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Safaris: découvrir la faune des savanes africaines aux glaciers des Alpes

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La faune sauvage a longtemps été assimilée au gibier. Ces dernières années, l’observation d’animaux en totale liberté dans leurs milieux naturels a connu un développement spectaculaire. Dans la lignée des safaris d’Afrique, l’observation de la faune sauvage est désormais un moteur du tourisme.

L'observation de la faune sauvage séduit de plus en plus d'adeptes à travers le monde.

Crédits: Liberty Bird

Depuis des décennies, l’observation de la faune sauvage a gagné sa place : safari au Kenya, sortie sur le Saint-Laurent au Canada pour admirer les baleines, croisière au large de Cape Town en Afrique du Sud pour rencontrer les requins ou plongées en Polynésie ou aux Maldives… L’exotisme et les grands animaux (éléphants, rhinocéros, gorilles, orques, raies mantas, baleines à franges,…) ont longtemps guidé les touristes vers des destinations lointaines. Mais ces dernières années ont vu le spectre des espèces suscitant l’intérêt du grand public s’étoffer.

Baleines au Canada, gorilles en Afrique

Parmi les destinations phares à l’international figurent l’Afrique centrale avec ses grandes singes ou le Québec et ses baleines dans le Saint-Laurent. En Islande, le nombre de touristes ayant embarqué sur un navire pour observer les grands cétacés est passé de 30’000 en 1998 à 175’000 en 2012, et à plus de 300'000 en 2018. Au Québec, c’est plus de 500’000 passagers qui scrutent chaque année les représentants d’une des treize espèces de baleines présentes dans le Saint-Laurent et son estuaire, et les retombées sont évaluées entre 80 et 100 millions de dollars par an.

Des enjeux cruciaux pour des régions souvent dépourvues de grandes industries et où l’emploi dépend de la manne touristique. Ce qui pousse certains acteurs locaux à s’engager dans la voie d’un tourisme d’observation de plus en plus respectueux des espèces. Ainsi est née l’Alliance éco-baleine au Québec au début des années 2010. «Notre objectif est de devenir le meilleur endroit au monde pour l’observation responsable des baleines. Pour y arriver, on mise sur la recherche afin d'améliorer nos pratiques et la formation des capitaines et des naturalistes afin de vulgariser un contenu enrichi tout en adoptant un meilleur comportement au large. C'est ainsi que nous pouvons offrir une expérience-client de grande qualité, basée sur une démarche de développement durable et sur des connaissances approfondies», souligne Yan Hamel, président-directeur général chez Croisières AML.

Impact de l'observation des gorilles en Ouganda.
Impact de l'observation des gorilles en Ouganda.

En Ouganda, l’impact indirect et induit par l’observation des primates a été précisément mesurée. Dépenses des touristes (nuitées, alimentation, achats de produits locaux), emplois (guides, personnel des hôtels et restaurants), investissements publics et privés (routes, aéroports et autres infrastructures) profitent à l’ensemble du pays, bien au-delà des régions autour des parcs Mgabinga Gorilla National Park et Bwindi Impenetrable National Park, principaux lieux d’observation.

«Le tourisme d’observation est intégré dans le développement du tourisme de nature, ce qui rend difficile la distinction et la quantification du tourisme faunique. Nous nous consacrons alors à comprendre les attentes des visiteurs en ce qui concerne la faune sauvage, afin de montrer le caractère perméable de ce qui est appelé tourisme de nature et tourisme faunique. Le tourisme d’observation participe en effet à l’expérience globale des randonneurs concernant leur visite de l’espace naturel. Cette visite n’est pas sans conséquence sur l’emboîtement des espaces humains et non-humains. Cet emboîtement se fait parfois au détriment des populations fauniques. Des mesures de gestion sont alors requises pour limiter les impacts négatifs de la présence humaine sur l’animal», expose Laine Chanteloup, dans sa thèse intitulée À la rencontre de l’animal sauvage: dynamiques, usages et enjeux du récréotourisme faunique, et appuyée sur des pratiques au Québec et en Savoie.

Dans les pays industrialisés, les mesures de protection des milieux naturels mises en place depuis la fin du XXe siècle ont permis de dynamiser cette offre. «Il y a une vingtaine d’années, le port de Kaikoura en Nouvelle-Zélande recevait annuellement 6000 visiteurs venus observer les baleines. Les estimations actuelles chiffrent ce nombre à près de 90'000. Aux Etats-Unis, l’organisation Ecotourism society évalue pour 2005 le nombre de touristes animaliers à plus de 75 millions, dont près de 20 millions ont quitté leurs domiciles pendant plusieurs jours pour observer des oiseaux», explique Christian Pihet, professeur de géographie à l’Université d’Angers. Et d’ajouter au milieu des années 2000, les retombées étaient déjà très importantes: «Les effets économies sont considérables. L’écotourisme représenterait au total un chiffre d’affaires de plus de 20 milliards de dollars par an».

