Bilan

Sécurité: les experts sonnent l’alarme

Les villes connaissent des infrastructures de plus en plus connectées. Au quotidien, les partenariats publics-privés s’adaptent mais, en cas de crise majeure, la Suisse ne pourrait faire face.

André Duvillard, délégué du Réseau national de sécurité.

Crédits: Dr

Energie, télécommunications, finance: les infra- structures sont désormais toutes interconnectées. En cas de crise d’envergure – attaque, catastrophe naturelle – l’effet domino est quasiment inévitable tant les entreprises dépendent désormais les unes des autres. Pour réduire ces vulnérabilités, prioriser la sécurité, un pilier des villes désormais intelligentes, s’avère incontournable. 

A la mi-septembre, un workshop organisé par le chapitre suisse de l’association ASIS International a rassemblé, sur deux jours à Genève et à Bâle, quelque 50 professionnels pour débattre des enjeux de la smart city, face à des experts de la sécurité. Au cœur des discussions, les partenariats publics-privés, indispensables pour maintenir l’ordre. 

Au quotidien, la collaboration fonctionne bien en Suisse, souligne André Duvillard, délégué du Réseau national de sécurité: «De nombreuses compagnies sont mandatées pour des opérations publiques, comme le transport de détenus en Suisse ou des patrouilles d’agents dans les communes.» Des contrats entre acteurs publics et privés qui pèseraient quelques millions. 

Or, le bât blesse lorsqu’un scénario catastrophe est envisagé, s’accordent à dire les intervenants du workshop: la Suisse ne pourrait pas affronter une situation de crise. En cause notamment, une stratégie de gestion des partenariats publics-privés en cas d’urgence quasi inexistante. 

L’exercice à grande échelle entrepris en 2014 par le Réseau national de sécurité pour évaluer la résistance des infrastructures lors d’une urgence globale – des pannes d’électricité à la chaîne dans tout le pays – a démontré à l’époque l’absence de préparation du côté des grandes entreprises.

«En matière de provisions alimentaires, des acteurs majeurs comme Migros et Coop ne parviendraient pas à remplir leurs rayons après vingt-quatre heures de coupure de courant», pointe André Duvillard. Si la panne devait affecter les systèmes bancaires, qu’en serait-il entre autres des transactions dont «70% sont effectuées par carte en Suisse, sous la houlette de SIX Group notamment?», interroge-t-il.

La sécurité privée monte en puissance

Pour Roman Lehmann, directeur de la communication de crise chez Protectas, c’est au gouvernement de gérer toute urgence majeure avec les ressources dont il dispose. «Est-il bien préparé? Je ne sais pas. Si nous avions une réelle crise nationale, les entreprises stratégiques, les compagnies de sécurité privée et le gouvernement n’auraient aucune stratégie commune, c’est un fait.» 

Il ajoute que Protectas, «en tant que compagnie de sécurité privée, soutiendrait en priorité ses propres structures et ses clients existants». En cas de scénario d’urgence, les entités privées refuseraient de mettre leurs ressources à disposition du gouvernement. Roman Lehmann mentionne des effectifs insuffisants, même si la sécurité privée a connu un développement fulgurant ces dix dernières années – soit plus de 16 000 employés en Suisse aujourd’hui. «Cette branche compte désormais le même nombre d’employés qu’au sein de la police qui, elle, n’a pas grandi de la même façon», constate André Duvillard. 

Si une stratégie sur le long terme «va prendre du temps» à se construire, des pistes concrètes se dessinent, souligne le délégué du Réseau national de sécurité: «Des accords entre la Confédération et des experts de la cybersécurité provenant du secteur privé ont été conclus. Il faut continuer à nouer ce type de collaboration avec tous les secteurs qui pourraient être critiques.»

Roman Lehmann, lui, propose de composer un corps de miliciens issus des entreprises de sécurité privée, qui interviendrait à la demande des autorités publiques. Un modèle qui devrait aussi trouver son financement. «Nous avons surtout besoin d’un engagement fort de la part du politique, qui doit être prêt à soutenir ces partenariats, ainsi que d’une claire définition des tâches que le secteur de la sécurité privée peut appliquer.»

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

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Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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