Bilan

Qui sont les soutiens de Clinton et Trump dans le secteur économique?

Alors que la bataille est officiellement engagée entre Donald Trump et Hillary Clinton, les deux candidats à la Maison blanche comptent leurs soutiens. Dans le domaine économique, Hillary Clinton surclasse Donald Trump, mais le comité de soutien de ce dernier réserve quelques surprises.
  • Dans la course à la Maison blanche, les deux candidats vont largement s'appuyer sur leurs soutiens, notamment dans l'univers économique.

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  • Deux lauréats du Prix Nobel d'économie dans le camp Clinton: Paul Kugman et Joseph Stiglitz militent en faveur de l'ex-secrétaire d'état.

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  • L'économiste Peter Navarro a largement inspiré le discours dur de Donald Trump sur la Chine et la menace qu'elle représente pour l'industrie américaine.

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  • Sheldon Adelson est l'un des magnats des casinos aux Etats-Unis: lui et plusieurs autres dirigeants et propriétaires d'établissements du secteur du jeu soutiennent Donald Trump.

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  • "Pape" de la finance et figure emblématique du secteur, Warren Buffett a rallié le camp Clinton et appelle à faire barrage à Donald Trump.

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  • Figure incontournable du parti républicain, Meg Whitman, CEO de HP, a rejoint le camp démocrate cette semaine.

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  • L'activiste et investisseur Carl Icahn est l'un des ténors de l'économie qui s'est rangé du côté de Donald Trump.

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  • Le Suisse Marc Faber soutient activement Donald Trump et affirme régulièrement son désir de voir Hillary Clinton battue dans la course à la Maison blanche.

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Un homme d'affaires à la Maison blanche: si d'autres présidents ont fait leurs armes dans le domaine des affaires avant de rentrer en politique (George W. Bush et son père, Jimmy Carter), Donald Trump serait le premier entrepreneur à passer directement de l'univers du business à la présidence des Etats-Unis, sans avoir exercé aucun autre mandat au préalable. De quoi, a priori, donner des espoirs aux acteurs de l'économie qui auraient là un allié de poids, au fait des problématiques actuelles. Pourtant, à trois mois du scrutin, Donald Trump est en difficulté dans sa campagne sur le plan de l'économie.

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Dernière mésaventure en date: la défection de Richard Hanna, élu républicain à la Chambre des représentants et entrepreneur comme Donald Trump, qui vient d'annoncer au site Syracuse qu'il voterait Clinton. Si cet élu de l'Etat de New York affirme que ce sont les dernières attaques de Trump contre la famille d'un soldat mort en Irak qui l'ont décidé, il dresse un tableau peu amène du candidat soutenu par son parti. Et alors que Donald Trump aura besoin de toutes ses troupes pour battre Hillary Clinton, le choix de ce self-made-man pourrait lui porter préjudice.

La Silicon Valley largement acquise à Clinton

Car, en face, Hillary Clinton bénéficie de soutiens de poids dans le monde de l'économie. En dépit d'une totale inexpérience dans l'entrepreneuriat, elle peut compter sur la plupart des CEO et fondateurs de startups et de groupes actifs dans le secteur technologique. Depuis de longs mois, la Silicon Valley a pris fait et cause pour l'ex-First Lady. De Tim Cook (Apple) à Elon Musk (Tesla Motors, SpaceX), en passant par Sheryl Sandberg (Facebook) et Susan Wojciki (YouTube), les dirigeants des grandes firmes de la branche ont appelé à voter pour elle. Certains se sont engagés très tôt, bien avant le début des primaires démocrates, comme Sheryl Sandberg qui affichait son soutien dès avril 2014, et ne l'a pas renié depuis.

