Bilan

Quand le business investit dans l’éducation

Face à la crise mondiale qui fragilise l’accès à l’éducation et à la formation des jeunes, les entreprises sont encouragées à se mobiliser, pour un retour sur investissement solide et à long terme.

L’ex-ministre français Philippe Douste-Blazy prône la microparticipation de tous.

Crédits: Lionel Flusin

«Nous traversons une crise qui va au-delà de l’éducation.Il faut préparer les jeunes à l’emploi et aux carrières», prévenait Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco France, lors du forum Global Education & Skills à Dubaï en mars. Les chiffres sont en effet effrayants: actuellement, 48,5  millions de personnes pointent au chômage dans les pays de l’OCDE. Dans le monde, 57  millions d’enfants n’ont même pas accès à une scolarité basique.

Une véritable bombe à retardement si un certain nombre de mesures ne sont pas prises rapidement. Outre les efforts des gouvernements, l’un des points forts concerne l’engagement des entreprises.Selon Bill Clinton, «chaque dollar investi dans la formation offre 53 dollars aux employeurs».

L’événement de Dubaï a donné l’occasion à Vikas Pota, directeur de Varkey GEMS Foundation – le bras philanthropique de GEMS Education – d’annoncer le lancement de la campagne «Business Backs Education». Principal objectif: que d’ici à 2020 les entreprises investissent 20% de leurs responsabilités sociales dans l’éducation.

Pour Andreas Schleicher, deputy director pour l’éducation à l’OCDE, «en Europe, de jeunes diplômés ne trouvent pas d’emploi, et beaucoup d’entreprises ne trouvent pas les bons talents. Il n’y a pas de meilleur investissement possible que l’éducation. Le retour sur investissement est excellent.»

Partant également de ce constat, Robert Filipp, ancien consultant de la Banque mondiale, a fondé Innovative Finance Foundation (IFF). Une fondation basée à Genève dédiée à la santé, à l’environnement et à l’éducation. Dans ce cadre, il est en train de monter une banque d’investissement.

«Il va y avoir de plus en plus d’opportunités de retour sur investissements, pas seulement sur une dimension sociale, mais également sur le plan financier, explique-t-il. Un fonds pour l’éducation pourrait générer environ 20% de retour. Ensuite, les investisseurs auront l’option de donner tout ou une partie de ce retour pour les écoles des pays très pauvres. Les fonds seraient investis sur les entreprises étroitement liées à la formation, que ce soit par les nouvelles technologies ou d’autres projets.»

Un cycle «vertueux»

Auteur de La solidarité sauvera le monde, Philippe Douste-Blazy le soutient dans cette initiative. Conseiller spécial du secrétaire général des Nations Unies chargé des sources novatrices de financement du développement, il croit très fort en la microparticipation. «Il peut y avoir des financements d’ordre privé comme public», explique l’ex-ministre français des Affaires étrangères, qui avait mis en place la fameuse taxe sur les billets d’avion en faveur d’Unitaid.

400  milliards de dollars par an

«Pour le public, je pense à une microscopique contribution de solidarité sur les transactions financières. Mille économistes de renom ont signé une pétition il y a deux ans en faveur d’une telle contribution. C’est 0,1% par action et par bond, et 0,01% par produit dérivé. Si tous les pays participaient, nous aurions 400  milliards de dollars par an! Plus un seul enfant ne mourrait de faim, l’accès à la santé et l’éducation seraient universels. Si on ne le fait pas pour des raisons éthiques, faisons-le pour des raisons économiques. Un enfant qui va à l’école, qui est soigné et qui apprend un métier… la croissance de son pays va passer de 4,5% – la moyenne en Afrique – à 11%, caractérisant un pays émergent. Avec une classe moyenne qui va commencer à acheter des savons, des produits cosmétiques, des vélos, des voitures… Et qui construit tout cela? Les pays occidentaux et les pays asiatiques. Plutôt que d’attendre égoïstement, nous ferions mieux d’aider ces populations démunies, cela nous permettrait de repartir! C’est ce que j’appelle le cycle vertueux.»

Le problème avec le secteur de l’éducation? Son impact se mesure beaucoup moins facilement que la santé (coût des vaccins, traitements…). «L’éducation est partout, elle est urgente, mais sa problématique est plus difficile à saisir, confirme Robert Filipp. Si vous voulez 7  milliards pour l’éducation, vous devez pouvoir expliquer ce qui doit être financé. Subventionner les étudiants? Mieux payer les profs? Quand on a affaire à la malaria, on sait quoi faire. Mais pour améliorer l’éducation, c’est moins évident. Dans l’éducation globale, il manque un grand philanthrope. Comme Bill Gates pour la santé. Si on ne trouve pas une personnalité comme ça, il faut des groupes, des champions du secteur privé.»

Camille Destraz

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