Bilan

Reconversion: osez changer de métier

Vous n’avez jamais été aussi nombreux à vouloir vous reconvertir pour transformer votre passion en vraie profession. Notre dossier vous livre témoignages et conseils.

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Par Mary Vakaridis, avec Ghislaine Bloch, Amanda Castillo, Matthieu Hoffstetter, Julie Müller et Joan Plancade

«Faire le même travail toute sa vie, c’est une éventualité qui est devenue rare aujourd’hui. Les nouvelles générations ne se résignent pas face à un emploi qui leur déplaît. Le bien-être au travail est devenu un enjeu d’épanouissement personnel. C’est une injonction de la société actuelle», analyse Hélène Picco-Berlot, directrice du Pôle Business à l’Ifage (Fondation pour la formation des adultes). 

Directeur de l’orientation professionnelle au canton de Genève, Jean-Pierre Cattin prolonge: «Face à des métiers qui se transforment, il faut être capable de s’adapter tout en désirant acquérir de nouvelles compétences. Ce qui n’est pas toujours le cas. La pression est énorme, d’où la frontière parfois floue entre une réorientation subie ou choisie.»

Hélène Picco-Berlot synthétise: «Autant de raisons qui expliquent que la mobilité professionnelle se soit beaucoup développée ces vingt dernières années. Les personnes qui se réorientent cherchent une occupation qui correspond mieux à leurs aspirations. Nos clients veulent une profession gratifiante, pourvoyeuse de sens tout en disposant d’une flexibilité suffisante pour concilier vie privée et travail.»

L’influence de la pandémie

A Genève, l’Ifage forme en moyenne 10 000 étudiants par année. «La crise du Covid nous a amené des personnes qui ont profité du chômage technique pour réfléchir à leur situation et planifier une nouvelle formation. Nous avons par exemple une personne employée à l’Aéroport de Genève qui apprend maintenant la comptabilité pour assurer son avenir. C’est un cas de figure fréquent dans les secteurs les plus touchés par la crise du Covid comme ceux de la restauration, de l’hôtellerie et du tourisme», indique Hélène Picco-Berlot. 

Quant à Florence Malherbe Vendrell, cheffe de centre à l’OCOSP (Office cantonal d’orientation scolaire et professionnelle du canton de Vaud), elle pointe: «Les gens se présentent à différentes étapes. Certains sont en phase de saturation. Il faut alors déterminer si l’individu aspire à changer de métier ou seulement à trouver un autre poste de travail. Ceux qui veulent se réorienter doivent comparer les gains potentiels en fonction de l’investissement à fournir.» 

Jean-Pierre Cattin rebondit: «Que ce soit à 20 ans ou 40 ans, la réorientation reste un choix difficile. La différence, c’est qu’après 40 ans, les contingences en termes de famille et de charges financières sont beaucoup plus lourdes.»

Crise de la quarantaine, burn-out, ennui, besoin de reconnaissance ou encore désir d’évolution, les raisons de vouloir changer de métier sont multiples. Selon un sondage du groupe de média hexagonal AEF (2017), neuf Français sur dix souhaiteraient se reconvertir ou l’ont déjà fait (voir l’infographie ci-dessus). Des résultats que l’on peut extrapoler à la Suisse. A 70%, le désir de changement s’explique par la volonté d’exercer une activité plus en phase avec ses valeurs. Une nuance cependant, les citoyens helvétiques tentés par une reconversion sont sans doute bien plus que 20% à vouloir devenir leur propre patron.

Des reconvertis heureux

Du côté des nouveaux métiers, le pilotage de drone constitue un domaine porteur. «J’ai effectué moi-même ma reconversion après vingt ans passés chez Caterpillar en tant que cadre commercial. C’est un sujet qui m’est familier», sourit Stanley Schmitt, fondateur et directeur de l’Ecole Vertical Master. «Une formation d’immersion dure une quinzaine de jours, et bien sûr, après, il faut pratiquer. Six mois d’expérience permettent de prétendre à des tâches professionnelles.»

L’Ifage a lancé récemment un certificat «Job coach en insertion professionnelle». «Cette formation rencontre un grand succès. Les candidats apprécient l’idée de pouvoir aider les autres après avoir eux-mêmes vécu cette expérience», commente Hélène Picco-Berlot. Tendance de fond dans notre société hédoniste, nombre de métiers qui ont la cote touchent au bien-être, comme le coaching en nutrition, sport ou encore développement personnel. 