Les ornithologues voyageurs

Ornithologues en observation. (Liberty Bird)
Ornithologues en observation. (Liberty Bird)

Les oiseaux, c’est justement le créneau de l’agence Liberty Bird, basée à Zurich. Mario Camici, son fondateur, explique le concept: «Je suis moi-même ornithologue et passionné par le sujet depuis mon enfance. Voici 25 ans, une agence de voyage m’a proposé de mettre sur pied de manière professionnelle une telle offre touristique. Je m’occupe de l’ensemble du contenu, développe les concepts, contacte et réserve les guides et définis avec eux le programme, mais toujours en lien avec les acteurs locaux. Ensuite, nous nous appuyons sur l’agence de voyage RB-Reiseberatung pour le marketing». Avec des offres sur tous les continents, du delta du Danube aux îles Malouines en passant par Borneo, il emploie cinq personnes pour les tâches administratives en Suisse et une vingtaine de guides professionnels.

«Nos clients sont avant tout des personnes passionnées par l’ornithologie ou les milieux naturels, qui cherchent une offre de voyages très qualitative. C’est pour cela que nous leur proposons des séjours conçus par des spécialistes et au cours desquels ils auront comme interlocuteurs des experts en biologie, zoologie,…», détaille-t-il. Plusieurs des séjours proposés par Liberty Bird affichent d’ores et déjà complet jusqu’à fin décembre 2019.

Le gypaète barbu en Valais

Et ce public prêt à débourser près de 3000 francs pour une semaine à la découverte de la bergeronnette citrine ou de la buse féroce en Géorgie apprécie généralement aussi des observations plus proches du domicile. C’est ainsi que Suisse Tourisme a mis en avant les offres liées à l’observation de la faune sauvage dans sa campagne estivale 2017. «En Suisse, ce sont souvent des ONG et des associations qui proposent ce type d’offres. Et le public est plus large que celui des voyages lointains pour lesquels on trouve une clientèle prête à payer très cher pour scruter les migrateurs dans l’embouchure du Guadalquivir: au niveau local, il y a beaucoup de jeunes passionnés, qui vont parfois pratiquer le camping sauvage ou choisir des hébergements bon marché car ils sont étudiants et ont peu de moyens ; mais ils participent à ce mouvement», analyse Ralph Lugon, professeur à la Haute Ecole de Gestion du Valais et membre de l’Observatoire valaisan du Tourisme.

Au niveau local, il cite le Bois de Finges, entre Sierre et Salgesch, haut-lieu de l’observation des oiseaux: «Une offre spécifique sur le gypaète barbu avait été mise sur pied voici quelques années, reprise depuis par l’office du tourisme de Leukerbad, qui la combine avec la découverte des chamois et bouquetins dans la paroi de la Gemmi».

Car la faune alpine, riche et variée, représente l’un des atouts majeurs du pays dans la perspective de développer un tourisme doux et durable. Car si des populations de martins-pêcheurs peuvent être admirées à Cudrefin (Vaud) ou à Flaach (Thurgovie), ou de chevaliers guignettes au bord du Rhin près d’Altstätten (Saint-Gall), la majeure partie des offres répertoriées par Suisse Tourisme concerne des mammifères emblématiques des milieux alpins: bouquetins, chamois et marmottes comptent une trentaine de propositions chacun sur le portail de Suisse Tourisme, des Grisons aux Alpes vaudoises en passant par le Valais.

La faune alpine de Suisse

Même les espèces souvent désignées comme les grands prédateurs (loups, ours, lynx) font l’objet de projets en lien avec les programmes de protection et de gestion de ces animaux. Ainsi, le Plan Loup de la Confédération prévoit des mesures destinées à «transmettre au public des connaissances sur le mode de vie du loup et faire connaître sa fonction importante de prédateur». Idem pour le Plan Lynx qui prévoit de «préparer pour les cantons les bases nécessaires de la gestion du lynx pour informer et sensibiliser le public et certains groupes d’intérêts».

Avec la présence d’ours dans certains cantons alpins, d’autres offres pourraient voir le jour dans notre pays dans les mois et années à venir pour mieux connaître la faune sauvage. Avec un impact très positif, le Réseau des Parcs suisses indique que chaque franc investi par les pouvoirs publics dans les structures de protection des milieux naturels génère six fois sa valeur.

Un développement à encadrer cependant, afin que l’observation ne nuise pas aux espèces concernées. Généralement, les guides professionnels et les experts des ONG et associations disposent des connaissances adéquates pour ne pas perturber les animaux sauvages. Mais la pratique d’activités de loisirs en outdoor ou l’observation libre sans encadrement peut parfois mener à des intrusions dommageables, notamment en période de reproduction. D’où des précautions à prendre.

«Les espaces adéquats, calmes et interconnectés ne sont pas nombreux et pendant les périodes sensibles, notamment en hiver ou lors de la reproduction et de la mise bas, les animaux sauvages n’ont souvent pas de possibilité de repli. La rencontre inattendue avec un randonneur en hiver peut déjà être une situation de stress pour la faune sauvage : fuir coûte beaucoup d’énergie aux animaux, et cette dépense risque de compromettre leur survie», note Reinhard Schnidrig, chef de section Faune sauvage et biodiversité en forêt au sein de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV).

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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