de le garder. Ils ont dû se résoudre à vendre dans un marché subitement saturé.» 

«Les périodes fastes de 2005 à 2008 ne reviendront pas, affirme l’homme d’affaires, qui assure cependant assister «depuis six mois à un regain d’activité aux Etats-Unis. Si la règle est respectée, cela devrait arriver chez nous. Le marché de l’occasion ayant été très abondant à la suite de la surproduction des constructeurs aéronautiques au milieu des années 2000, cela prendra encore un peu du temps pour qu’il s’assèche. C’est cyclique et l’inertie est importante.»

Questionné sur la marche des affaires d’Albinati Aeronautics, le fondateur reste discret. Il concède toutefois qu’elles vont plutôt bien. 

Ses deux fils de 23 ans et de 21 ans n’étant pas intéressés par la reprise du business familial, le temps serait-il venu pour lui de vendre? Stefano Albinati répond par la négative: «Tout est à vendre aujourd’hui, vous savez, mais non, ce n’est pas mon intention. Je veux croître encore, faire de cette société un bijou reconnu dans le monde de l’aviation, mais de manière prudente, sans changer de structure et en choisissant mes clients.

Beaucoup font fi des mesures de sécurité. Etonnamment, dans une industrie où tout est certifié, il y a malgré tout, à cause d’un manque de surveillance des autorités, certains opérateurs qui ne respectent pas la réglementation et font une interprétation aléatoire des lois.» 

Celui qui a obtenu sa licence de pilote à 17 ans est visiblement toujours aussi passionné. Il veut croire en la nouvelle génération: «Aujourd’hui, les jeunes connaissent l’aviation d’affaires. L’ubérisation du secteur du charter rend son accès plus aisé, même si les sociétés qui la pratiquent n’ont rien à voir avec mon activité de management des appareils. Le jeune qui a les moyens et qui a connu le confort d’un jet privé ne pourra pas s’en passer non plus.»

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Cristina d’Agostino

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