Cofondateur de l’Ecole Yogartamis à Genève, Stéphane Bonvin relate: «J’ai pris mon premier cours de yoga quand j’avais 40 ans et j’ai eu un coup de foudre. J’ai entrepris de transformer ma passion en occupation principale.» Alors journaliste, il entreprend une formation exigeante. «Lors de cette période, j’ai rencontré la bonne personne, Anne-Do Maury, avec qui je me suis associé pour lancer notre studio.» Un élément déterminant qui a fait de l’ancien communicant, passionné par la transmission du savoir, un reconverti heureux.

Le déclic, Maddalena di Meo (lire son portrait ci-dessous) l’a eu en lisant le livre de Khaled Hosseini, «Mille soleils splendides», qui décrit le destin poignant de deux petites filles en Afghanistan. «J’ai réalisé que je vivais en Suisse dans une situation privilégiée où la pire chose qui pouvait m’arriver, c’était d’échouer dans mon projet professionnel. Je me suis dit que, finalement, cette possibilité n’était pas dramatique.» Récipiendaire de divers prix d’entrepreneuriat, l’ancienne infirmière s’est aujourd’hui attelée à la création de Baby & Kids, les premiers centres à la fois présentiels et numériques dédiés aux femmes mères et enfants sur Vevey et Martigny. Maddalena di Meo en est persuadée: «Quelle que soit votre situation de départ, vous pouvez toujours vous réinventer.»


«La demande en reconversion augmente chez les jeunes trentenaires»

Fondatrice d’If Carrière, Isabelle Flouck est spécialiste en évolution et transition professionnelle.

«La dimension financière  est à prendre  en considération mais ne doit pas être un frein.»
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En quoi un coach peut être utile à quelqu’un qui entreprend une reconversion professionnelle?

Isabelle Flouck: Le coach est utile pour son regard «neutre» car les proches, en raison de leur implication, ne sont pas toujours de bon conseil. D’autre part, il apporte un éclairage au travers de divers outils de bilan (valeurs, satisfaction, compétences transférables).

Son rôle est encore de comprendre et d’analyser les freins au changement. De quoi sont-ils faits? A quelles peurs correspondent-ils?

Il aide la personne à clarifier l’importance de ses besoins et mesurer l’investissement qu’elle est prête à fournir pour y parvenir.

Quelles sont les conditions à remplir pour se lancer dans un tel processus?

De la détermination, de la persévérance et de la patience. Un bon réseau de soutien. Une famille en accord avec son besoin de changement. Il faut encore le goût du risque et une ouverture d’esprit qui s’autorise l’erreur. Et un besoin de découverte. La dimension financière est bien sûr à prendre en considération mais ne doit pas être un frein car il existe des aides publiques et de fondations. La discussion familiale est aussi à encourager. Oser parler de son projet, le raconter pour se l’approprier et continuer de l’explorer au travers des réactions des autres.

Quel est le profil des individus qui font cette démarche?

Statistiquement, c’est plutôt autour de la quarantaine que cette demande se profile, mais j’observe depuis deux à trois ans une accélération de la demande chez de jeunes trentenaires. Probablement que l’accès facilité à une offre de formation continue et online encourage le changement. Cela dit, ce n’est pas parce que le choix est grand qu’il en facilite la décision… Au contraire, la pléthore de choix peut susciter des attentes qui ne sont pas à la hauteur des besoins.

En cas d’échec d’un projet de reconversion, à quoi est-il le plus souvent dû?

Le fait de ne pas aboutir au projet «rêvé» n’est pas un échec. Car toute limite est un appui pour rebondir, repartir vers autre chose de mieux dimensionné, en adéquation avec ses besoins. Parfois, je constate que les personnes rêvaient de changement et qu’elles avaient besoin de se confronter à une certaine réalité pour, au final, mieux apprécier leur situation actuelle. Le fait de mieux comprendre le sens de ce que l’on fait nous rend déjà plus heureux. J’ai rarement rencontré quelqu’un de déçu. Il y a toujours un apprentissage à retenir d’un processus exploratoire, il s’agit, selon mon expérience, aussi d’un processus de développement personnel pour mieux aller à la rencontre de soi.


Témoignages: «Je ne vois que du positif dans ce changement professionnel»

Huit reconvertis racontent comment ils ont quitté leur confort de vie pour exercer un nouveau métier. Aucun ne regrette son choix.

