Bilan

Qui dirigera la finance du futur?

Dix ans après la crise, les banques pèsent de moins en moins lourd dans l’économie suisse. Face aux fintechs, vont-elles devenir obsolètes?
  • Dans dix ans, quelle sera la place des banques dans l’économie?

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  • Pour le stratégiste Vincent Juvyns, «les banques sont plus saines aujourd’hui».

     

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Depuis la crise financière de 2007, le rôle et le poids des banques dans l’économie ont été fortement remis en question, bien plus que lors de précédentes crises. Quelle sera la place des banques dans l’économie en 2027? Même le Comité de Bâle s’en préoccupe. L’institution à l’origine de nombreuses réglementations bancaires ces dernières années a publié il y a quelques jours un document consacré à l’impact des fintechs sur le secteur bancaire. 

Le comité a établi plusieurs scénarios. Le plus optimiste imagine une adaptation des banques en intégrant les nouvelles technologies, qui garderaient ainsi leur puissance, en s’appuyant sur leur connaissance du marché et leurs capacités d’investissement. Dans le plus pessimiste des scénarios, les banques historiques deviendraient obsolètes et seraient «écartées des transactions financières par des plateformes et des technologies plus agiles, qui permettent une mise en relation directe entre le consommateur et ses besoins financiers».  

Les banques perdent du terrain 

Malgré les discours du secteur qui tentent de rassurer, le déclin progressif des banques dans l’économie se reflète dans les chiffres. En Suisse, la contribution du secteur financier au PIB est passée de plus de 12% en 2006 à 9,4% l’an dernier. Cela alors même que le PIB a augmenté de près de 20% sur la période. 

Ce chiffre masque en outre une partie de la réalité car le terme de «secteur financier» inclut aussi les assurances, qui ont augmenté leur contribution au PIB, à l’inverse des banques. Cela se reflète particulièrement au niveau de la place financière genevoise, où les assurances y sont très peu représentées comparé à la place zurichoise. A Genève, la contribution du secteur financier au PIB du canton est ainsi passée de 23% à seulement 13% en dix ans. 

Enfin, d’après le dernier baromètre de Swissbanking publié fin août, le nombre de postes dans le secteur bancaire suisse a encore baissé de 1660 sur un an, pour s’établir à 101 382 emplois. Dans ce même rapport, on relève aussi que ni les actifs sous gestion des banques ni les profits n’ont retrouvé leurs niveaux d’avant-crise. 

Un modèle d’affaires en question 

Au niveau international, l’histoire semble se répéter à échéances régulières. Alors que l’on pensait les restructurations et sauvetages de banques derrière nous, les banques italiennes et espagnoles ont de nouveau montré cet été leurs faiblesses. L’été 2016 avait aussi été marqué par une angoisse particulière dans le secteur bancaire: les actions d’UBS comme de Credit Suisse étaient passées sous le seuil des 10 francs et la mort de Deutsche Bank était presque annoncée... Autant de signes de profondes interrogations des investisseurs sur la viabilité des modèles bancaires à long terme. 

Pour Vincent Juvyns, stratégiste global chez JP Morgan Asset Management, il ne faut pas oublier que l’on peut même parler de deux crises en Europe: «Celle de 2007-2008, mais aussi la crise de la dette en 2011. Les banques sont plus saines aujourd’hui, mais le processus est particulièrement long et pèse sur la rentabilité.» 

Analyse similaire pour Claudia Von Türk, analyste du secteur financier chez Lombard Odier. «Nous avons encore des niveaux de profitabilité très différents entre les Etats-Unis et l’Europe. L’assainissement n’est pas encore terminé en Europe et certains Etats sont toujours présents au capital des banques. Les Américains profitent par ailleurs d’une croissance supérieure et de l’absence de taux négatif.» 

Si les résultats bancaires sont positifs des deux côtés de l’Atlantique pour le premier semestre, les niveaux de profitabilité ne sont plus ce qu’ils étaient. Les rendements de capitaux propres tournent autour de 10% aux Etats-Unis, tandis qu’ils dépassaient les 15% il y a dix ans. 

Réglementation: l’overdose n’est pas loin

Si le rythme des réglementations semble ralentir, leur impact sur le secteur bancaire se poursuit. La norme Bâle IV ne cesse par exemple d’être repoussée depuis plusieurs années. «Il y a beaucoup d’oppositions sur cette réglementation, qui resserrerait encore le crédit et favoriserait les banques américaines. Cela engendre aussi un manque de visibilité pour le secteur», commente Claudia Von Türk. 

Dix ans après la crise, la majorité des entreprises européennes sont toujours dépendantes des banques pour leur financement. Pour Vincent Juvyns, il serait opportun de favoriser une transition vers un modèle plus américain, avec un financement par le marché supérieur.

En Europe toujours, la directive PSD2, qui entre en vigueur l’an prochain, va encore faire bouger les lignes, d’après Claudia Von Türk. «En ouvrant l’accès des informations bancaires des clients à des tiers, les banques pourraient perdre la relation client. Les fintechs et nouveaux entrants pourraient prendre cette place, grâce notamment à leurs structures de coûts plus faibles.»

Digitalisation et repositionnement 

Dans son rapport, le Comité de Bâle a identifié trois catégories de produits et services fintechs qui interviennent dans le cœur du modèle d’affaires des banques. Il s’agit des financements et des dépôts, notamment via le crowdfunding, les plateformes de prêts P2P ou les banques mobiles. Mais aussi des paiements et transactions, via des services mobiles ou des monnaies numériques. Et enfin l’investissement, à travers le trading haute fréquence ou les robo-advisors. 

Pour Vitor Santos, conseiller en investissement chez Millennium Banque Privée à Genève, des technologies comme la blockchain pourraient avoir un impact fondamental sur la manière dont les banques vont opérer, et la désintermédiation va se poursuivre à un rythme accéléré. S’il ne faut pas négliger la technologie, il estime tout aussi fondamental la capacité à se repositionner sur de nouveaux marchés. «Nous avons beaucoup développé le marché africain, où nous n’étions pas présents il y a encore dix ans. Aujourd’hui, il représente près de 40% de nos actifs sous gestion.» 

Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

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