Bilan

Quand le pape François s'attire les louanges des économistes

Alors qu'il vient de canoniser deux de ses prédécesseurs, le pape François s'attire les louanges des économistes qui saluent sa manière de diriger l'Eglise catholique depuis son arrivée sur le trône de Saint Pierre voici un an.
  • En un an à la tête de l'Eglise catholique, le pape François a révolutionné tout en douceur une institution vieille de 2000 ans.

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  • Si Benoit XVI a été le premier pape à utiliser Twitter, François est aussi adepte du réseau social.

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  • Au rayon des tendances techno, François se prend volontiers au jeu des selfies avec les jeunes catholiques.

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  • En nommant George Pell à la tête d'un nouveau "ministère de l'économie", François a envoyé un signal fort aux marchés financiers.

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  • Le changement est tel au sommet du Vatican et de l'Eglise catholique que certains voient le pape comme un super héros.

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Un patron âgé de 77 ans, à la tête d'une «firme» de 2000 ans ayant des difficultés à recruter dans certaines régions et qui voyait ses «clients» déserter ses officines: rien de très réjouissant comme perspectives a priori. Pourtant, un an après son arrivée à la tête de l'organisation, voilà un dirigeant salué par tous les observateurs et qui pourrait rejoindre Steve Jobs (Apple) ou Sergio Marchionne (Fiat) au panthéon des grands managers du XXIe siècle dans les colonnes de The Economist.

Car Jorge Bergoglio, alias le pape François, a réussi le tour de force, en quelques mois, de redynamiser une Eglise catholique bien mal en point au sortir du pontificat de Benoît XVI. Celui-ci avait encore accru les doutes des fidèles en étant le premier successeur de Saint Pierre à démissionner depuis plus de 600 ans. Et ce, alors même que les vocations de prêtres n'ont jamais été aussi faibles en Europe et en Amérique du Nord, et que le catholicisme fait face à la concurrence des Eglises évangéliques en Afrique et en Amérique latine, ses deux bastions des dernières décennies.

85% de Catholiques américains convaincus

Alors que ses pairs l'avaient désigné pour prendre la tête de l'Eglise et du Vatican, bien peu misaient sur cet Argentin âgé, dont certains pointaient une attitude silencieuse pendant les années de dictature dans son pays.

Un an plus tard, les résultats sont stupéfiants. Comme le signale The Economist, 85% des Catholiques américains plébiscitent l'action du pape qui a choisi de s'inscrire dans la lignée de François d'Assise, le «Poveretto» (le «petit pauvre»). Selon The Economist, la pratique religieuse des fidèles catholiques serait même à la hausse (mais aucun chiffre ne vient toutefois appuyer cette affirmation).

Sur le plan marketing, François a aussi radicalement changé l'image de l'Eglise: les brodequins rouges, les étoles de fourrure, les berlines de luxe et l'appartement de prestige de son prédécesseur appartiennent à l'histoire. Lui a choisi de donner une image plus proche des fidèles les moins favorisés, loin du decorum et du faste en usage au Vatican depuis des siècles et des siècles. Souriant, décontracté, François n'hésite pas à casser les codes pour téléphoner en personne à des religieuses, ou à multiplier les bains de foule.

Dans son usage des nouvelles technologies aussi, il s'émancipe des codes vaticanesques. Certes, c'est Benoît XVI qui, le premier, avait twitté. Mais François est tout aussi présent sur le réseau. Et il se prête volontiers au jeu des selfies pris par ses ouailles connectées.

 

 

Une doctrine à peine assouplie

Un changement de communication qui surprend et charme fidèles et interlocuteurs. Mais qui ne révolutionne pas la doctrine sur le fond. Certes, le successeur de Pierre a effectué quelques gestes symboliques en direction des homosexuels («Qui suis-je pour les juger?», a-t-il questionné) ou envisagé publiquement un débat sur le mariage des prêtres. Mais aucune décision concrète n'a été prise. Ni concernant les questions sociétales, ni au sujet des scandales de pédophilie ayant impliqué des membres du clergé.

Ce qui est davantage concret, c'est la réorganisation qu'il a initiée et qu'il dirige au sein du Vatican ces derniers mois. Alors que les institutions, notamment financières, de la cité-état avaient été impliquées dans des scandales ces dernières années, le pape issu d'une Argentine ravagé par la crise voici une décennie a nommé un Anglo-Saxon, George Pell, à la tête d'un nouveau «ministère de l'économie et des finances».

A la manière des grands groupes qui lancent des audits lorsqu'un nouveau CEO arrive à leur tête, le Vatican a désormais sa cellule de réflexion, composée de huit cardinaux. Et les cabinets McKinsey et KPMG ont été appelés à la rescousse pour remettre un peu d'ordre dans les institutions annexes (mais pas si anodines) de l'Eglise.

Maintien de la doctrine (même assouplie) pour ne pas perdre les clients fidèles, communication plus simple et moderne pour conquérir de nouveaux marchés, et réorganisation des business units: en un an, selon The Economist, François a déjà largement impacté l'Eglise avec son management. Il ne serait pas étonnant que des professeurs de grands instituts s'en inspirent pour former demain les managers des siècles à venir. Amen.

 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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