Tina Kjeldskouv Heiz
Libraire, avocate, puis boulangère

PHOTO: François Wavre/lundi13

Dans son commerce lausannois, Tina Kjeldskouv Heiz propose uniquement des pains au levain ainsi que des sandwichs et quelques pâtisseries scandinaves. La boulangère y exerce son troisième métier. Elle a démarré sa carrière en tant que libraire à Copenhague, suivant la tradition familiale. Puis c’est le métier d’avocate qui l’a attirée. «Lorsque je suis arrivée à Genève, où j’ai rencontré mon mari, j’ai travaillé douze ans comme juriste dans le domaine de la propriété intellectuelle.» 

Autour de la quarantaine, c’est la remise en question. «Je commençais à m’ennuyer. J’avais envie de me sentir vibrer», se souvient cette épicurienne amoureuse des produits qui ont du goût. Elle effectue un virage à 180 degrés pour devenir boulangère. «Je me suis formée à Copenhague chez Milton Abel, ancien chef pâtissier dans le restaurant étoilé Noma. J’ai appris à faire un pain au levain naturel, avec un long processus de fermentation de 18 heures. Quand on change de métier, il ne faut faire aucun compromis sur la qualité», souligne-t-elle. Toute la production est ainsi faite de jour et les pains ont le temps de lever durant la nuit. 

Elle a ouvert sa boulangerie Zymi en octobre 2020, durant la deuxième vague de Covid. «Le succès est arrivé plus vite qu’attendu», se réjouit cette mère de trois jeunes garçons. «Je travaille beaucoup plus qu’avant, physiquement c’est difficile et mon salaire est nettement moins élevé qu’avant, mais je ne regrette rien du tout.»

Céline Dillner
Elle a troqué ses escarpins contre des chaussures de rando

PHOTO: François Wavre/lundi13
Elle passe ses journées en chaussures de randonnée, dans la forêt, entourée de chiens qu’elle éduque sans friandises et en pleine liberté. Ses clients, qui la contactent très souvent grâce au bouche-à-oreille, apprennent à se faire obéir uniquement grâce à leur voix et leur enthousiasme. 
Avant 2016, Céline Dillner passait pourtant le plus clair de son temps devant son ordinateur à la Banque Cantonale Vaudoise. «J’y ai travaillé durant quinze ans avant de réaliser – après une confrontation avec mon chef – que je ne voulais pas poursuivre cette carrière», se souvient-elle. Céline Dillner a étudié les sciences politiques à l’Université de Lausanne, alors qu’elle se passionne pour les animaux depuis toujours. 
Tout en continuant à travailler à la BCV, en jonglant entre ses filles, ses chevaux et ses deux teckels, elle obtient un diplôme d’instructeur canin. Elle glisse: «C’est quand même important de constituer un coussin de sécurité. Pendant le premier confinement lié au Covid, je n’ai pas pu travailler pendant deux mois. Quand je me suis cassé la clavicule, j’ai aussi dû m’arrêter.» 
En revanche, les affaires vont bien. Le nombre de clients propriétaires de chiots a explosé. Céline Dillner considère: «Je ne vois que du positif dans ce changement professionnel. J’apprécie tout particulièrement la flexibilité dans mes horaires. C’est un luxe qui n’a pas de prix.»

Laurie Constantin
Tout quitter pour parler aux animaux

PHOTO: DR
A l’heure où les jeunes font leur choix de carrière, Laurie Constantin s’est tout naturellement tournée vers un domaine commercial, celui du marketing. La Nyonnaise se fait rapidement engager chez Nestlé mais comprend quelques années plus tard que la voie choisie ne lui convient pas. «J’ai vécu une baisse de motivation puis de moral jusqu’à une réelle remise en question. Je suis allée voir une psychologue du travail qui m’a conseillé de prendre des antidépresseurs, mais j’ai compris que le problème venait de moi, que j’aspirais à autre chose», témoigne-t-elle.

«J’ai testé la communication animale, d’abord comme hobby, pour m’amuser. J’offrais mes services autour de moi et la demande a vite dépassé le temps que j’avais à disposition.» En mai 2020, elle trouve finalement la force d’annoncer sa reconversion à son conseiller du chômage et de se lancer en tant qu’indépendante. Malgré les tentatives de ce dernier de l’en dissuader, elle lance Etincelle Laurie, un site de prestations en communication animale. Depuis, son agenda ne désemplit pas. «Je n’ai pas subi la crise. Au contraire, le fait de m’écouter m’a ouvert toutes les portes. C’était grisant et si je devais le refaire, ce serait sans hésiter», assure l’entrepreneure de 30 ans. A présent, Laurie Constantin répète à tous ceux qui hésitent encore à changer de voie: «On est parfois seuls à y croire, mais croire en soi est la plus grande des forces.»

