Bilan

Savoir bien s’entourer: la clé du succès

Le réseautage est à la mode. Mais a-t-on vraiment besoin des autres pour réussir? Réponse des experts.

Crédits: You X Ventures

A-t-on besoin des autres pour réussir? André Muller, auteur de la Technique du succès (éd. Diateino), répond par l’affirmative. «Contrairement à la formule de Jean-Paul Sartre, les autres ne sont pas l’enfer. Ils sont même le facteur le plus important de ma réussite.»

Il ajoute que l’être humain a besoin des autres pour se réaliser et se dépasser: «Tout ce que je fais a l’autre pour but, pour moyen, pour spectateur. Si j’étais condamné à vivre sur une île déserte, tout serait changé; autrui n’étant plus là pour juger de ma valeur, il est probable que je ferais difficilement tout effort allant au-delà du nécessaire.»

L’autre, garant de ma santé

En plus d’inciter au dépassement de soi, l’autre permet également de rester en bonne santé. James S. House, professeur à l’université du Michigan, a mené une étude fondatrice à cet égard. Il a montré que le manque de connexions sociales avec les autres «constitue un risque majeur pour la santé, aussi grave que des risques bien identifiés que sont le tabac, une trop forte pression artérielle, un trop fort taux d’acides gras, l’obésité ou le manque d’exercice.»

En outre, toujours selon James S. House, la solitude semble accélérer le vieillissement physiologique et les décès prématurés: «Elle est même liée à une inflammation des tissus cellulaires et un affaiblissement de la réponse immunitaire. En fin de compte, la santé mentale est atteinte et les sentiments de souffrance renforcés.»

A noter cependant que l’on a toujours les autres que l’on mérite. Le patron éternellement insatisfait, qui ne fait confiance à personne, est toujours mal servi. «Est-il mécontent parce qu’il est mal servi ou est-il mal servi parce qu’il est mécontent quoi que l’on fasse?, questionne André Muller. Chez l’employeur qui trouve que ses collaborateurs ne valent rien, le personnel ne sera pas au mieux de sa forme. Il est aussi certain que pour ce patron-là, aucune équipe ne vaudra jamais rien. Il a pris le parti d’être mal servi.»

Le sociologue Robert King Merton parle à cet égard de prophétie autoréalisatrice ou de «set-up-to-fail» (syndrome de l’échec programmé). «C'est, au début, une définition fausse de la situation qui provoque un comportement qui fait que cette définition initialement fausse devient vraie», explique-t-il. Autrement dit, le fait d’annoncer qu’un travailleur est un incapable contribue à le rendre comme tel. Se sentant dévalorisé, le collaborateur multiplie les erreurs et finit par ressembler à l’image que son manager se fait de lui: il devient mauvais.

A l’inverse, l’effet Pygmalion – soit un étiquetage positif – permet aux individus de progresser. Il suffit en effet d’annoncer à une personne qu’elle est fiable, dynamique et motivée pour qu’elle tente de se conformer à l’idée que l’on se fait d’elle. Ou, comme l’exprime plus simplement Goethe: «Traitez un homme pour ce qu’il est et il restera ce qu’il est. Traitez un homme pour ce qu’il peut être et il deviendra ce qu’il peut et devrait être.»

Fuyez la contagion de la malchance

Attention également aux personnes qui étalent en permanence leurs états d’âme tourmentés. La négativité est hautement contagieuse et «on peut mourir du malheur d’autrui, avertit Robert Greene, auteur de Power, les 48 lois du pouvoir (éd. Alisio). Dans le jeu du pouvoir, ceux avec qui vous vous associez ont une importance cruciale. Le risque que vous courez en vous associant avec des "agents infectieux" est que vous perdrez une énergie et un temps précieux à essayer de vous en libérer. Ne les prenez pas en pitié. Ne montez pas dans leur galère en essayant de les aider. Cela ne changera rien pour eux, mais vous serez déstabilisé.»

L’une des études les plus ambitieuses sur ce sujet a été réalisée par Nicholas Christakis de la Harvard Medical School et James Fowler de l’université de Californie San Diego. Ces chercheurs ont examiné l’étude Framingham Heart, qui a suivi en détail la vie de 12'000 habitants pendant près de 32 ans.

