Bilan

Revenir au travail après un burnout

Traumatisme pour ceux qui le vivent, le burnout peut provoquer une vraie cassure dans une vie et une carrière. Pour éviter la rechute, il convient de soigner son retour dans le monde professionnel en élaborant une stratégie.
  • Pour ne pas revivre un burnout, il est essentiel de bien préparer son retour au travail.

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  • Catherine Vasey, psychologue lausannoise spécialisée dans le burnout, conseille tout au long de l'année des personnes touchées par ce mal lié au travail.

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  • Le retour au travail doit s'anticiper et comporter une facette réfléchie en amont sur le discours tenu vis-à-vis des collègues.

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  • Un retour au travail mal préparé peut rapidement conduire à une rechute pour la personne ayant déjà vécu un burnout.

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Chaque année en Suisse, plusieurs milliers de personnes cessent temporairement de travailler pour cause de burnout. Le surmenage intellectuel, la fatigue physique et psychique liée au rythme de travail, l'excès de stress ou des pressions insupportables conduisent des professionnels souvent reconnus par leurs pairs à jeter l'éponge pour un temps. Avec l'accord d'un médecin, ces personnes obtiennent un arrêt maladie de quelques semaines pour recharger les batteries et effectuer un travail sur elles-mêmes afin de surmonter cette épreuve et de ne pas la prolonger.

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Cependant, si le travail effectué pendant l'arrêt de travail pour se remettre de l'épreuve est crucial, une autre échéance attend le travailleur victime d'un burnout: le retour dans la vie professionnelle. «Le retour au travail fait partie intégrante du traitement: on a besoin de revenir dans le monde professionnel pour guérir», affirme Catherine Vasey, psychologue spécialiste du burnout établie à Lausanne et auteur du livre Burn-out: le détecter et le prévenir (éditions Jouvence). Dans son cabinet, elle reçoit depuis plus de quinze ans des personnes touchées par ce «mal des battants». Et insiste toujours sur le retour au travail.

A la différence d'autres pathologies comme la grippe ou des maladies ponctuelles, le patient n'est pas seulement touché physiquement ou épuisé par la maladie mais aussi handicapé durablement dans sa capacité à réfléchir. «Pendant mon arrêt, je n'arrivais même pas à organiser ma journée en conciliant des balades, la préparation des repas ou les petits services que ma femme me demandait de lui rendre: je passais de longues heures hébété, à être allongé sans parvenir à me concentrer sur quoi que ce soit», se remémore Patrick*, 45 ans, cadre dans une manufacture horlogère vaudoise.

Des indicateurs pour savoir quand reprendre

Quand une personne déjà touchée par un burnout rechute, la cause peut régulièrement être recherchée dans un retour au travail mal préparé. «Dès que la personne est suffisamment reposée et reconstruite, il faut élaborer une stratégie pour s'assurer qu'elle ait toutes les cartes en main afin de réussir son retour dans le monde professionnel», assure Catherine Vasey. Et la spécialiste va jusqu'à dire que, si la personne a démissionné, elle va devoir repousser la fin du traitement jusqu'à ce qu'elle retrouve un job. Quant à savoir quand débuter ce processus, elle note que certains indicateurs montrent quand l'heure est venue de préparer son retour: sensation de la personne d'avoir retrouvé plus de 50% de son énergie d'avant le burnout, intégration par cette personne des leviers sur lesquels agir pour rétablir son équilibre,...

Pour Alain*, 52 ans et victime d'un burnout voici cinq ans alors qu'il dirigeait un service au sein d'un cabinet de conseil à Genève, le retour a été précipité et mal préparé: «J'ai pourtant attendu près de trois mois entre le début de mon arrêt maladie et mon retour, mais j'ai repris à temps plein, en abandonnant du jour au lendemain les loisirs qui m'avaient apporté tant d'oxygène pendant ces trois mois, en fonçant tête baissée dans toutes les sollicitations qui étaient celles que j'avais avant mon arrêt maladie». Pour Catherine Vasey, c'est tout ce qu'il faut éviter.

Pas question pour autant pour la psychologue de trop entourer son patient et de faire ce travail à sa place: «Il faut le responsabiliser, le préparer à avoir un entretien avec son supérieur hiérarchique, mais aussi à évaluer à quel rythme reprendre, quelles sollicitations refuser, à exprimer ses besoins et ses limites, ou encore à trouver des alliés». Car l'environnement professionnel bienveillant, avec des collègues ou des supérieurs sympathiques ne suffit pas. Catherine Vasey évoque «une démarche globale, avec une stratégie à adopter aussi bien dans sa vie privée que dans sa vie professionnelle».