Mais la dirigeante de Facebook n'est pas la seule femme de la Silicon Valley à se ranger derrière la bannière de l'ancienne avocate. L'un des ralliements les plus emblématiques est celui de Meg Whitman, ex-CEO d'eBay et désormais à la tête de Hewlett-Packard: celle qui fut couronnée «Première femme d'affaires au monde» en 2004 par le magazine Fortune est une membre historique du parti républicain. Elle a même fait partie de la short-list des candidats potentiels au ticket républicain lors de l'élection de 2008, alors que John McCain allait être désigné par son parti. Et en novembre 2010, elle était la candidate républicaine pour le poste de gouverneur de la Californie. Mais le 3 août 2016, elle déclare au New York Times son intention de voter pour l'ancienne secrétaire d'état, et même de s'engager activement dans la campagne: «Je voterai pour Hillary, je demanderai à mes amis républicains de l'aider, je lui donnerai de l'argent et j'essaierai de lever de l'argent pour elle».

Les soutiens traditionnels des républicains fuient Trump

Une défection majeure dans le camp républicain. Car Meg Whitman, avec son positionnement relativement centriste au sein du parti républicain, est l'une des rares figures du parti à pouvoir ratisser des voix dans la Silicon Valley. C'est ainsi que Matt Higgins, CEO de RSE Ventures, également soutien traditionnel des Républicains, a rallié le camp de Hillary Clinton récemment. Idem pour Marc Andreessen, cofondateur de Netscape et ancien soutien de Mitt Romney en 2012 (après avoir soutenu Obama en 2008): il a soutenu la candidature de Carly Fiorina pendant les primaires républicaines, avant de franchir le Rubicon pour soutenir désormais Hillary Clinton face à Donald Trump.

Idem encore pour Mike Fernandez, fondateur de MBF Healthcare Partners et soutien régulier des campagnes de Mitt Romney, Jeb Bush,... Désigné par le magazine Newsmax comme le plus influent latino au sein du camp républicain en 2016, il a annoncé son soutien à Hillary au début de l'été. Idem toujours pour Chuck Robbins, CEO de Cisco et membre de longue date du parti républicain. Sans oublier Daniel Akerson, ex-CEO de General Motors, Hamid Moghadam, CEO de Prologis, ou encore William Oberndorf, soutiens financiers des dernières campagnes républicaines et qui avaient pris fait et cause lors des précédents scrutins pour les candidats républicains. Et les annonces pourraient s'enchaîner au fil des semaines à venir.

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Actuellement, le tableau de chasse des démocrates dans la Silicon Valley est plus qu'impressionnant: Nathan Blecharczyk, Joe Gebbia et Brian Chesky (Airbnb), Ursula Burns (Xerox), Tim Cook (Apple), Barry Diller (Expedia), Reed Hastings (Netflix), Reid Hoffman (LinkedIn), Chris Hughes et Sheryl Sandberg (Facebook), David Karp (Tumblr), Moid Kordestani (Twitter), Susan Wojciki (YouTube), Jeremy Stoppelman (Yelp), Mark Pincus (Zynga), Sean Parker (Napster), Eric Schmidt et Ruth Porat (Alphabet-Google)... En face de cette impressionnante armée de soutiens, Donald Trump ne peut dégainer qu'une seul véritable figure marquante de la Silicon Valley, Peter Thiel, cofondateur de PayPal et membre du board de Facebook.

Et si la Silicon Valley se range largement derrière Hillary Clinton, c'est également le cas de Wall Street. Certes, Donald Trump y a quelques alliés de choix comme l'activiste et investisseur Carl Icahn, Thomas Barrack Jr (Colony Capital), les milliardaires Harold Hamm, T. Boone Pickens et Stanley Hubbard, ou encore et Andrew Beal (Beal Bank). Mais là aussi, sa rivale démocrate dispose de soutiens plus nombreux et influents, comme les investisseurs Warren Buffett, Mark Cuban, Chris Sacca, l'héritière de Wal-Mart Alice Walton, sans oublier les dirigeants et ex-dirigeants Richard Anderson (Delta Airlines), James Bell Boeing), John J. Mack (Morgan Stanley), Robert D. Marcus (Time Warner), Stacey Snider (20th Century Fox), Robert Wolf (UBS), Ellen Kullman (DuPont), Jeffrey Katzenberg (DreamWorks), Hamilton James (Blackstone),...