Ils ont découvert que l’obésité et la boisson étaient contagieuses, mais que s’arrêter de fumer l’était tout autant. «Nous possédons un instinct nous permettant d’agir en miroir avec les personnes qui nous entourent. Le bonheur se répand de personne en personne. Pour atteindre vos objectifs, passez donc du temps avec des gens plus ambitieux et plus courageux que vous.»

Se séparer de ses faux amis

La question des amis pose naturellement celle des ennemis. De façon quelque peu contre-intuitive, il est parfois préférable de s’allier avec ses ennemis qu’avec de faux amis. Dans Osez sortir du rang, Adam Grant relève que nos meilleurs alliés ne sont pas ceux qui nous ont toujours soutenus mais ceux qui étaient contre nous au départ et qui se sont par la suite rangés à nos côtés.

Il ajoute que côtoyer des gens au comportement ambivalent, à la fois bienveillants et hostiles, réclame davantage d’énergie et de ressources mentales: «Dans une relation ambivalente, on est constamment sur ses gardes et on ne sait jamais quand faire confiance. Instinctivement, on cherche à se débarrasser de ses mauvaises relations et à sauver celles qui sont ambivalentes.» L’expérience suggère cependant que l’on devrait faire l’inverse, c'est-à-dire se séparer de ses faux amis et tenter de retourner ses ennemis.

Robert Greene ne dit pas autre chose. «Gardez-vous de vos amis: beaucoup vous trahiront par envie. Un ancien ennemi que vous engagez sera plus loyal qu’un ami parce qu’il devra faire ses preuves. En outre, il y a dans le fait d’engager des amis une note de condescendance qui les affecte secrètement. Le talent et la compétence sont bien plus importants que des sentiments amicaux.»

Briller sans éteindre

A cet égard, une erreur classique consiste à penser que notre réussite réjouira nos collègues et familiers. «C’est souvent l’inverse qui se produit, assure André Muller. Pourquoi l’autre prendrait-il plaisir à ce qui m’élève au-dessus de lui? La rencontre d’une personne arrivée lui fait prendre conscience du fait qu’il aurait pu mieux faire, vérité dont il pourra se défaire seulement en se consolant avec toutes sortes de considérations, pas nécessairement à mon avantage!»

Faut-il se rabaisser pour conserver ses alliés? André Muller préconise de briller sans éteindre les autres. «Pour éviter que ne se crée autour de moi un climat d’antipathie, je dois faire un réel effort pour être modeste dans mon comportement. La modestie des vrais grands n’a souvent pas d’autre source.» Travailler avec acharnement, donc, sans faire sentir sa valeur aux autres. «De toutes façons, ils la sentiront d’eux-mêmes et d’autant plus sûrement que je ne ferai rien pour la leur faire toucher du doigt.»

Quid des introvertis, qui n'ont pas le contact facile? Ils peuvent se détendre, assure Dominique Steiler. Ce docteur en psychologie et management de l'Université de Newcastle-upon-Tyne (Royaume Uni), rappelle en effet qu’il est plus important de briller par son intelligence que par ses connexions. «Les connexions peuvent aider mais certaines recherches démontrent que l’intelligence est un indicateur plus fiable du succès que le milieu socio-économique et les relations.»

Ces propos sont confirmés par le professeur Yoav Ganzach de l’université de Tel-Aviv qui a étudié des données provenant d’enquêtes menées auprès de 12'868 entre 1979 et 2004. Les questions portaient sur leurs promotions et leurs revenus et couvraient une période de 25 ans. Bilan de l’étude: si les familles aisées pouvaient certes placer leurs membres dans les fonctions privilégiées, elles n’étaient pas capables de contrôler leurs progrès par la suite. Et de conclure: «Sachant cela, écartez-vous des idées préconçues sur le fait de ne pas connaitre les "bonnes personnes" et efforcez-vous plutôt de faire bonne impression en tablant sur vos aptitudes.»

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Amanda Castillo

Journaliste

Lui écrire

Amanda Castillo est une journaliste indépendante qui écrit pour la presse spécialisée. Diplômée de l'université de Genève en droit et en sciences de la communication et des médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail (éd. Slatkine), qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

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