Bilan

Quand le sport réduit les travailleurs à l'esclavage

Un travailleur des JO de Sotchi s'est cousu la bouche lundi 28 octobre pour dénoncer ses conditions de travail qui sont aussi effroyables que sur les chantiers du Mondial 2022 au Qatar, où plus d'un ouvrier meurt par jour.
  • Le stade olympique, connu également sous le nom de «Fisht», ici pris en photo le 25 octobre 2013, a nécessité des dizaines de milliers de travailleurs migrants venus d'Arménie, du Kirghizstan, de Serbie, du Tadjikistan, d'Ukraine et d'Ouzbékistan. Les jeux olympiques de Sotchi se dérouleront du 7 au 23 février prochain. Crédits: Keystone
  • Selon plusieurs témoignages concordants, les quelque 16'000 travailleurs migrants, sur 70'000 travailleurs au total pour le site des JO de Sotchi, travaillent 12 heures par jour, 7 jours sur 7 pendant plusieurs semaines, sont privés de salaires durant plusieurs mois pour mieux être asservis, se voient confisquer leur passeport, et vivent dans des conditions déplorables. Ainsi, une seule maison familiale a accueilli jusqu'à 200 migrants, avec une seule salle de bains et un seul WC. Quatorze hommes partageaient ainsi une pièce de 36 m2. Crédits: Keystone
  • Ainsi, une seule maison familiale a accueilli jusqu'à 200 migrants, avec une seule salle de bains et un seul WC. Quatorze hommes partageaient ainsi une pièce de 36 m2. Crédits: Keystone
  • Les ouvriers qui ont travaillé à la construction du site du stade olympique de Sotchi, également connu sous le nom de «Fisht», enceinte de 40'000 places qui accueillera les cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux olympiques et paralympiques. Une majorité écrasante des ouvriers qui ont répondu à l'enquête de Human Rights Watch travaillait sur ce site-là. Crédits: Keystone
  • Le stade olympique, aussi connu sous le nom de «Fisht», ici en construction début 2013. Les ouvriers y sont payés entre 1,70 et 2,50 francs de l'heure, travaillent jusqu'à 12 heures par jour, 7 jours sur 7 et ont, pour certains, un seul jour de congé par mois. «De nombreux travailleurs, y cmopris ceux travaillant sur le site du Stade olympique et du village olympique principal ont également décrit des pratiques consistant à retenir les premiers mois de salaire, les travailleurs ne recevant leur premier paiement qu'au bout de deux mois de travail», note Human Rights Watch dans son rapport. Crédits: Keystone
  • «Ces pratiques avaient soi-disant pour but de de forcer les travailleurs à rester chez l'employeur, étant officieusement entendu que le salariés recevrait les salaires retenus s'il continuait d'occuper son poste jusqu'à ce que l'employeur décide de l'achèvement effectif du projet», poursuit le rapport de Human Rights Watch. Ici, à l'image, le stade olympique en construction début 2013, aussi connu sous le nom de «Fitch», qui pourra accueillir 40'000 personnes. Crédits: Keystone
  • Un site alors encore en construction, début 2013, pour les J.O de 2014. Crédits: Keystone
  • Le bâtiment qui accueillera toutes les compétitions sur glace, capable d'accueillir 12'000 visiteurs. Crédits: Keystone
  • «Les sites maintenaient un système basé sur deux roulements de 12 heures, les ouvriers travaillant ainsi de 8h à 20h et de 20h à 8h [...] Ils travaillaient généralement sept jours par semaine pendant plusieurs semaines de suite», explique le rapport de Human Rights Watch. Ici, à l'image, le site de Krasnaja Poljana. Crédits: Keystone
  • Les jeux olympiques de Sotchi se dérouleront du 7 au 23 février prochain. «Le Comité international olympique n'a pas toujours été en mesure de clairement définir son rôle dans la protection des droits humains dans le contexte des Jeux olympiques, comme le prouvent par exemple les événements survenus avant la tenue des JO de l'été 2008 à Pékin: emprisonnement par le gouvernement chinois d'activistes œuvrant pour la protection des droits humains, censure d'Internet, expulsions forcées réalisées à grande échelle, et abus contre les travailleurs migrants employés sur les sites olympiques et sur d'autres lieux.» Crédits: Keystone
  • Vue extérieure du Dôme de glace prévu pour les JO de Sotchi en 2014. Crédits: Keystone
  • Vue intérieure du Dôme de glace prévu pour les JO de Sotchi en 2014. Crédits: Keystone
  • Empêchés d'effectuer «une visite inopinée» d'un chantier, les syndicalistes (photo) ont renoncé à une autre visite, prévue à leur programme (9 octobre 2013) au Qatar. Les révélations du quotidien britannique The Guardian le 25 septembre 2013, dont l'enquête est résumée ici dans un petit film de moins de 10 minutes sont édifiantes: plus d'un ouvrier meurt chaque jour sur les chantiers olympiques du Qatar. Crédits: AFP
  • La FIFA ne peut pas s'ingérer dans les lois de l'émirat qatari, a expliqué Sepp Blatter. (4 octobre 2013). Crédits: AFP
  • Syndicats et ONG ont une nouvelle fois dénoncé les conditions de travail dans l'Émirat et sur les chantiers du Mondial 2022. Crédits: Keystone
  • Ils demandaient aux dirigeants de ne pas se faire les complices des violations des droits des travailleurs recensés dans l'Émirat. Crédits: Keystone
  • Le comité d'organisation du Mondial-2022 s'est dit prêt, ce mercredi 2 octobre 2013, à accueillir la Coupe du monde en été ou à n'importe quelle autre période de l'année. (Photo: l'émir du Qatar et son épouse avec Sepp Blatter en décembre 2010 après l'annonce officielle que le Qatar sera le pays hôte pour la Coupe du monde 2022) Crédits: AFP
  • Des travailleurs étrangers attendent pour monter dans le bus qui les emmène sur un chantier de Doha. Crédits: AFP
  • Les chantiers battent leur plein en vue de la Coupe du monde de 2022. Crédits: AFP
  • En août 2013, le corps d'un travailleur équatorien mort sur un chantier qatari est rapatrié. Ici, l'aéroport de Doha. Crédits: AFP
  • Des travailleurs asiatiques nettoient un stade au Qatar. Quarante-quatre ouvriers népalais sont morts, la plupart de crise cardiaque, entre juin et août dernier. Crédits: AFP
  • Des manifestations ont eu lieu à Londres en mai dernier pour protester contre l'exploitation des travailleurs sur les chantiers de la Coupe du monde du Qatar. D'après les médias, les ouvriers sont entassés dans des chambres, sont privés d'accès à l'eau potable gratuite sur les chantiers du désert, et se voient confisquer leur passeport. Crédits: AFP
  • Des manifestations ont eu lieu à Londres en mai dernier pour protester contre l'exploitation des travailleurs sur les chantiers de la Coupe du monde du Qatar. Crédits: AFP
  • Des travailleurs asiatiques à Doha. Crédits: AFP
  • Des travailleurs sur le toit d'un des buildings de la capitale qatarie, Doha. Crédits: AFP
  • Les chantiers battent leur plein à Doha. Crédits: AFP
  • Des travailleurs nettoient les vitres de buildings qataris gigantesques. Crédits: AFP
  • Des travailleurs nettoient les vitres de buildings qataris gigantesques. Crédits: AFP
Il s'est cousu la bouche en signe de protestation. Mais le geste de cet ouvrier originaire du Caucase, venu travailler sur les chantiers des Jeux Olympiques à Sotchi, est aussi une métaphore: «Marche ou crève!», résumerait bien son propos, corroboré par une septantaine d'autres travailleurs migrants interrogés par Human Rights Watch, qui dénonce des conditions de travail même pas dignes de Zola.

