Bilan

Quel avenir pour les cartes de visite ?

Autrefois vecteur de première impression lors d’un rendez-vous professionnel, l’habitude d’échanger les cartes de visite a encore la peau dure à l’ère du numérique, mais s’efface peu à peu.

Certains métiers sont encore dépendants du support papier.

Crédits: DR

Que l’on soit jeune loup ou un habitué des rencontres professionnelles, une question nous taraude régulièrement l’esprit: doit-on présenter une carte de visite à nos interlocuteurs ? Au risque de paraître démodé ou au contraire peu crédible, la question est loin d’être anodine.

Une coutume qui s’accroche

Si initialement, au XVsiècle, les premières cartes de visite jouaient un rôle de distinction et de véritable laissez-passer dans la société, au fil des époques, leur valeur symbolique semble s’être quelque peu étiolée. Désormais rapportées au rang d’alliées stratégiques de communication, elles représenteraient selon les spécialistes de l’imprimerie, l’identité et l’ADN de l’entreprise. «Dans un monde dominé par l’immatérialité, c’est un lien réel et unique lors d’un échange que même Linkedin ne peut offrir», assure Alain-Marc Spiess, directeur de Carte de visite Genève.

Pourtant, au regard des chiffres, l’utilité de ces business cards pourrait être remise en cause. Michel Ellias, typographe de métier depuis 50 ans, avance une baisse de 30 à 40% de la demande par rapport à celle d’il y a 25 ans. Les prémices d’un marché obsolète? Pas d’après Alain-Marc Spiess: «Dans le milieu de l’imprimerie, ce produit est une porte d’entrée. Le marché s’est simplement transformé. A titre d’exemple, les diplomates sont devenus des clients très importants.»

Un avis partagé par le lausannois Raphaël Serex, responsable de production de l’imprimerie Graphus. «Deux tendances émergent, celle des cartes de qualité avec une réelle valeur ajoutée et celles qui sont réalisées en un temps record à bas prix. Pour cela, l’impression numérique nous a permis de nous adapter à des quantités moindres et à des délais toujours plus courts», précise-t-il. Une adaptation des imprimeurs nécessaire mais pas indispensable puisque certaines professions restent malgré tout dépendantes de ces bouts de papier.

«Que ce soit pour les structures non digitalisées dont la cible n’est pas familière aux nouveaux outils numériques ou encore le secteur du luxe qui soigne son image, ce support n’est pas prêt de disparaitre de nos portefeuilles», témoigne Gaël Lugaz, directeur de l’agence Brandlift. L’expert observe effectivement chez ses clients PME et TPE un usage moins fréquent de la carte mais note une recrudescence dans le secteur du luxe.

Vers des cartes dématérialisées

Pour ce qui est de l’avenir du papier à plus long terme, les prédictions sont encore floues. En cause: les générations X, Y et Z qui favoriseraient l’utilisation du smartphone, selon le directeur de l’agence Brandlift. 

«Adeptes des nouvelles technologies, les jeunes professionnels favorisent les cartes à QR code et cherchent à numériser au maximum ces échanges», décrit Mathieu Nadal, responsable marketing de Web Media Communication Group. Il évoque également le développement d’un marché d’applications en tout genre, dont le coronavirus a permis de donner un coup d’accélérateur. Il cite notamment le leader du domaine: CamCard, qui numérise, gère, synchronise et regroupe les cartes de visite de plus de 100 millions d’utilisateurs.

Preuve ultime de ce nouvel engouement pour le 2.0, la dernière startup à s’être lancée dans le créneau date d’à peine deux semaines et se nomme BeCard (Business Eco Card). Ecologique et entièrement digitale, la BeCard a pour but non pas de numériser la carte de visite mais bel et bien de la remplacer. 

Affligé par les 27 millions de cartes produites par jour aux Etats-Unis, dont 88% finissent à la poubelle au bout d’une semaine, Bogdan Popescu, fondateur de l’application, a voulu réagir. 

«Contrairement au support statique de la carte qui ne reflète pas la vie d’une entreprise, je propose son équivalent sur smartphone avec des serveurs genevois alimentés entièrement à énergie renouvelable», indique ce dernier.

Ainsi, après un événement, il est désormais possible de noter ses rencontres avec des probabilités de relance future mais aussi de télécharger toutes les données en format Excel. Simple, efficace, une nouvelle façon de réseauter dans l’ère du temps et qui, pourquoi pas, à l’avenir pourrait prendre le pas sur les vieilles habitudes.



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Julie Müller

Journaliste à Bilan

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud en passant par l'Egypte, quand cette jeune journaliste de Bilan, férue de voyages, n'explore pas les quatre coins de la planète, elle exerce son autre passion: l'écriture. Après avoir consacré la plupart de ses étés à des stages dans les rédactions de Suisse romande (entre autres 20 minutes, Tribune de Genève, L'Agefi et le Temps), la Genevoise s'est arrêtée deux ans à Neuchâtel pour obtenir son Master en journalisme. A présent bien installée dans les rangs de Bilan, elle aiguise ses armes en écrivant pour le magazine et bilan.ch Curieuse, son champ d'action se veut à peu près aussi vaste que celui de l'économie: Management, innovation, luxe, entreprises, immobilier...

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