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Qui est Vladimir Potanine, le skieur mécène de Sotchi?

Si les skieurs vont disposer de belles infrastructures dans le Caucase pendant les JO de Sotchi, ils le doivent à Vladimir Potanine. Ce milliardaire a été parmi les premiers à soutenir les Jeux en Russie et il a dépensé la bagatelle de 2,3 milliards de dollars via sa holding Interros.
  • Vladimir Potanine (ici au centre, en discussion avec Vladimir Poutine) est sans doute celui qui a le plus investi dans les infrastructures destinées aux Jeux de Sotchi, notamment pour le site de Rosa Khoutor.

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  • C'est au cours d'une journée de ski avec Vladimir Poutine à Sankt Anton am Arlberg, en Autriche, en 2001, que Vladimir Potanine a voulu créer une station de ski en Russie.

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  • Depuis le milieu des années 2000, il a investi 81,5 milliards de roubles dans les différents équipements liés aux Jeux.

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  • Si le Kremlin (et Vladimir Poutine au premier rang) s'est largement investi dans les Jeux de Sotchi, c'est notamment dû à la force de persuasion de Vladimir Potanine qui s'est battu pour ces olympiades dans le Caucase depuis près de dix ans.

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  • Pour accueillir les Jeux, il a notamment fallu bâtir ex nihilo la station de Rosa Khoutor, sur les bords de la rivière Mzymta.

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  • Le site de Rosa Khoutor va accueillir des épreuves parmi les plus prestigieuses des Jeux d'hiver dont l'ensemble du ski alpin, mais aussi la luge ou le bobsleigh.

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  • Vladimir Potanine a également investi dans d'importants travaux d'aménagements des pistes et dans une centaine de canons à neige.

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  • Alors qu'il n'envisageait à l'origine qu'un modeste havre de paix pour sa famille et ses proches, Vladimir Potanine a finalement fait aménager un site qui va accueillir l'épreuve majeure des Jeux: la descente.

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  • Au lieu des trois ou quatre remontées mécaniques imaginées au départ, Vladimir Potanine a fait installer plus d'une vingtaine de télécabines et télésièges autour de Rosa Khoutor.

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  • La Sberbank a également investi des sommes très importantes dans les complexes de Sotchi.

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  • Autre milliardaire russe ayant largement investi dans les Jeux de Sotchi: le résident suisse Viktor Vekselberg.

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  • Lui a davantage concentré ses investissements sur le site olympique de Sotchi.

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  • Mais c'est la Vnesheconombank qui a pris en charge les prêts pour l'immense majorité des chantiers et se retrouve désormais dans le collinateur des investisseurs.

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  • Depuis de longs mois, Vladimir Potanine multiplie les rencontres avec les dirigeants russes (ici avec Dimitri Medvedev) afin d'obtenir un assouplissement des conditions de prêt consenties par la Vnesheconombank.

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  • En plus des intérêts liés aux prêts, Vladimir Potanine sait qu'il devra investir plusieurs milliards de roubles après les JO pour assurer la viabilité sur le long terme d'un site édifié pour les Jeux mais qui devra être rentable sur le long terme avec du tourisme classique.

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Le diplomate allemand Georg von Helbig raconte que Grigori Potemkine, favori de la tsarine Catherine II, avait fait ériger des villages de carton-pâte pour émerveiller l'impératrice dans ses voyages. Près de 230 ans plus tard, une autre figure majeure de la vie publique russe a fait édifier une cité qui devrait impressionner le monde entier. A une cinquantaine de kilomètres de Sotchi, la station de Rosa Khoutor va accueillir certaines des épreuves phares des Olympiades avec le ski alpin. Et derrière les infrastructures se dessine la silhouette d'un homme: Vladimir Potanine.

