Bilan

Risques globaux: en marche vers une crise?

Le WEF publie un rapport pessimiste, où géopolitique et climat dominent les risques, et où les valeurs même de l’ordre mondial sont menacées.

Conflits géopolitiques et changements climatiques risquent de bouleverser l'ordre mondial.

Crédits: DR

Il y a 10 ans, les risques financiers, à savoir l’effondrement des prix des actifs, dominaient largement le rapport sur les risques globaux du World Economic Forum (WEF). Aujourd’hui, ce risque apparaît comme un luxe. Les menaces sont plus fondamentales: les tensions géopolitiques posent le risque le plus immédiat, et l’environnement et la technologie s’affichent comme principaux risques futurs, selon le 14ème rapport sur les risques globaux présenté ce 24 janvier à Davos. Intitulé «Out of control», c’est l’un des rapports les plus pessimistes que le WEF ait produits, estime Aengus Collins, responsable «risques globaux et agenda géopolitique» au WEF. «Le rapport s’interroge si le monde marche, tel un somnambule, vers une crise, et tend à y répondre par l’affirmative». En effet, les risques s’intensifient, «mais la volonté collective de les traiter semble manquer», indique le rapport.

Les préoccupations sont multiples

Trois sujets principaux dominent les peurs des personnes sondées: d’une part, les tensions géopolitiques et géo-économiques. «Si on ne les traite pas, cela freinera notre capacité à régler toutes les autres questions», estime le responsable du rapport. Ensuite vient l’environnement, «plus gros défi de notre ère». Puis la technologie: les types de technologies développées, et le rythme auquel elles le sont, signale que le monde n’est pas prêt pour en gérer les risques potentiels.

En tête des préoccupations, 91% des personnes sondées dans le rapport s’attendent à des confrontations et frictions d’ordre économique entre grandes puissances; 88% craignent une érosion des règles et accords commerciaux multilatéraux; 85% entrevoient des confrontations et frictions politiques entre grandes puissances. Ensuite, 82%  appréhendent des vols d’identité personnelle liés à des cyberattaques, et 80% craignent des cyber-disruptions d’opérations et d’infrastructure

Les sondés identifient le risque géopolitique comme étant le plus impactant à court terme. Un risque qui a trait aux puissances et aux valeurs qu’elles portent: le monde devient plus divisé, il lui manque un point de repère et il vit dans l’incertitude quant à la distribution du pouvoir entre les différents pays. C’est pourquoi la question des valeurs est centrale, selon l’auteur du rapport: «Un clash de valeurs au plan idéologique, qui empêche les pays de converger vers des politiques communes, de s’entendre sur les défis majeurs comme le climat, sera à craindre», explique Aengus Collins. «Si l’environnement ne fait plus consensus, comment identifier ensemble les défis des prochaines générations et construire des alliances, lorsqu’on est dans une phase de divergence plutôt que de convergence?», interroge l’expert du WEF. Une configuration qui accroît les risques géo-économiques concomitants: restrictions d’investissement, sanctions, concurrence entre différentes monnaies.

Solitude et dépression ?

Dans un horizon à 10 ans, le risque majeur le plus probable sera moins la géopolitique que l’environnement, selon les sondés. Ils identifient en particulier la menace de conditions climatiques extrêmes et de montée des eaux qui plane sur de nombreuses villes, mais aussi le risque d’échec de politiques de protection de l’environnement. Parmi les risques technologiques, le rapport évoque les risques biologiques. Fabriquer certains virus de synthèse devient plus facile, et les embryons génétiquement modifiés font leur apparition; les pandémies demeurent un risque. Mais d’autres sources de crise existent, et ils sont d’ordre psychologique et social : «la montée de la colère, la radicalisation, l’anxiété, le déclin de l’empathie, l’augmentation de la solitude», évoque Aengus Collins. Phénomènes «encore mal compris», ils sont affectés par les réseaux sociaux, le monde du travail et la proportion en forte hausse des personnes célibataires, qui constituent 60-70% de la population dans certaines villes, et même jusqu’à 90% dans des zones comme Manhattan. Le rapport se penche aussi sur les chocs futurs potentiels, à l’exemple du Brexit. «Ces phénomènes incontrôlables requièrent une créativité dans les scénarios d’anticipation, que nous encourageons». Le rapport cite, parmi dix chocs de ce type, la fin de la sphère privée sur internet, la perte de légitimité des monnaies suite à la prise de contrôle des banques centrales par des leaders populistes, ou encore les droits humains sacrifiés à des intérêts nationaux ou à des idéologies radicales.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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