Bilan

Quand moins de bouchons rime avec récession

Un étude du cabinet Inrix établit un lien entre croissance économique et saturation des axes routiers d'un pays. La Suisse est le 10e pays le plus congestionné d'Europe, mais le trafic urbain y reste assez fluide.
Les Suisses ont passé en moyenne 33h dans les bouchons en 2012, soit 2h de moins qu'en 2010. Et si cette congestion routière (certes relative par rapport à d'autres pays européens) était finalement une bonne nouvelle? C'est ce qui ressort d'une étude publiée récemment par Inrix, spécialiste mondial de l'info trafic, qui établit un parallèle entre le temps passé dans les embouteillages et le dynamisme économique d'un pays.

Dans ce palmarès, les Italiens, Espagnols et surtout Portugais ont passé respectivement 6h, 6h et 22h de moins qu'en 2010 dans les ralentissements routiers. Au Portugal, le temps passé dans les bouchons a quasiment été réduit de moitié en deux ans (23h en 2012 contre 45h en 2010).

Une baisse légère en Allemagne, Autriche et Suisse

A contrario, la baisse a été moins flagrante en Allemagne (-2h), en Autriche (-2h) et en Suisse (-2h). Trois pays dont les économies ont moins souffert de la crise ces derniers mois.

Sur l'ensemble des treize pays étudiés sur le continent européen, la crise aurait contribué à faire baisser de 18% le trafic entre 2011 et 2012. Un lien entre santé économique et trafic routier qui pourrait être remis en cause par la situation française (économie au ralenti mais temps passé dans les bouchons stable entre 2010 et 2012), mais la situation y a été largement impactée par les bouchons estivaux liés à une attractivité touristique maintenue.

Et en Espagne, l'un des effets de la violente crise économique a été de rendre nombre d'autoroutes quasiment désertes, comme l'explique ce reportage vidéo.



La Suisse loin des bouchons belges et néerlandais

Au final, la Suisse se retrouve au 10e rang des pays européens étudiés pour le temps passé dans les bouchons. Avec ses 33h annuelles, elle est loin des scores belge (55h annuelles) et néerlandais (50h). Et juste derrière les deux grands voisins allemand et français (36h annuelles chacun).

Pour Alain Bonnafous, professeur émérite de l’Université de Lyon et chercheur au Laboratoire d’Economie des Transports, tous les types de trafics routiers reculent en période de crise, mais il distingue le trafic des voitures particulières de celui des poids-lourds: «Concernant les voitures particulières, pour une population donnée, les deux premiers facteurs explicatifs du trafic sont le revenu des ménages et le prix des carburants. Pour les poids lourds, le premier facteur explicatif est la production industrielle», analyse-t-il dans un entretien au site d'informations français Atlantico.fr.

Des bouchons hors agglomérations

Arbitrages en faveur du budget transports plus serrés au sein des ménages (voire restrictions pour les populations de chômeurs en hausse) d'une part, et moindre activité logistique pour le transport de marchandises contribueraient ainsi à la plus forte réduction du temps passé dans les bouchons.

En Suisse, la spécificité se situe au niveau du type de congestion routière: certains tronçons hors agglomérations sont très régulièrement frappés par d'importants embouteillages (contournement de Zurich, axe Genève-Lausanne, et surtout abords du Gothard), tandis que les villes sont relativement épargnées.

Ainsi, aucune cité helvétique n'émerge ainsi dans la liste des 25 villes les plus congestionnées d'Europe, dominée par Milan, Bruxelles, Anvers et Paris. Genève apparaît toutefois dans le classement des villes ayant connu les plus grands écarts entre juin 2012 et juin 2013: +41% de temps passé dans les bouchons sur les douze derniers mois.

Depuis début 2013: +5% de bouchons

Depuis le début de l'année, la bonne santé économique préservée de la Suisse par rapport à ses voisins de la zone Euro se confirme sur le bitume: avec une augmentation du temps passé dans les embouteillages de 5%, la Suisse se hisse, fin juin, à la 8e place européenne des pays les plus congestionnés. Au vu de la corrélation avec le dynamisme économique, il faudra bientôt dire «Chic: des bouchons!»...
Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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