Entre lui et le Caucase, l'histoire a débuté en 2001 en Autriche, dans la station huppée de Sankt Anton. Alors qu'il accompagnait Vladimir Poutine en voyage diplomatique avec d'autres riches industriels russes, Vladimir Potanine a suivi avec ses compagnons de voyage l'invitation du président autrichien Thomas Klestil à dévaler quelques pistes. Difficile pour Vladimir Potanine de résister à la tentation, lui qui a été parmi les premiers Russes à venir fréquenter les stations de sports d'hiver occidentales dans les années 1990. A la fin de la journée, la délégation russe exprime le regret de ne pouvoir disposer d'une station similaire dans son pays. «Autour d’un thé, nous avons parlé de Sankt Anton. Et nous nous sommes dit que ce serait bien d’avoir une station équivalente chez nous, en Russie», se souvient Vladimir Potanine.

Immédiatement, celui qui a fait fortune dès la chute de l'URSS en créant la banque privée Onexim et en s'associant avec Mikhail Prokhorov au sein de la holding Interros imagine une petite station pour lui et ses proches. Mais où l'implanter? Il missionne alors des experts canadiens pour dénicher le site idéal. Son idée alors n'est d'investir que quelques millions de roubles pour quelques chalets et deux ou trois remontées mécaniques, afin de pouvoir inviter sa famille et ses amis dans un cadre intime.

Quand les experts lui recommandent cette vallée à 40km à vol d'oiseau des côtes de la Mer Noire, il estime la facture à 70 millions de dollars. «Mais les Canadiens m’ont expliqué que Roza Khoutor avait un potentiel bien plus important, qu’on pouvait y créer des pistes beaucoup plus longues avec une vingtaine de remonte-pentes et accueillir jusqu’à 6 500 visiteurs par saison», glisse-t-il. Et la note estimée monte à 350 millions de dollars. A l'époque il n'est pas encore question de JO d'hiver à Sotchi.

Du havre de paix familial au site olympique

C'est seulement en 2005, convaincu par le potentiel du site, que Vladimir Potanine émet l'idée d'une candidature olympique. Il fait part de cette idée au président Vladimir Poutine lors d'une rencontre informelle à Sotchi. Tout en ayant pris soin de s'assurer du soutien de partenaires issus du monde sportif (le célèbre hockeyeur Viatcheslav Fetissov), financier (Guerman Gref, président de Sberbank) et politique (Vladimir Kojine, intendant du Kremlin). Habitué de Sotchi et amateur de sports d'hiver, Vladimir Poutine n'est pas difficile à convaincre et la machine est vite lancée: une ligne de crédit de 100 millions de dollars est allouée à la campagne de candidature, abondée par le Comité olympique russe, la ville de Sotchi et... Interros! D'un havre de paix familial, le projet change de dimension et devient site olympique majeur.

En juillet 2007, soit deux ans à peine après le lancement de la campagne, le CIO attribue l'organisation des XXIIes olympiades d'hiver à la Russie. «Quand nous avons emporté la tenue des JO, j’ai compris que je ne m’en sortirai pas pour moins d’un milliard», reconnaît Vladimir Potanine.

Si l'homme d'affaires voit la facture de «sa» station de ski flamber, d'autres investisseurs montent alors au créneau, persuadés de mettre la main sur un filon en or pour accroître leur fortune. Ce ne sera pas le cas de tous, loin de là. Ainsi, les frères Bilalov, Akhmed et Magomed, ont sauté sur le contrat du tremplin de saut à ski: la note est passée d'1,2 à 8 milliards de roubles (230 millions de dollars), poussant Sberbank à les évincer du projet pour reprendre la main. Un autre investisseur régional, Telman Ismaïlov, avait lui aussi jeté l'éponge après avoir vu sa note gonfler démesurément. Autre investisseur majeur, Viktor Vekselberg, installé en Suisse, a davantage hésité avant de s'impliquer dans le projet des JO. Mais il a toujours des billes dans plusieurs pans du projet.

2,3 milliards de dollars investis

Du côté de Potanine, Rosa Khoutor n'a pas été le seul site où des sommes ont été engagées. Via Interros, l'Université olympique de Sotchi et le village olympique portent aussi la marque de Vladimir Potanine. Le tout pour une somme totale de 81,5 milliards de roubles, soit plus de 2,3 milliards de dollars.