Vingt-trois pour cent de la masse salariale venue sur les chantiers de la préparation des J.O, qui se dérouleront en Russie, à Sotchi du 7 au 23 février prochain, est migrante. Ils viennent d'Arménie, du Kirghiszstan, de Serbie, du Tadjikistan, d'Ukraine ou encore d'Ouzbékistan. Alléchés par le projet titanesque de construction du site des J.O, ils sont venus dans l'espoir d'améliorer leur sort et de rentrer les poches pleines au pays.

Cinq mois sans salaire

Au lieu de ça, ils travaillent 12 heures par jour. Ont un seul jour de congé par mois. Dorment à 200 dans une maison familiale n'offrant qu'une salle de bains. Sont parfois privés de passeport, parfois même de salaire, pour mieux être enchaînés jusqu'à la fin du chantier. «J'ai travaillé 70 jours d'affilée, de 8 heures du matin à 20 heures, sans être payé», confie ainsi Yunus, originaire d'Ouzbékistan, à Human Rights Watch (HRW). Maxim, un Ukrainien, s'estime presque heureux d'avoir compris plus vite que les autres: lui a «travaillé 3 mois pour rien» quand d'autres «ont travaillé 5 mois» pour la même chose: rien.

Cela n'est pas sans rappeler les récentes révélations du quotidien britannique The Guardian sur les conditions effroyables de travail des ouvriers migrants des chantiers du Mondial 2022 au Qatar. Selon les calculs de la Tribune de Genève, plus d'un ouvrier y meurt par jour, faute de conditions de travail décentes.

Une entreprise zougoise

Un chantier devisé à 181 milliards de francs au Qatar, contre 45 milliards à Sotchi, qui est néanmoins le record absolu de l'histoire des Jeux olympiques. 90% d'ouvriers migrants d'un côté, principalement asiatiques (Inde, Népal) contre 23% de travailleurs étrangers de l'autre, majoritairement du Caucase (Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan, Ukraine...). Cent vingt-cinq euros de salaire mensuel pour les premiers en moyenne, contre 1,70 franc à 2,50 franc de l'heure pour Sotchi.

Au cœur des constructions à Sotchi, une entreprise suisse: Botta Management SA, maître d’œuvre du stade où se dérouleront les cérémonies d'ouverture et de clôture des J.O- un projet à 260 millions de dollars (233 millions de francs) - et du palais Bolchoï qui accueillera le hockey sur glace, devisé à 230 millions de dollars (206 millions de francs).

La société zougoise, qui sous-traite au Russe Engeocom, dénoncé par HRW pour non-paiement de salaire, a refusé notre demande d'interview, nous renvoyant aux «autorités locales et au Comité d'organisation des J.O». Il faut donc téléphoner à Sotchi plutôt qu'à Baar (ZG).

De Zoug à Sotchi

Le spécialiste de la construction des grands stades, qui a œuvré en Afrique du sud pour la Coupe du monde, et est également engagé dans le Mondial 2014 au Brésil, avait néanmoins affirmé en février dernier que «le travail sur les sites est contrôlé de près, par les autorités compétentes pour que tout soit en accord avec la loi». Le porte-parole de l'entreprise zougoise affirmait alors: «Les travailleurs ont accès aux informations sur leurs droits dans leur langue respective, avec des interprètes pour les assister le cas échéant». L'ouvrier qui s'est cousu la bouche hier n'a, lui, certainement pas bénéficié d'un interprète.
Marion Moussadek

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