Ainsi, dans la vie privée, il est essentiel que les personnes retrouvant le travail se ménagent des moments pour évacuer le stress. Sport, balades, lecture, yoga,... de nombreuses activités sont pratiquées par les personnes pendant leur arrêt de travail. Il est crucial de ne pas les négliger une fois l'arrêt de travail terminé. «Quand on est arrêté, il est facile de prendre du temps pour soi, mais ce temps reste au moins aussi important quand on reprend le travail», assure Catherine Vasey, pour qui «le retour au travail devrait toujours être progressif, avec un temps d'activité adapté au départ, autour de 50%, pour revenir à la normale au fil du temps».

Les relations avec les collègues et la hiérarchie

Faut-il pour autant changer de poste? Aux yeux de certains, le retour au travail s'apparente à un nouveau départ et ils sollicitent de la part de leur hiérarchie une nouvelle affectation. Pas forcément un bon choix aux yeux de Catherine Vasey, pour qui nouveau poste rime avec nouvelles missions contraintes et stress de la découverte: «Il vaut mieux dans un premier temps reprendre au même poste pour se sentir en terrain connu et se prouver qu'on peut réussir sereinement là où on a connu des difficultés quelques mois avant, ce qui n'empêche pas d'envisager un changement de poste à moyen terme».

Pour ce qui relève des relations avec les collègues, différentes stratégies sont envisageables. «On peut évidemment jouer cartes sur table et mettre le mot burnout sur son absence, mais on peut aussi parfois préférer ne pas dire qu'il s'agissait d'un burnout pour ne pas générer de regards compatissants ou négatifs, éviter les questions intrusives,... Tout ceci ne permet pas de se remettre en selle totalement», glisse la psychologue lausannoise. Une stratégie est également à prévoir entre le patient et son thérapeute pour préparer l'entretien avec sa hiérarchie, notamment en venant avec des propositions d'horaires adaptés.

Une préparation à laquelle Patrick* n'a pas eu droit: «Certains collègues étaient au courant, d'autres non. Certains ont alors tenté de me faciliter la tâche et d'autres ne comprenaient pas. Tout ceci a débouché sur des quiproquos et des tensions. Et j'étais en même temps reconnaissant envers ceux qui me témoignaient de la sollicitude mais aussi frustré qu'on ne me permette pas de faire la preuve que j'étais de retour».

Ni attaques, ni surprotection

Si lui a connu ces deux attitudes, Catherine Vasey voit des excès et des impacts négatifs potentiels des deux côtés: «Attaquer la personne fait évidemment du tort car ça nie sa difficulté. Mais la surprotéger est contre-productif: la personne le ressent et ne se sent pas pleinement de retour, voire se voit en victime. Or, le burnout intervient généralement chez des personnes réputées fortes et qui voient les difficultés comme des stimulants».

Alain a vécu cette situation: «J'ai mis plusieurs mois à comprendre. Au départ, mes subordonnés et mes collègues s'arrangeaient pour alléger ma charge de travail, mais je savais bien qu'on me cachait des choses et ils niaient; c'était la même situation chez moi avec ma compagne qui s'arrangeait pour que je n'aie rien à faire comme activité liée à la tenue de la maison. Tout a changé le jour où un client m'a dit que le travail fait par mon service était inférieur à ce qu'il avait eu deux ans avant. J'ai donc provoqué une réunion et tapé du poing sur la table. Tout le monde a compris que j'étais de retour. Et à la maison, ça a été pareil».

Pour éviter ces situations, Catherine Vasey recommande de s'appuyer sur des «alliés». Derrière ce terme, elle regroupe aussi bien des modèles que des personnes inspirantes ou des collègues avec qui la personne s'entend bien au travail. «Ce qui est essentiel, c'est qu'il s'agisse de personnes qui prennent soin de leur santé et trouvent un équilibre épanouissant dans leur vie», insiste-t-elle.

Alliés, stratégie, calendrier,... le retour au travail est donc à préparer en amont. Mais ces précautions garantissent-elles une guérison durable ou juste une rémission avec un risque de rechute? «Il faut toujours rester vigilant avec sa santé, ne pas revenir au rythme d'avant qui a causé le burnout. Mais si on prend des précautions, on peut parler de réelle guérison: accepter sa vulnérabilité, et non sa fragilité, ce n'est pas la moindre des victoires», estime-t-elle. 

«»

* prénoms modifiés à la demande des personnes citées.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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