Michael Wurzner
Le diplomate au grain de café

PHOTO: Sedrik Nemeth
S’il est né à Morges, Michael Wurzner a longtemps aidé sa famille dans les vignes valaisannes de son oncle. Mais c’est un autre grain que celui du raisin qui occupe aujourd’hui ses journées. Rien ne prédestinait pourtant ce diplômé en relations internationales de l’IHEID à devenir torréfacteur… 
Après son cursus, il intègre le DFAE et travaille aux rencontres internationales de Micheline Calmy-Rey et Joseph Deiss. Puis de l’Ambassade suisse au Koweït jusqu’au siège de l’Union européenne à Bruxelles, en passant par la FAO et une expérience humanitaire en Ouganda, Michael Wurzner sillonne le monde. 
Et c’est lors d’un voyage d’agrément au Mexique que sa vie va doublement changer: il va en quelques jours rencontrer celle qui deviendra sa femme… et déguster un café de spécialité qu’il trouve «juste extraordinaire». «Il y a eu douze à quinze mois de transition entre le moment où j’ai arrêté à Berne et le moment où j’ai vendu mon premier café. J’aurais aimé que ce soit plus rapide, mais trouver un local n’était pas évident.» 
S’il a pu compter sur ses économies personnelles pour lancer son activité, le diplomate torréfacteur n’en est qu’aux prémices du succès. «Je m’étais demandé comment je ferais à 65 ans: est-ce que je serais content de moi? J’aurais eu la sécurité, mais je n’aurais pas suivi ma passion. Je me suis dit non, je devais le faire», constate-t-il en repensant au moment où il a fait son choix.

Romain Martin
Planche à dessin contre planche à fromage

PHOTO: François Wavre/lundi13

«La vie de bureau, le stress et la routine sont autant d’éléments qui m’ont poussé à changer de voie.» Dessinateur architecte de formation, Romain Martin bifurque alors qu’il n’a pas encore 25 ans. «Je rêvais d’un travail manuel et varié. Et puis mon intérêt pour les fromages m’a conduit vers un CFC de technologue du lait.» 

Actuellement en apprentissage à la Fromagerie du Haut-Jorat à Peney-le-Jorat, le Vaudois de 27 ans salue le soutien du directeur René Pernet. «Comme j’étais déjà titulaire d’un CFC, la durée de la formation en fromagerie a été réduite de trois à deux ans. Mon patron a fait un geste au niveau du salaire afin de permettre d’effectuer cette formation en tant qu’apprenti, tout en restant indépendant financièrement.» Romain Martin constate: «Lorsque vous reprenez une formation, vous ne partez pas depuis zéro. Un patron apprécie que vous ayez déjà une expérience et des aptitudes professionnelles. Vous progressez plus rapidement par la suite.» Regrette-t-il d’avoir quitté un métier dont les diplômés sont très demandés en raison d’une pénurie de professionnels? «Non, car les technologues du lait sont aussi très recherchés», sourit le jeune homme. Pour la suite, Romain Martin se voit mener une carrière entrepreneuriale. «Je compte poursuivre ma formation jusqu’au brevet fédéral et puis prendre des responsabilités de cadre ou devenir mon propre patron.»

Yves Gérard
Comptable, photographe puis hôtelier

PHOTO: Nicolas Righetti/lundi13

Yves Gérard, 53 ans, n’a pas gardé un bon souvenir de son activité d’expert-comptable pour une société dont le seul client était l’homme d’Etat roumain Nicolae Ceausescu. «J’avais 23 ans et partais tous les matins travailler avec la boule au ventre, se souvient-il. Traiter des factures de camions achetés en Egypte ne m’intéressait pas. Au bout de deux ans, j’ai donné ma démission.» 

Yves Gérard est aussitôt embauché par son frère, Marian Gérard. «J’ai commencé par être l’administrateur de son studio de photographie à Carouge (GE). Mais très vite, j’ai eu envie de faire le même métier que lui. J’ai tout appris de manière autodidacte. Au fil des ans, j’ai gagné la confiance de grandes marques comme Cartier.» A 50 ans, Yves Gérard opère un nouveau virage à 180 degrés. Avec son épouse Ghada, il plaque tout pour s’installer en Thaïlande. «J’étais très heureux dans mon travail, mais j’avais aussi des rêves. Il était temps de les réaliser. Je connais trop de gens qui ont attendu 65 ans et sont morts deux ans plus tard.» 

