Bilan

Sept pistes pour prévenir un burn-out

Identifier des symptômes physiques et sociaux et penser la récupération au niveau de l’entreprise peuvent permettre d’éviter le burn-out d’un salarié. Revue avec Frédéric Meuwly, consultant spécialisé, actif notamment auprès de multinationales en Suisse romande.
  • Le consultant Frédéric Meuwly travaille avec des entreprises romandes sur la prévention du burnout auprès des salariés.

    Crédits: ©Swiss Education Group
  • Frédéric Meuwli s'exprimait mercredi dans le cadre du Ted X "Welcoming disruption" organisé par Swiss Education Group à Caux.

    Crédits: ©Swiss Education Group

Pour Frédéric Meuwly, tout s’est passé très vite. «C’était en Janvier 2010.  Je me réveille, je ne sais pas où je suis. Tout est vert et blanc, la pièce est vide. Je comprends que je suis dans une clinique, sans savoir comment je suis arrivé là.» Alors membre du management de la startup biotech Ac Immune, Frédéric Meuwly est devenu aujourd’hui consultant spécialisé sur la question du burn-out. Intervenant mercredi, lors du TedX organisé à Caux par Swiss Education Group sur le thème Welcoming Disruption, il est revenu sur son parcours pour accepter sa situation, apprendre à lâcher prise et récupérer. Mais également sur la manière d’identifier et prévenir un burn-out chez soi et dans son entourage. Quelques points clés de vigilance.

Lire aussi: Revenir au travail après un burnout

1-Eviter la surcharge d’activité

Premier des symptômes du burn-out, selon la spécialiste mondiale de la question Christina Maslach, la surcharge d’activité n’est pas toujours simple à identifier, car elle peut parfois résulter d’un ensemble d’activités professionnelles, extra-professionnelles et familiales. Elle peut également être occultée par l’égo qui prend le pas sur la réalité des limites physiques de l’individu, comme le relève Frédéric Meuwly: «C’est le syndrome du super-héros. On veut correspondre à une image et on se confond avec cette projection jusqu’à s’oublier. L’important ce sont les «bases de sécurité», ces proches qui sont capables de vous dire en face que vous dérivez. On peut aussi être la base de sécurité de son prochain.»

2-Identifier une fatigue physique et nerveuse anormale

La première des expressions physiques du burn-out est l’installation d’une fatigue structurelle. Une tendance à repousser le réveil tout en étant toujours fatigué, une moindre motivation d’aller travailler doit éveiller l’attention. Physiologiquement, le système nerveux connait deux phases, sympathique (activité normale) et parasympathique (repos). Chez les personnes dans un état de stress avancé, le basculement d’une phase à l’autre au moment du sommeil ne s’effectue plus convenablement. L’épuisement physique intervient rapidement dans la mesure où le système parasympathique régule des fonctions vitales, comme la digestion, la transpiration, l’activité cardiaque, la respiration. Frédéric Meuwly propose aux employés des entreprises avec lesquelles il travaille un capteur de la startup Firstbeat, qui se porte trois jours et permet d’identifier un système nerveux qui a cessé d’être récupérateur.

3-Etre vigilant aux changements de comportements sociaux

Une personne qui ne vient plus prendre la pause-café ou cesse de venir manger le midi avec les collègues doit éveiller l’attention, selon Frédéric Meuwly: «Dans mon cas, l’évitement social avait été une forme de réaction quand j’étais en train de faire mon burn-out, je m’enfermais dans ma bulle. Mais pour d’autres, cela s’exprimera d’avantage par de l’agressivité, en meeting où dans le contexte familial par exemple.»

4-Se demander si son travail est en adéquation avec ses valeurs

Egalement un des éléments clés définis par Christina Maslach, une forme de foi dans ce que l’on fait qui permet de tenir sur la distance. «Dans mon cas, je m’étais orienté vers le secteur pharma pour l’humain, aider les gens, se rappelle Frédéric Meuwly, mais mon activité était trop technique, alors que j’aspirais déjà à m’orienter vers le coaching.» l’enjeu est d’entreprendre les démarches pour réorienter sa carrière avant de basculer dans le burn-out.

 

Au-delà de l’action individuelle, le spécialiste insiste sur la responsabilité organisationnelle de la prévention du burnout, en sortant de l’approche exclusivement individuelle, par l’implication de tous les acteurs au niveau de l’entreprise.

 

5 -Casser le tabou

Malgré des progrès, le sujet reste encore relativement tabou, comme le constate régulièrement Frédéric Meuwly: «Quand des dirigeants me demandent d’intervenir auprès de leurs employés, ils souhaitent souvent ne pas mentionner le mot « burn-out» dans le titre. Pourtant, quand on y vient dans la discussion, les langues se délient. Le sujet est très concernant.» En parler autour de soi et dans l’entreprise peut aider à mieux identifier les situations à risque.

6-Prise de conscience au niveau du management.

L’alternance récupération-engagement est la base d’une performance «durable» et du maintien de la motivation et de la santé de l’employé sur le long terme. Pourtant, selon le consultant,  partenaire de Promotion santé suisse, les entreprises peinent à intégrer les phases de repos et de récupération en termes organisationnels: «Une entreprise qui installe une salle de repos, mais qui en même temps fixe des objectifs sans cesse plus ambitieux, voir irréalisables, aux employés, c’est une forme de greenwashing. Une carrière n’est pas un sprint, mais un marathon. Apprendre à planifier la récupération est essentiel, mais doit encore faire son chemin dans la culture manageriale et le leadership.»

 7-intégrer le repos dans les mentalités

Enfin, même dans le cas où les structures sont en place, l’acceptation sociale n’est pas toujours au rendez-vous, ce qu’a pu constater Frédéric Meuwly chez les nombreuses entreprises consultées: «Parfois, les espaces de repos sont aménagés et personne ne les utilise. Quand je m’allonge, je sens de l’agitation et des murmures autour de moi. C’est encore mal perçu, et on jugera plus facilement quelqu’un qui se repose 10 minutes sur son bureau que son collègue qui va fumer une cigarette. Tout le monde doit y réfléchir pour que les choses changent.»

Lire aussi: Le burnout, la maladie des battants

 

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

Du même auteur:

Les sociétés de conseil rivalisent avec l’IMD
Comment la sécurité se déploie aux frontières entre la France et la Suisse

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."