Bilan

Quel sera le programme économique de Hillary Clinton?

Après l'annonce officielle de sa candidature à la présidentielle américaine, Hillary Clinton fait déjà figure de favorite. Mais quelles sont ses positions dans le domaine économique?
  • Hillary Clinton est désormais officiellement engagée dans la course à la Maison Blanche.

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  • Secrétaire au Trésor entre 1999 et 2001, Lawrence Summers devrait être l'un des principaux conseillers de Hillary Clinton sur le plan économique.

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  • L'un des enjeux de la campagne pour la candidate sera d'assumer l'héritage de Barack Obama tout en offrant aux électeurs avides de changements de nouvelles perspectives.

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  • Pendant les deux mandats de son mari Bill, Hillary Clinton s'était fortement engagée en faveur d'un ambitieux programme d'assurance-maladie universelle, qui n'avait finalement pas vu le jour.

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Etudiante engagée contre la guerre du Vietnam, avocate impliquée dans l'application des Droits Civils pour les minorités, First Lady active dans l'humanitaire et les causes liées aux enfants, Secrétaire d'Etat active sur la scène politique et diplomatique internationale: le CV de Hillary Clinton est impressionnant. Mais aucune des fonctions qu'elle a exercées ne l'a amenée à développer une politique économique de première importance.

Cependant, entre ses deux mandats de sénatrice de l'Etat de New York et sa première candidature à l'investiture démocrate en 2007, une série d'éléments permettent déjà de cerner les contours de ce qui devrait figurer au coeur du programme présidentiel de l'épouse de Bill Clinton pour la campagne qui débute.

Libérale pour les Républicains, proche de la finance pour les Démocrates

Au sein du parti Démocrate, Hillary Clinton n'est pas réputée pour être une adversaire des marchés et des grands groupes industriels, contrairement à Elizabeth Warren, autre figure de proue féminine du parti. C'est sous la présidence de son mari (auquel nombre d'Américains associent Hillary pour son influence), que l'économie américaine a connu une importante phase de croissance appuyée notamment sur les grandes firmes multinationales du pays. A l'extérieur du parti toutefois, elle a souvent été taxée par ses adversaires Républicains de «liberal» (soit marquée à gauche sur l'échiquier américain).

Pendant que son mari présidait aux destinées du pays, elle avait été parmi les chauds partisans d'un système de santé public, lequel n'a finalement pu être mis en place que sous la présidence de Barack Obama. Restée en retrait dans cette bataille, l'ex-Première Dame devra jongler dans la campagne à venir entre l'assomption du bilan de l'actuel président (qui vient de vivre son 61e mois consécutif de créations nettes d'emplois) et une différenciation d'avec lui pour répondre au besoin de changement des Américains après huit années de présidence Obama.

En 2008, sa campagne sur le plan économique s'était largement appuyée sur les «white workers», la classe laborieuse blanche. Issue d'une famille républicaine, elle ne s'est «convertie» au courant démocrate qu'à l'extrême fin des années 1960. Et pour certains membres de l'aile gauche du parti, elle reste une centriste. C'est ainsi que celle qui était sénatrice de l'état de New York (et donc de Wall Street) lors de la crise de 2008 s'était prononcée en faveur de mesures de contrôle et de régulation accrues (loi Dodd-Franck), mais aussi favorable aux aides aux banques et institutions financières fragilisées par la crise. Alors même que l'aile gauche du parti souhaitait que celles-ci se débrouillent sans aide publique.

Ses détracteurs lui ont ainsi reproché, à elle et à son mari, une trop grande proximité avec le secteur financier et des conférences et prestations de consulting (pour Bill notamment) auprès de ces institutions, facturées à plusieurs millions de dollars. En 2008, «elle était la candidate de Wall Street», estimait Larry Sabato, professeur de sciences politique à l'Université de Virginie. «Entreprendre des réformes financières est risqué et trompeur. Mieux vaudrait que le Congrès se concentre sur l'emploi et les revenus des familles des classes moyennes», affirmait-elle encore en fin de semaine dernière (avec un Congrès passé sous bannière Républicaine il est vrai).

Que reprendre du programme de 2008?

Après la crise financière de 2008, Hillary Clinton peut-elle justement reprendre tout ou partie de son programme économique de la campagne pour l'investiture 2007? Certaines des phrases prononcées lors de ses discours de l'époque peuvent tout à fait être envisagées à nouveau dans une profession de foi de candidate à la Maison Blanche. «Une vision de l'économie du XXIe siècle basée sur la prospérité partagée... où nous mesurons notre succès non par le niveau de richesse atteint par les plus fortunés, mais par la mesure du partage de la richesse», affirmait-elle alors qu'elle visait une première investiture démocrate. Des mots qu'elle semble toujours assumer en 2015.

«Le monde est radicalement différent, nuance Gary Burtless, économiste au sein de la Brookings Institution. Il y a aujourd'hui davantage de ressentiment à l'égard de l'économie et des inégalités. Il lui faudra modifier la rhétorique dont elle fait usage». Et sans doute pas seulement le discours: en 2008, de nombreux acteurs de Wall Street avaient ouvertement soutenu financièrement sa campagne; l'image dégradée de ces institutions rend ce type de soutiens plus délicat aujourd'hui si elle ne souhaite pas s'aliéner une partie de l'électorat et prêter le flanc aux critiques faciles.

Alors qu'elle n'a pas encore exposé la moindre mesure spécifique de son programme de politique économique, certaines pistes ont déjà plus de consistance que d'autres. Surtout avec un Congrès dont au moins la Chambre des représentants sera acquise aux Républicains jusqu'en 2020 (soit l'intégralité de son éventuel premier mandat). Une forte augmentation des impôts est donc à exclure, de même qu'un renforcement des réglementations du secteur financier.

Pour l'élection de 2008, Hillary Clinton avait proposé un plan basé sur douze mesures pour relancer l'économie américaine (alors que la crise financière était encore balbutiante). Ce programme comportait des mesures contre les saisies immobilières (un crédit de 30 milliards de dollars, un moratoire de 90 jours), des mesures d'aides aux familles (des crédits de 5, 10, et 25 milliards de dollars pour le chauffage, l'efficacité énergétique et l'assurance chômage), des réductions d'impôts de 40 milliards en cas de dégradation de la situation,...

Le soutien de Lawrence Summers

Huit ans après, l'équation a changé: la crise immobilière est passée, le taux de chômage reste autour de 5,5%, les créations d'emplois se multiplient mais la dette a explosé. Hillary Clinton devra adapter ses positions. Selon les premiers éléments, il semble qu'elle puisse compter sur le soutien et les conseils de Lawrence Summers, qui fut secrétaire au Trésor lors du second mandat de Bill Clinton, avant de conseiller Hillary au début des années 2000 puis de rallier Barack Obama une fois celui-ci élu.

Ce prestigieux économiste de Harvard devrait imprimer sa marque sur le volet économique du programme de la nouvelle candidate, notamment en mettant le focus sur la création d'emplois (même peu payés), une importance accrue au marché et une attention relative accordée aux équilibres budgétaires.

Au cours des mois qui séparent l'annonce faite ce dimanche de sa candidature et le premier test dans l'Iowa, Hillary Clinton devra donc afficher ses options économiques et dévoiler un programme de nature à rassurer les Américains, inquiets face à la montée en puissance de la Chine qui menace le leadership mondial des Etats-Unis.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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