En 2019, le couple achète un hôtel, le Green Canyon Resort, sur l’île de Koh Samui. Commence alors une phase de travaux, pilotée depuis Genève. Mais l’arrivée du Covid en mars décime le tourisme. «Toutes nos réservations ont été annulées.» La pandémie n’aura cependant pas eu raison du rêve d’Yves et Ghada Gérard. «On a réussi à limiter la casse. L’hôtel a une quinzaine de bungalows, cela reste gérable en temps de crise. J’ai aussi pu retravailler à Genève grâce à mon frère, ce qui m’a permis de continuer à payer mes employés.» 

Quel conseil professionnel donne-t-il aux personnes qui, comme lui, souhaitent s’expatrier? «D’abord, allez vivre six mois dans le pays. Ensuite, il faut faire l’effort d’apprendre la langue. C’est un vecteur d’intégration indispensable. L’achat d’un hôtel requiert aussi de nombreuses formalités administratives. Il est important de trouver les bonnes personnes sur place (avocats, etc.) pour vous aider.»

Dominic Bourquin
Eloge de la routine

PHOTO: Guillaume Perret/lundi13
Comme Benjamin Button, Dominic Bourquin a vécu sa vie à l’envers. «J’ai commencé par faire ce que tout le monde rêve de faire une fois retraité», dit-il. Dans les années 70, âgé d’une vingtaine d’années, il sillonne pendant six ans l’Europe avec son groupe de hard-rock, Electric Funeral. A la trentaine, alors qu’autour de lui ses amis fondent des foyers et bâtissent des carrières, il fait le tour du monde puis s’installe au Brésil où il ouvre un restaurant de spécialités suisses. L’aventure dure dix ans. A 50 ans, il surprend son entourage en acceptant un travail tranquille et monotone dans un call center à Bienne, sa ville natale. «Je suis revenu en Suisse pour ma mère. Ce retour à la case départ a été difficile, confie Dominic Bourquin. Depuis tout petit, je ne rêvais que d’une chose: quitter Bienne, où je ne me sentais pas bien, et explorer le monde. Mais au cours de mes voyages, j’ai compris le sens de ce mythe mélanésien de l’île du Vanuatu. Tout individu est constamment tiraillé entre deux besoins: le besoin de la Pirogue, c’est-à-dire du voyage, de l’arrachement à soi-même, et le besoin de l’Arbre, soit de l’enracinement, de l’identité. Jusqu’au jour où il comprend que c’est avec l’Arbre que l’on fabrique la Pirogue.» Il ajoute qu’un travail  «ennuyeux» apporte une certaine forme de stabilité et de sérénité. «Notre époque valorise le changement, la mobilité. C’est oublier qu’un travail routinier permet une autre forme de voyage: celui de la pensée. Au call center, j’effectuais les tâches sans effort, ce qui m’a laissé le temps et l’espace mental pour rêver et réfléchir.» Dominic Bourquin, 70 ans, n’a pas pour autant renoncé à vivre des aventures trépidantes. En 2016, il est remonté sur scène pour célébrer les 40 ans d’Electric Funeral.

Maddalena di Meo
Infirmière, entrepreneure et visionnaire

PHOTO: Darrin Vanselow

«A un moment, je me suis sentie en conflit avec mes valeurs à l’hôpital. Exercer le métier d’infirmière alors que l’on parle de clients et non plus de patients, c’était devenu trop frustrant.» Maddalena di Meo entreprend alors une formation SAWI à Lausanne, où elle rencontre le professeur Raphael Cohen, promoteur du leadership bienveillant, qui l’encourage à poursuivre avec un DAS (Diplom of advanced studies) à l’Université de Genève. «Ma vision, c’était d’utiliser les outils du management pour avoir un impact positif sur l’évolution de notre système de santé», rapporte-t-elle. Des cursus que la Veveysanne d’adoption effectue en parallèle de sa vie professionnelle d’infirmière.

«Par curiosité, j’ai ensuite postulé pour le poste de directrice de l’école de premiers secours Firstmed. Et, à ma plus grande surprise, j’ai été prise!» Dans ce cadre, elle produit en 2014 un livre-CD pour populariser le numéro d’urgence 114, en collaboration avec Henri Dès. La même année, elle est promue administratrice et partenaire de Firstmed. Désignée Femme entrepreneure 2016, elle se profile en pionnière de la télémédecine avec le développement d’une plateforme informatique de réception pour les urgences de pédiatrie. «C’est un travail que j’ai entrepris en 2018, alors que le scepticisme à l’encontre de la digitalisation de la médecine était total», rapporte cette visionnaire de 40 ans. La pandémie de Covid lui a depuis donné raison.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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