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Romy Biner-Hauser: une femme au sommet à Zermatt

Romy Biner-Hauser est la première femme présidente de la commune de Zermatt. Une destinée qui n'était pas évidente pour celle qui, en plus d'être une femme, a dû dépasser le fait de ne pas avoir ses racines dans la vallée alpine.

Romy Biner-Hauser est devenue la première femme présidente de la commune de Zermatt.

Crédits: Radio Rottu Oberwallis

Son élection n’a pas fait las gros titres hors du Haut-Valais, mais l’événement survenu au pied du Cervin,  le 1er janvier dernier, est à marquer d’une pierre… blanche. Romy Biner-Hauser, 47 ans, est la première présidente de la commune de Zermatt.

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Rien ne la prédestinait à devenir la première femme de la station haut-valaisanne, d’autant plus que sa famille ne porte pas le nom d’une des dix familles qui ont «fait» Zermatt: les Perren, Julen, Lauber, Taugwalder ou… Biner.

Si elle se nomme Biner-Hauser, c’est à son mari qu’elle le doit, dont elle est aujourd’hui séparée: «Je ne viens pas d’une famille d’hôteliers, même si j’ai fait mon apprentissage dans l’hôtellerie à Zermatt, puis à l’île St-Pierre sur le lac de Bienne, à St-Moritz, à l’ancien Dolder à Zurich et enfin à Lucerne, avant de partir trotter quatre mois sur les routes américaines avec une copine: «Mes parents étaient venus à Zermatt en voyage de noces, poursuit la jeune présidente. Ils sont tombés amoureux du Cervin et sont restés. Je suis née ici et j’ai grandi ici, mais mon père est de Berne et ma mère était irlandaise». 

Elue du premier coup

C’est donc dans un monde de montagnards du Haut-Valais plutôt machiste de nature qu’elle a dû faire sa place: « Mais je n’en ai jamais été victime », assure-t-elle. Alors qu’elle n’était que la porte-parole des Hôtels Seiler, son prédécesseur l’avait invitée à boire un café pour lui proposer de se lancer en politique: «Je pensais n’avoir aucune chance, mais j’ai été élue du premier coup. Cela n’arrive pratiquement jamais. Mon souhait était de garder mon travail, car dans le monde politique "un jour vous êtes top, un jour vous êtes flop", comme on dit en allemand. Au début j’ai eu peur, car je n’étais pas spécialement préparée à la fonction. Je convoitais le département des travaux, mais on m’a dit: "tu es une femme, tu dois prendre les écoles!" J’avais fait toutes mes classes à Zermatt et je me retrouvais à la tête de ces mêmes écoles pendant quatre ans. Une expérience extraordinaire.» Aujourd’hui, comme présidente de Zermatt, elle s’occupe plus précisément de l’administration, des finances et de la culture.

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«Cela fait huit ans que je fais de la politique, dans les rangs du PDC côté noir, alors que toute ma belle-famille était dans le clan opposé, du côté jaune. Là, j’ai rencontré un monde complètement nouveau. La question de l’intégration des Portugais, qui forment près de la moitié de la population résidante, est une grande question. A Tæsch, le village voisin où les loyers sont beaucoup moins élevés, la difficulté serait plutôt d’intégrer les  écoliers valaisans parmi les petits Portugais. Ils sont parfois près de 80% dans les classes! »

Une présidente en vue

Vu ses nouvelles responsabilités, elle a dû restreindre à 50% ses activités comme responsable des relations publiques des Hôtels Seiler. Dans une station qui vit majoritairement du tourisme et de l’hôtellerie, est-ce que cette double casquette lui pose un problème? «En aucune manière. Je sépare les deux activités de façon très stricte.»

Pour elle, l’anonymat n’est plus de mise. Elle a fait tout récemment la «une» du Blick qui reprochait injustement aux Zermattois de se débarrasser cruellement des marmottes qui prolifèrent, faute de prédateurs. Adepte d’alpinisme, Romy Biner-Hauser trouve non seulement le temps de gravir les sommets politiques, mais aussi les 4'000 qui font la réputation de sa station dans le monde entier.

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Olivier Grivat

JOURNALISTE

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Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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