Bilan

Qui perd le plus de journées de travail à faire la grève?

Après Genève à l'automne, c'est au tour de la France de subir d'importants mouvements de grève. Mais entre France et Suisse, et les autres pays d'Europe et d'Amérique du Nord, quels pays subissent le plus les pertes liées aux grèves?
  • Combien de jours de travail sont perdus en grève chaque année dans les principaux pays européens et nord-américains?

    Crédits: Image: AFP
  • Le Danemark se retrouve parmi les pays les plus touchés par les mouvements de grève, notamment en raison de profondes mutations économies à la fin de la décennie 2010.

    Crédits: Image: AFP
  • La France est fidèle à sa réputation et se retrouve en tête des pays étudiés pour le nombre de jours de travail perdus pour cause de grève.

    Crédits: Image: AFP
  • En Suisse, la force du dialogue social préserve encore des mouvements de grève aux effets destructeurs.

    Crédits: Image: DR

La France championne des grèves: ce cliché a la vie dure. Et s'il était révélateur d'une réalité? C'est ce que les chercheurs de l'institut allemand WSI, qui dépend de la Hans-Böckler Stiftung, ont voulu vérifier. Ils ont donc pris en compte sur la période 2005-2012 pour 16 pays d'Europe et d'Amérique du Nord le nombre de jours de grève rapporté au nombre d'actifs. Et les chiffres obtenus parus dans une étude laissent apparaître d'importantes disparités.

Au final, la France est fidèle à sa réputation et se retrouve en tête du classement du nombre de jours de travail perdus chaque année du fait de mouvements de grève, avec 139 jours perdus pour 1000 salariés. Et la Suisse fait honneur à sa réputation de pays érigeant le dialogue social au firmament du monde du travail: pour 1000 actifs, une seule journée de travail par an est passée en grève.

Lire aussi: Grèves genevoises: la recette à succès des Vaudois

C'est entre ces deux «champions», respectivement de la grève et du travail, que l'étude allemande réserve quelques surprises. Dans le sillage de la Suisse, d'autres économies libérales présentent un ratio très faible (inférieur à 10 jours par an pour 1000 actifs): Autriche (2), Suède (5), Pays-Bas (8), Etats-Unis (9) en Amérique du Nord occupent ces rangs sans réelle surprise. A contrario, la Pologne (5) se retrouve également dans ce peloton des pays studieux et très peu enclins à la grève. Les grandes grèves de Solidarnosc appartiennent définitivement à l'histoire.

Finlande et Danemark en transition industrielle

Un deuxième groupe comprenant trois pays anglo-saxons présente un ratio réduit de jours de travail perdus pour cause de grève (entre 10 et 50): Allemagne (16), Royaume-Uni (23) et Irlande (28) conservent des organisations syndicales fortes même si leur pouvoir a reculé fortement en Grande-Bretagne sous l'ère Thatcher, tandis qu'ils restent influents mais réformistes outre-Rhin.

Un troisième groupe de pays présente un ratio de jours de travail perdus pour cause de grève plus élevé, compris entre 50 et 100. Dans ce groupe, on retrouve la Norvège (53), l'Espagne (66), la Finlande (76) et la Belgique (77).

Enfin, un dernier groupe de pays voit trois nations afficher un ratio élevé: plus de 100 jours de travail perdus par an pour 1000 actifs. Si le Canada dépasse à peine la barre symbolique des 100 jours de grève (102), la France est talonnée par le Danemark qui affiche un ratio presque aussi élevé que nos voisins avec 135 jours de grève par an pour 1000 actifs. C'est une petite surprise pour l'état nordique; elle peut partiellement s'expliquer par une transition économique marquée à la fin de la décennie 2000 qui a vu de nombreux sites industriels fermer, avec des mouvements sociaux durs à la clef. La même explication pourrait prévaloir pour la Finlande et ses 76 jours de travail perdus en grèves: la période choisie par les auteurs de l'étude coïncide avec des difficultés de l'économie de ces pays, et notamment le déclin de Nokia: passé du 1er rang mondial de constructeurs de téléphones mobiles en 2008 à un fort recul avec plusieurs milliers de suppressions de postes et la fermeture de plusieurs sites en Finlande entre 2011 et 2012.

«»

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."