Le S&P500 progresse plus vite sous mandant démocrate

Comment expliquer ce succès de la candidate qui prône une hausse des impôts sur les hauts revenus et davantage de redistribution face au héraut du désengagement de l'état? Si la personnalité de la candidate démocrate peut rassurer face aux excès oratoires de son adversaire, si le souvenir de la croissance connue pendant le mandat de son mari peut jouer un rôle, si son positionnement politique centriste (contrairement à son ex-challenger démocrate Bernie Sanders) peut avoir un impact, il y a aussi une autre raison: l'évolution positive des cours de la bourse sous les mandats comparés des présidents démocrates et républicains. Voici quelques mois, Saxo Banque a mené une étude sur la période 1930-2015 en s'appuyant sur l'indice S&P 500, année après année. Il en ressort, comme l'expliquait Christopher Dembik, économiste chez Saxo Banque, à La Tribune en mai dernier: «Le résultat est sans équivoque : un président démocrate est historiquement plus bénéfique à la bourse qu'un président républicain. En moyenne, lors de la première année de mandat, le S&P 500 connait une hausse de 11,38% lorsque le président est démocrate et une baisse de 1,27% lorsqu'il est républicain. En fin de mandat, un différentiel tout aussi frappant est perceptible. La hausse moyenne de l'indice américain est de 9,65% en cas de président démocrate et de seulement 0,62% en cas de président républicain».

Evolution du S&P500 selon les années de mandats de présidents démocrates (bleu) et républicains (rouge) entre 1930 et 2015

A la lumière de ces chiffres, et même s'ils font abstraction d'autres facteurs majeurs financiers ou politiques (politique monétaire, cours du pétrole, majorité au Congrès), le choix de Wall Street peut aisément se comprendre: les investisseurs sont quasiment assurés de voir leurs titres progresser bien plus vite sous la présidence d'Hillary que sous celle de Donald.

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Cependant, le camp républicain n'est pas totalement déserté et les soutiens du magnat de l'immobilier sont quand même assez nombreux. Mais si la Silicon Valley et Wall Street lui échappent, dans quels milieux se situent ses places fortes? En parcourant son site officiel et les diverses plateformes de soutien, quatre branches se dégagent au niveau économique: l'immobilier, l'énergie, les casinos et le sport-business. Trois domaines que le candidat républicain a lui-même largement expérimenté au cours de sa carrière.

Casinos, immobilier, énergie et sport pour Trump

C'est ainsi que Sheldon Adelson, magnat de l'immobilier, de l'hôtellerie et des casinos, CEO de Las Vegas Sands, est l'un des soutiens les plus fidèles de celui qui a été son concurrent dans le désert du Nevada. Phil Ruffin et Steve Wynn, deux autres figures imcontournables de l'univers des jeux d'argent, ont également apporté leur soutien à Donald Trump. Dans le domaine immobilier, l'équipe de campagne peut s'enorgueillir d'avoir l'appui de leaders tels que Charles et Jared Kushner (Kushner Properties) ou Carl Paladino (Ellicott Development). Du côté du secteur de l'énergie, plusieurs poids-lourds ont été séduits par le discours du candidat républicain, notamment ses diatribes contre le réchauffement climatique et les accords internationaux pour le limiter. Parmi ses soutiens, on retrouve donc Robert Murray (Murray Energy), Harold Hamm ou encore T. Boone Pickens.

