Bilan

Radiographie exclusive du marché des déchets

Bilan publie les résultats d’une étude poussée qui montre un marché suisse très morcelé et tardant à passer à l’ère industrielle. Un appel à une consolidation a été lancé par Helvetia Environnement.
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Rien que dans le segment de la collecte des ordures, il existe plus de 135 acteurs en Suisse. «Il devient urgent de passer à l’ère industrielle sur le marché suisse du déchet. Cela passe par une consolidation pour dégager les moyens nécessaires pour pouvoir faire certains investissements», résume Vincent Chapel, coactionnaire et administrateur-délégué du groupe Helvetia Environnement, devenu depuis mars dernier le nouveau numéro un des déchets en Suisse (en termes de nombre de collaborateurs). 

En effet, parmi les dix acteurs d’importance sur le marché de la gestion des déchets suisses (voir ci-contre notre infographie exclusive), Helvetia Environnement se démarque comme le seul leader généraliste d’envergure nationale. Il annonce des effectifs de 500 équivalents temps plein (ETP) en 2017 et un chiffre d’affaires prévisionnel de 150 millions de francs cette année (après intégration de Swiss Recycling Services, ancienne filiale du géant français Veolia).

Dès lors, il devance le groupe Schneider dans le segment des généralistes d’envergure nationale. Quant aux groupes Barec (Abbé, Alpabern, Datarec, Papirec, Thévenaz-Leduc) et Thommen (dont Jaeger & Bosshard), ils réalisent tous deux un chiffre d’affaires supérieur à 200 millions de francs, mais dont la moitié provient d’activités de négoce.

Outre le rachat de SRS par Helvetia en mars dernier, ce marché encore très fragmenté avait vu Metallum Group être absorbé par Thommen (un groupe suisse actif aussi en Allemagne, Belgique et Italie) en septembre 2015 et Häusle être acquis entièrement par le géant autrichien Loacker (578 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2015). L’évolution appelée de ses vœux par Vincent Chapel semble donc en marche. 

Les particularités suisses

Cela étant, en comparaison internationale, la Suisse souffre encore de la multitude de ses petits acteurs, rarement suffisamment armés pour effectuer d’importants investissements. Tel le Centre de tri haute performance Sortera, robotisé, qui représente un investissement de 20 millions et qui pourrait voir le jour à Satigny (GE) afin de permettre de traiter la quasi-totalité des déchets qui arrivent chez Sogetri, une des filiales d’Helvetia Environnement. Alors qu’en France les trois principaux acteurs de la gestion des déchets (Suez, Veolia et Paprec) détiennent 63% des parts de marché, en Suisse les trois leaders en possèdent moins de 8%…

Cette spécificité suisse s’explique par les réglementations cantonales et municipales. Cependant, ce marché est régi par quelques principes de portée générale, dont l’obligation générale de valoriser ou l’obligation du tri à la source des déchets urbains et de la collecte séparée de la fraction valorisable. 

Autre particularité suisse: la production de déchets reste en croissance. L’étude Roland Berger, commanditée par Helvetia Environnement et dévoilée par Bilan en exclusivité, indique que ce marché, estimé à 2,7 milliards de francs en 2016 (dont 47% sont confiés à des privés), devrait augmenter d’environ 3% par an dans les cinq prochaines années.

«Au sein du marché privé, plusieurs segments devraient connaître une plus forte croissance: les terrains de jeu de l’arc lémanique et du Valais ainsi que l’axe Winterthour-Lucerne sont les plus prometteurs en termes de croissance, respectivement de 3,5 et 3,3% par an, tirés par la croissance démographique. L’incinération et le recyclage sont les modes de traitement à croissance (respectivement +3,7% et +3,6% par an), poussés par l’augmentation de la production de déchets ménagers et l’attention réglementaire portée au recyclage.» 

Vers de nouveaux modèles d’affaires

A relever encore le fait que la nouvelle ordonnance sur la limitation et l’élimination des déchets (OLED) introduit un changement significatif pour les entreprises de plus de 250 salariés. Plus précisément, les détenteurs de déchets provenant d’entreprises comptant 250 postes à plein temps ou plus doivent, dans la mesure de ce qui est possible et judicieux, collecter séparément les fractions valorisables des déchets dont la composition est analogue à celle des déchets urbains et en assurer la valorisation à compter de 2019. 

La récente acceptation par le peuple de la Stratégie énergétique 2050 aura aussi un impact sur la gestion des déchets. En effet, certaines énergies renouvelables dépendent des déchets (biogaz, biofuel). Le prix des matières premières secondaires pourrait ainsi augmenter. Et de nouveaux modèles d’affaires pour les énergies renouvelables dépendantes des déchets pourraient émerger.

Cela, quand bien même le marché des déchets a toujours été résiliant aux fluctuations de l’économie. Pas étonnant dès lors qu’Helvetia Environnement voie l’avenir en rose. «Nous souhaitons nous développer en poursuivant l’amélioration de notre couverture géographique et en nous développant dans la valorisation des matières», confie Vincent Chapel. 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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