 

Or, à l'instar des autres chantiers olympiques pris en charge par des sociétés privées appartenant à des milliardaires, c'est la banque publique Vnesheconombank (VEB) qui a mis en place un système de crédit couvrant 80% des sommes engagées. Et une clause précise que, si les investisseurs ne s'acquittent pas de leurs mensualités selon les termes précis du contrat, c'est l'Etat russe qui récupérera la propriété des sites et des infrastructures. Les termes extrêmement contraignants des accords fait dire à Vladimir Potanine que «si nous sommes arrivés à Sotchi en tant qu’investisseurs, nous nous sommes peu à peu rendus compte que l’État voit en nous plutôt des prestataires».

Un constat qui agace d'autres entreprises qui ont placé des capitaux importants dans le vaste complexe olympique situé entre Mer Noire et Caucase (Gazprom, Sberbank, Sibak,...), dont les dirigeants ne cessent de demander ces derniers mois au Kremlin d'adoucir les conditions de crédit octroyées par la VEB.

Pour Vladimir Potanine, ce geste de la part du gouvernement ne serait qu'un retour après que lui, comme d'autres, ait accepté des chantiers dont la rentabilité sur le long terme était douteuse. «C’est le cas du village olympique, des pistes et des téléskis supplémentaires… J’ai fait tout ça en étant très conscient que j’apportais une aide à l’État. Mais aujourd’hui, je veux que l’État m’aide en retour». L'enjeu? 700 millions de dollars de perte potentielle pour Interros en cas de fréquentation en deça des attentes qui plomberait les résultats d'exploitation. Du côté du Kremlin, la porte reste fermée à toute renégociation. Présent au WEF à Davos mi-janvier, le vice-premier ministre Dmitri Kozak avance un taux de remplissage des hôtels de 104% (chiffre contesté par certains exploitants qui affirment que ces chiffres ne couvrent que la quinzaine olympique) qui fermerait la porte à tout aménagement des conditions de soutien.

De nouveaux investissements indispensables

Or, sur le long terme, au-delà de l'échéance olympique, Rosa Khoutor devra se réinventer. Conçue spécialement pour les Jeux, la station devra être complétée par d'autres équipements afin d'attirer touristes russes et étrangers, skieurs ou non: remontées mécaniques supplémentaires, galeries commerciales, espaces de loisirs... sans même compter les frais engendrés par la transformation des infrastructures olympiques en équipements grand public. Vladimir Potanine chiffre ces futurs investissements à 4,5 milliards de roubles (130 millions de dollars). Soit peu ou prou le chiffre d'affaires estimé de la station (entre 3 et 5 millions) chaque année. En face, les annualités à verser à la VEB se chiffrent à 5 milliards de roubles et la taxe foncière à un milliard supplémentaire. Or, l'hiver 2013-2014, avec les JO qui perturbent l'activité classique de la station, ne devraient pas générer plus de 104 millions de roubles de chiffre d'affaires.

Quand on ajoute à ce déséquilibre une dette de 13 milliards de roubles (plus de 370 millions de dollars) de Vladimir Potanine envers la VEB pour les seuls intérêts de l'hiver en cours, il est plus aisé de comprendre que le coup de coeur de Potanine pour la vallée du Caucase du début des années 2000 risque de se transformer en cauchemar financier pour lui et d'autres investisseurs. Face à ce risque et même s'il dénonce les réflexes d'un autre temps sur la profitabilité («Est-ce bien ou mal qu’un homme aussi riche que moi construise une station à Sotchi et gagne de l’argent dessus ? Moi, je trouve que ce serait très bien; mais il y a beaucoup de gens dans notre pays qui sont persuadés du contraire. Je pense notamment aux fonctionnaires, aux politiciens, aux députés de la Douma… sans parler des juges d’instruction et autres procureurs»), il persiste à se dire «fier d'avoir édifié une station comme Rosa Khutor» là où, en 2000, ne se dressaient que quelques arbres et des rochers.

 

Car Vladimir Potanine en est persuadé: dans de nombreuses années, Rosa Khoutor sera un des spots les plus prisés pour le ski. Le public russe mais aussi celui du Moyen-Orient ou d'Asie (pour lequel la proximité géographique sera un atout) devrait se ruer sur le Caucase. Et faire en sorte que Rosa Khoutor ne soit pas un village éphémère, un village Potemkine du XXIe siècle.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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