Bilan

Quels emplois au terme de la 4e révolution industrielle?

Robotisation, intelligence artificielle... les avancées technologiques de la 4e révolution industrielle posent la question des postes de travail qui seront proposés demain.
  • A l'instar de ces robots chinois qui cuisinent, la question du remplacement des êtres humains par des machines dans de nombreuses professions se pose de manière cruciale à l'ère de la robotique.

    Crédits: Image: AFP
  • Près d'un emploi sur deux aux USA pourrait être menacé par la robotisation d'ici 2030.

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  • Les robots sont de plus en plus présents dans notre quotidien, mais le phénomène n'en est encore qu'à ses prémices.

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Fin 2013, une étude de l'université d'Oxford menée par Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne annonçait que 47% des postes de travail aux USA étaient à «risque élevé» d'être remplacés par des machines et des robots d'ici 2030. La 4e révolution industrielle sera-t-elle synonyme de chômage massif, y compris dans des pays où la flexibilité maximale du marché du travail avait contenu jusqu'à présent l'élévation rapide et massive du taux de chômage? Au World Economic Forum de Davos, la question de l'emploi après les mutations technologiques actuelles est sur toutes les lèvres.

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Si certaines usines sont largement envahies par les robots, la production manufacturière n'est désormais plus la seule à être menacée par la mécanisation. Des tâches que l'on pensait réservées à l'être humain voici quelques années encore comme la médecine, la cuisine, le journalisme ou encore la conduite automobile sont désormais opérées par des robots dans certaines structures innovantes. Tout n'est pas encore possible pour les robots, mais «il est difficile de prédire d'ici combien de temps nous aurons des robots capables de remplacer l'homme dans ses tâches les plus complexes», confie Dileep George, cofondateur de Vicarious, une société spécialisée dans l'intelligence artificielle.

Les robots ne ressentent pas la fatigue

Mais les progrès technologiques se font à pas de géants et l'ère des robots capables de réaliser toutes les tâches des humains pourrait survenir. «Si on peut répliquer tout ce que peut faire un humain, on peut remplacer les travailleurs par des machines», avertit Dileep George. Et contrairement aux humains, les robots ne ressentent pas la fatigue, n'ont pas d'obligations familiales ou de garanties sociales: ils peuvent donc travailler 24h/24.

Erik Brynjolfsson est loin d'être aussi catégorique. Pour ce spécialiste de l'économie digitale au sein du MIT de Boston, «les machines sont encore loin d'être capables d'être écrivains, scientifiques, entrepreneurs». Il reste donc des activités où l'imagination, la créativité, la réactivité et la recherche de solutions nouvelles face à des problèmes ne sont pas prêtes d'être accaparées par les robots. Cependant, son analyse de la situation est contrastée: d'un côté il constate qu'«il y a aujourd'hui aux USA moins de jobs et de business innovants qui se créent que voici 20 ans», mais ce ralentissement ne l'inquiète pas outre mesure et il «reste optimiste: il va falloir former la main-d'oeuvre, lui apporter de nouvelles compétences».

«Les gouvernements doivent laisser les entreprises se charger de l'emploi»

Un constat partagé par le Prix Nobel de l'économie Christopher Pissarides: «Les connaissances qui seront exigées demain pour travailler sont différentes de celles enseignées aujourd'hui dans les écoles: il va falloir anticiper davantage et se former tout au long de la vie», assure l'économiste chypriote. Même son de cloche du côté de Troels Lund Poulsen, ministre danois du commerce et de la croissance: «L'éducation et la formation seront les clefs principales pour aider les gens qui vont perdre leurs emplois à en retrouver un».

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Le rôle de l'Etat sera donc clairement de créer les conditions les plus favorables au business en formant une main d'oeuvre la plus adaptée possible aux nouvelles situations économiques. Mais pas question de s'appuyer sur le secteur public pour créer directement de l'emploi: «Les gouvernements doivent laisser les entreprises se charger de l'emploi: elles le font mieux», déclare Christopher Pissarides.

Davantage d'entrepreneurs, de professions libérales dans le domaine intellectuel,... Un changement de paradigme pour de nombreux pays (dont la Suisse) où la part des salariés reste prépondérante. Une mutation avec l'augmentation du nombre d'entrepreneurs et d'indépendants qui en inquiète certains. Mais face à ces réserves, Erik Brynjolfsson s'interroge: «Avec nos modèles d'emplois sur lesquels certains s'arc-boutent, voulons-nous protéger le futur du passé ou alors préserver le passé du futur?» Il milite donc pour se débarrasser des carcans anciens et inventer de nouvelles solutions. Un défi urgent, car, comme il le rappelle, «le progrès technique augmente de manière exponentielle, les organisations, entreprises et administrations, ne s'améliorent pas aussi vite».

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Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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