Est-ce vraiment une surprise pour un entrepreneur ayant tellement joué sur son image télévisée et montrant les muscles (au sens propre comme au figuré), si c'est le sport-business qui lui apporte des soutiens parmi les plus médiatiques? Parmi les dirigeants qui le soutiennent, on retrouve notamment Bernie Ecclestone (Formule 1), Brian France (NASCAR), Robert Kraft (propriétaire de la franchise de football américain des New England Patriots), Linda McMahon (World Wrestling Entertainment) ou encore Dana White (Ultimate Fighting Championship). Autant d'influenceurs très puissants dans une Amérique fascinée par les champions et le spectacle des grandes compétitions.

Le Suisse Marc Faber soutient Donald Trump

Enfin, un point étonnant au regard du discours pour le moins musclé voire parfois hostile à l'égard de l'étranger et très américano-centré de Donald Trump: plusieurs de ses soutiens plus plus emblématiques ou les plus actifs sont des entrepreneurs étrangers. Certes, tous ne disposent pas du passeport américain et certains ne pourront donc pas prendre part au scrutin. Mais leur activisme dans les médias est réel. Parmi les plus célèbres, on retrouve notamment Vladimir Yakunin, ancien dirigeant des chemins de fer russes et actif dans le domaine des ONG et des think tank, Naguib Sawiris, milliardaire égyptien (Orascom) formé à l'ETH Zurich, ou encore Marc Faber.

L'investisseur suisse installé en Asie avait pris position dès le mois de mars (alors que la primaire républicaine était encore en cours) en faveur de Donald Trump: «J'ai beaucoup de sympathie pour lui, il amène un vent frais sur ce processus. Si je pouvais voter, je voterais pour lui pour la simple raison que je pense qu'il est le seul apte à battre Hillary Clinton. Et si j'étais Américain, je ferais tout pour ne pas avoir Hillary Clinton comme présidente», avait-il déclaré à CNBC. Des propos qu'il a réitéré depuis, notamment à l'antenne de Bloomberg, assurant que Donald Trump, contrairement à ce qu'affirment de nombreux adversaires, est «tout à fait qualifié pour le poste».

Théoriciens et analystes

Reste la question des conseillers et cautions du côté de la campagne des deux candidats. Deux figures émergent du côté de Donald Trump: Peter Navarro (University of California) et A.D. Amar (Seton Hall University). Le premier présente un parcours original car il est réputé proche de la gauche américaine et a même été candidat à des élections locales en Californie sous la bannière démocrate. Spécialiste des marchés émergents et notamment de la Chine, il est l'un de ceux qui inspirent les positions très dures de Donald Trump quant aux traités de libre-échange avec l'Empire du Milieu, soutenant notamment l'idée de barrières protectionnistes fortes pour protéger l'industrie américaine.

Dans le camp démocrate, les rangs sont à nouveau bien plus fournis. Et la femme de Bill compte notamment deux lauréats du Prix Nobel d'économie dans ses soutiens: Joseph Stiglitz et Paul Krugman. Ces deux économistes très influents se sont clairement engagés contre les positions de Donald Trump, même si ce soutien a été mesuré au départ. En effet, les deux universitaires sont plutôt marqués à gauche et le parcours de Bernie Sanders dans la primaire démocrate les a poussés à la retenue, avant que les électeurs ne désignent Hillary Clinton comme candidate.

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En somme, de la Silicon Valley à Wall Street, les côtes Ouest et Est, à l'instar des enquêtes d'opinion, voient leurs décideurs économiques se ranger majoritairement derrière Hillary. Tandis que le centre et le Sud du pays, avec les leaders des secteurs qui y sont puissants (immobilier, énergie,...) optent davantage pour Donald Trump. Mais la balance penche nettement en faveur de la candidate démocrate si on compte les ralliements emblématiques. Et comme pour finaliser cette tendance, celle qui a été adoubée par Barack Obama a lancé une plateforme destinée aux acteurs de l'économie, entrepreneursforhillary.com, qui regorge de témoignages et de marques de soutien. A contrario, son adversaire se montre bien plus discret pour le moment avec ses partisans dans l'économie. Mais il reste trois mois pour confirmer ou inverser la tendance: le compte à rebours est enclenché.

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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