Bilan

Qui sont les philanthropes européens?

Etre généreux ne s’exprime pas de la même façon selon qu’on vit au Nord ou au Sud de l’Europe, note BNP paribas Wealth Management.

Planifier son action à son image, tel est le meilleur moyen d’atteindre efficacement le but qui nous tient à cœur. C’est ce que prône Nathalie Sauvanet, responsable de l’offre philanthropie individuelle chez BNP Paribas Wealth Management. Depuis 2008, les conseillers en philanthropie de la banque accompagnent gratuitement les donateurs dans leurs démarches à travers le monde (Europe, Asie et Etats-Unis).

Ils les aident à trouver la solution qui répondra le mieux à leurs besoins (outils clé en main ou définition d’une stratégie sur mesure, structuration et mise en œuvre, y compris la création de fondations propres, la sélection des bénéficiaires et l’évaluation de l’impact social).

«Le monde dans lequel nous vivons est en perpétuelle mutation et fait face à des défis de plus en plus nombreux, constate la spécialiste. La philanthropie est un moyen, parmi d’autres, pour les individus d’œuvrer pour un monde meilleur.» Dès lors, il s’agira de construire un projet en accord avec les convictions du philanthrope et à la hauteur de ses moyens.

«Se baser sur ses valeurs et ses motivations est un bon début pour choisir la direction à prendre et déterminer sa stratégie globale», conseille-t-elle. Une planification et une réflexion rigoureuses sont ensuite indispensables avant d’entreprendre une action philanthropique. Certains philanthropes préféreront donner à des organisations existantes et dignes de confiance, d’autres choisiront de créer de A à Z leur propre projet. 

Les motivations des philanthropes sont variées, observe Nathalie Sauvanet, qui cite deux études menées par la banque (voir l’encadré ci-dessous). «La philanthropie en Europe continentale évolue et développe de nouvelles pratiques, inspirée des exemples anglo-saxons, tout en gardant des spécificités propres à notre culture», explique la responsable. Elle cite trois tendances clés:

1 Les «philantrepreneurs» montent en puissance

«Suivant l’exemple anglo-saxon, de plus en plus d’entrepreneurs d’Europe continentale optent pour une démarche philanthropique inspirée des méthodes de la finance, en particulier du capital-risque, indique Nathalie Sauvanet. Cela signifie qu’ils revoient leurs pratiques sous l’angle de la performance et mettent également leurs compétences en matière de gestion, de conseil stratégique, d’aide à la levée de fonds, de gouvernance et de mobilisation de leur réseau professionnel au bénéfice des causes qu’ils soutiennent.» 

Ils sont en recherche d’efficacité et évaluent généralement le «retour social sur investissement». La jeune génération d’entrepreneurs, ayant réussi dans le numérique ou le private equity, est particulièrement sensible à l’hybridation des méthodes dans un souci d’efficacité et d’impact global, ajoute l’experte.

«Toutefois, nuance-t-elle, les entrepreneurs philanthropes ne sont pas nécessairement rationnels dans le choix de la cause. Je rencontre régulièrement des entrepreneurs engagés, qui envisagent de vendre leur affaire à court ou moyen terme et qui se disent désireux de rendre à la société ce que celle-ci a pu leur apporter, notamment sur le plan éducatif.»

Les thèmes souvent privilégiés par ces personnes: l’insertion professionnelle des jeunes, «alors qu’une démarche entrepreneuriale rationnelle aurait, par exemple, consisté à lancer une étude de marché pour déterminer où se situent exactement les besoins non couverts de notre société», constate-t-elle.

En outre, précise l’experte, «on ne peut affirmer que les philanthropes européens sont tous devenus des «venture philanthropists» ou des «philanthrocapitalistes». Un grand nombre se montre réfractaire à toute notion «d’investissement» philanthropique. La philanthropie reste pour ces derniers un moment d’émotion et de générosité, certes efficace et utile, mais qui ne doit pas être jugé en termes de performance.

2 La philanthropie familiale se développe

Parmi les détenteurs de fortunes familiales, Nathalie Sauvanet évoque le développement de réflexions axées sur la notion même de philanthropie familiale. «Certains souhaitent transmettre à leurs enfants l’idée du don et en faire une valeur éducative, au point d’affecter dans certains cas le quart, la moitié, voire l’essentiel de leur patrimoine à une fondation familiale, plutôt que de le léguer directement à des héritiers.» C’est une tendance que BNP Paribas Wealth Management voit émerger dans plusieurs pays d’Europe continentale, particulièrement au sein de grandes lignées d’actionnaires familiaux. 

Cependant, ils ne tiennent pas systématiquement à une perpétuation de la fondation familiale, n’estimant pas que leurs héritiers devront obligatoirement assurer la relève après leur décès, contrairement aux philanthropes anglo-saxons ou même asiatiques.

3 Des dons plus réfléchis, avec les bons outils 

L’évolution majeure de ce début du XXIe siècle, explique la spécialiste de BNP Paribas Wealth Management, est la prise de conscience qu’il n’est pas simple de «bien donner». «Dans ce contexte, la question de la structuration devient très importante: la fondation ou le fonds hébergé sont à la fois un outil d’action et de réflexion, qui impose de réfléchir à toutes les dimensions de son projet philanthropique. Ce type de structure est idéal lorsque le philanthrope a une volonté d’implication personnelle forte, de pérennisation, ou agit dans une perspective successorale.»

Créer une fondation n’est cependant pas toujours nécessaire, ajoute-t-elle, si une autre structure poursuit déjà les mêmes objectifs. 

Elle cite l’exemple d’un client qui souhaitait créer une fondation ayant pour mission la remise de prix dans le domaine médical. Le coût de l’entretien d’une telle structure, la mise sur pied d’un comité d’évaluation indépendant, la réalisation d’un appel à projets et la communication autour de celui-ci auraient coûté à peu près autant que les bourses attribuées. 

«Dès lors, nous avons proposé à ce client de rechercher une structure existante ayant la même vocation et qui accepte de remettre des prix en son nom, avec une ligne budgétaire affectée. Il a en effet trouvé la démarche parfaitement logique et adaptée à son projet philanthropique.»

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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