Bilan

Rien ne freine les prêts hypothécaires

Les banques cantonales romandes ont poursuivi leur expansion sur le marché des hypothèques. Quatre d’entre elles affichent une hausse des affaires supérieure à celle du marché.

La Banque Cantonale du Jura (ici à Porrentruy) a enregistré une croissance de 7% de ses prêts hypothécaires.

Crédits: BCJ

Les années se suivent et se ressemblent sur le front des prêts hypothécaires! En 2018, les six banques cantonales romandes ont poursuivi leur croissance dans cette activité qui représente leur principale source de revenus. Au total, leurs créances ont augmenté de 2,6 milliards de francs. Avec une progression des affaires de 7% par rapport à l’année précédente, la Banque Cantonale du Jura a été particulièrement dynamique. Elle a devancé ses homologues fribourgeoise (+5,2%), valaisanne (+5,1%) et genevoise (+3,7%). A la Banque Cantonale Vaudoise, la progression est moindre (+3%). C’est «une croissance raisonnable dans un marché très concurrentiel», estiment ses dirigeants. La Banque Cantonale Neuchâteloise ferme la marche avec une hausse encore plus faible (+2,5%). Dans cette dernière région, la tendance constatée un an auparavant sur le marché immobilier se confirme. «Si l’offre est toujours bien présente, la demande faiblit», constate la BCN.

Plus de 1000 milliards de francs

Pour la première fois en Suisse, les créances hypothécaires figurant dans le bilan des banques ont franchi en 2018 la barre des 1000 milliards de francs. Selon la Banque nationale suisse, elles ont progressé de 3,3% par rapport à l’année précédente et de 41% en dix ans. En Suisse romande, les banques cantonales jurassienne, fribourgeoise, valaisanne et genevoise ont enregistré en 2018 une hausse des affaires supérieure à celle du marché. A Genève et en Valais, les prêts hypothécaires accordés aux particuliers ont davantage progressé, respectivement de 4,4% et de 6%, que ceux octroyés aux personnes morales (+2,9% et +1,1%).
En revanche, à Fribourg, la croissance est plus ou moins identique. A la BCV,
la répartition des affaires sera indiquée dans le rapport de gestion dont la publication est prévue au début avril. Les deux autres instituts ne fournissent pas ce type de données. Dans les banques cantonales romandes, les prêts sont avant tout destinés à la construction de logements (locatifs, PPE et maisons individuelles).

En raison du bas niveau des taux d’intérêt, la très grande majorité des clients parviennent à conclure des prêts à terme fixe à des conditions attractives. La part des hypothèques à taux fixe dans le portefeuille des 24 banques cantonales avoisine 90%. «Cette composition du portefeuille hypothécaire exige que la banque soit particulièrement attentive à la structure de son refinancement et à la maîtrise de son risque de taux. Elle se doit notamment d’assurer une congruence importante des échéances entre les actifs et les passifs de son bilan», écrivait la Banque Cantonale du Jura dans son rapport de gestion 2017.

La Finma est inquiète

A Berne, la Finma suit la situation avec une certaine appréhension. «Je me fais du souci pour le marché hypothécaire suisse. Nous devons éviter les risques incontrôlables. L’attribution de tant de prêts hypothécaires, avec des rendements immobiliers en baisse, renforce évidemment les inquiétudes. Notamment dans le segment des immeubles de rendement», déclarait son président Thomas Bauer dans une interview publiée à la mi-février par la Tribune de Genève. A l’Union des banques cantonales suisse à Bâle, on reste néanmoins serein (lire ci-contre). 

Pour l’heure, les corrections de valeur restent stables à de faibles niveaux. En dépit de la contraction des marges d’intérêt, les résultats opérationnels des banques cantonales romandes ont progressé en 2018 en raison de la maîtrise des charges d’exploitation. De leur côté, les bénéfices nets ont eux aussi augmenté. Avec une hausse de 11,7%, la Banque Cantonale de Genève a enregistré la meilleure performance devant la BCV et la BCN. 


«Les banques sont très bien capitalisées»

Selon l’Union des banques cantonales suisses (UBCS), les instituts cantonaux peuvent résister à une évolution négative de l’immobilier.

Ces dix dernières années, les banques cantonales ont-elles pris trop de risques dans les affaires hypothécaires?

Les banques cantonales appliquent un système de gestion des risques rigoureux et suivent de manière cohérente les principes du crédit hypothécaire. Nous ne savons pas si tel n’a pas été le cas au cours de la période mentionnée.

Vous attendez-vous dans les prochaines années à une augmentation des crédits douteux qu’il faudra provisionner?

Une hausse importante et brutale des taux d’intérêt peut entraîner une perte de revenus pour les banques, car les coûts d’intérêts variables sont actuellement compensés par une proportion plus élevée de prêts hypothécaires à long terme à taux fixe et à faible taux. Dans le cadre de la gestion de la structure de leur bilan, les banques anticipent les variations éventuelles des taux d’intérêt et effectuent, si nécessaire, les opérations de couverture correspondantes. De notre point de vue, une normalisation ordonnée du niveau des taux d’intérêt serait certainement la bienvenue.

Les banques cantonales résisteront-elles à une baisse importante des prix de l’immobilier?

Les banques cantonales sont très bien capitalisées et donc très résistantes aux évolutions négatives du marché immobilier. Leur ratio moyen de capital est d’environ 18%, ce qui est nettement supérieur aux exigences réglementaires minimales. La Banque nationale suisse certifie également la grande résilience
et la capitalisation adéquate des banques axées sur le marché intérieur, qu’elle évalue dans ses rapports annuels sur la stabilité financière. 

Christian Leugger, porte-parole  de l’UBCS. (Crédits: BCJ)
Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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