Bilan

Ruag surfe sur la renaissance du spatial

Ruag Space a déployé en avant-première ses composants pour la future fusée européenne Ariane 6. Une initiative qui illustre les ambitions spatiales décuplées du groupe suisse.
  • Ruag développe la robotisation pour produire en série, ce qui est nouveau dans l’industrie spatiale.

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  • Peter Guggenbach, CEO de Ruag Space.

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Avec un chiffre d’affaires de 345 millions de francs en 2016 (environ 20% de celui du groupe) et 1257 employés, Ruag Space est l’acteur de poids de l’industrie spatiale en Suisse. Impliquée dans la fabrication de composants pour les lanceurs européens Ariane depuis quarante-cinq ans, l’entreprise vient de réussir à placer en avance un composant critique pour la prochaine génération d’Ariane 6 sur la version 5 tirée de Kourou le 28 juin dernier: la coiffe de 17 mètres qui protège les satellites.

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Loin d’être anecdotique, ce succès technologique souligne la dynamique restaurée de l’industrie spatiale. Et les ambitions désinhibées du groupe suisse. «Depuis quatre ans, le marché du spatial est reparti», explique Peter Guggenbach, CEO de Ruag Space. En effet, selon Euroconsult, pas moins de 9000 satellites seront mis en orbite dans les dix ans à venir, contre 1480 au cours des dix dernières années. 

Il faut dire que l’apparition d’acteurs privés comme SpaceX a réveillé le marché. Ruag Space livre désormais régulièrement l’opérateur créé par Elon Musk. Ses systèmes d’adaptateurs pour charger différents types de satellites et de séparation lors de la mise en orbite équipent les fusées Falcon 9 de SpaceX.

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Toutefois, l’entrée de SpaceX sur un marché du spatial jusque-là dominé par des grands donneurs d’ordre paraétatiques dépasse le simple nouveau débouché. Lors de la conférence de presse organisée au Salon du Bourget par Ariane Group pour présenter ses futurs lanceurs, les sous-traitants comme l’italien Avio ou l’allemand MT Aerospace qui défilaient à côté de Ruag Space insistaient essentiellement sur leurs programmes de réductions drastiques des coûts. 

Avec ses fusées réutilisables, assemblées horizontalement et ses composants produits en série, SpaceX a fait entrer la conquête spatiale dans le «low-cost». Et l’industrie doit s’aligner. Peter Guggenbach précise: «Les processus que nous avons mis en place nous ont permis de diminuer de 50% les temps de production et de 50% le travail nécessaire pour aboutir à une réduction de 40% des coûts.» 

Le défi des volumes

Pour la coiffe des Ariane, Ruag assemble ses immenses structures en fibre de carbone sans fours autoclaves désormais. Le grand four industriel classique de son nouvel atelier d’Emmen (LU) revient en effet beaucoup moins cher. Confrontée à une demande du marché pour plus de flexibilité, l’entreprise helvétique s’est aussi résolue à recourir à plus de composants du marché requalifiés pour un usage dans l’espace comme dans le cas de l’ordinateur de bord de 2,3 kilos qui contrôle les 750 tonnes de la fusée qu’elle produit.

De quoi diminuer par cinq cette facture. Enfin, Ruag développe la robotisation pour produire en série, ce qui est nouveau dans l’industrie spatiale. Le fait d’avoir pu adapter à une Ariane 5 des éléments conçus pour une Ariane 6 illustre cette tendance à l’optimisation.

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Du coup, le plus gros défi auquel fait face l’entreprise, c’est l’augmentation des volumes. Au Bourget, le CEO d’ArianeGroup a indiqué son objectif de réduire le temps d’assemblage final des Ariane à Kourou de trente jours pour la version 5 à dix pour la version 6 afin de pouvoir doubler la cadence des tirs. 

Et Ruag a aussi décroché la clientèle de OneWeb. Financée par Virgin Galactic, Qualcomm, Intelsat, Hughes Network et Coca-Cola, cette entreprise veut rendre l’accès à internet à haut débit global avec 900 satellites en orbite basse. Pour produire les châssis de ces derniers, Ruag a construit une nouvelle usine à cap Canaveral en Floride. En à peine six mois…

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Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

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Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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