Bilan

Quand l’exclusif ne suffit plus

Alors que les records s’enchaînent, les exigences des acheteurs fortunés se font plus pointues.

Accentué par les turbulences boursières de ces quatre dernières années, le mouvement qui voit les «high net worth individuals» prendre le chemin des salles de vente ne cesse de s’amplifier. Mais l’art pour l’art reste-t-il la motivation principale de ces privilégiés aux moyens considérables? Entre volonté de diversifier leurs placements financiers et goût du paraître, les impulsions qui les amènent à franchir le pas semblent moins limpides que par le passé. «Je suis convaincue que, pour la majorité des collectionneurs, la passion continue à l’emporter sur l’intérêt. Mais il est vrai que, pour certains, acquérir une toile d’un artiste reconnu peut s’assimiler à un placement immobilier. Pour les bijoux et les montres, à savoir le créneau qu’occupe Genève, l’émotionnel l’emporte sans aucun doute», nuance Caroline Lang, présidente de Sotheby’s Suisse et du département d’art impressionniste, moderne et contemporain. Dans le même temps, certaines personnalités figurant dans le présent classement des 300 plus riches ont accédé au Graal ultime en la matière, à savoir la création d’une fondation ou d’un musée auquel leur nom se trouve publiquement associé. En juin passé, l’ancien ambassadeur de Suisse en Chine, Uli Sigg, a ainsi légué 1463 œuvres de sa collection d’art chinois au futur Museum Plus de Hongkong, cela pour une valeur estimée à 156 millions de francs.

L’internationalisation des enchères

La prédominance récente de l’art contemporain sur les autres genres paraît condenser ces évolutions. Le langage pictural immédiatement évocateur d’un Andy Warhol exerce par exemple une évidente force d’attraction sur des acquéreurs issus désormais de plus en plus de pays comme l’Azerbaïdjan ou le Qatar. L’accès en ligne aux catalogues et la couverture en direct des ventes leur ont facilité l’accès à ces enchères mondialisées. Qui plus est, des outils comme le site spécialisé ArtNet permettent de s’assurer de la cote réelle d’un artiste. Ce faisceau de facteurs a rendu transparentes les transactions, ce qui met en confiance les acquéreurs potentiels. S’ajoute à ces éléments la possibilité de devenir propriétaire de créations signées par des maîtres confirmés comme Roy Lichtenstein à des prix encore (relativement) accessibles. Dans les faits, il en découle que les records ne cessent de s’enchaîner avec des protagonistes parfois peu attendus. Tel est le cas d’Eric Clapton qui s’est séparé en octobre dernier d’une toile de Gerhard Richter pour 31 millions de francs. Il l’avait acquise avec deux autres toiles abstraites du peintre allemand pour à peine plus de 3 millions en 2001.

Des modus operandi inédits

Les maisons de vente ont dû s’adapter à la fraction «high end» de leurs clients. Ceux-ci ont des exigences multiples et non négociables qui ne s’accommodent pas avec les pratiques standards des enchères. «Nous disposons depuis 2008 d’un département dédié aux ventes privées qui nous permet d’apporter une offre plus personnalisée aux collectionneurs. Nos mandants recherchent des pièces bien précises. Ils nous fixent un cadre de temps pour les trouver. Les ventes de gré à gré offrent l’avantage de la confidentialité. Cette formule permet à l’acheteur de se familiariser avec l’objet avant de finaliser son achat», précise Caroline Lang. Une autre initiative a vu le jour en 2003 chez Sotheby’s: les expositions-ventes qui consistent à présenter dans un cadre prestigieux et sur une certaine durée des pièces qui, en raison de leur format même, n’auraient pas pu prendre place dans une vente classique. En janvier 2008, des sculptures monumentales du Français Bernar Venet ont été présentées par Sotheby’s sur le parcours de golf d’Isleworth, en Floride. Un club qui compte dans son voisinage immédiat une autre étoile internationale: Tiger Woods.

Les principaux collectionneurs

Chaque année, le magazine américain ARTnews publie son classement des 200 collectionneurs d’art majeurs dans le monde. Comme à l’accoutumée, plusieurs entrées inédites ont été intégrées à l’édition 2012. Ces nouveaux venus sont originaires de nombreux pays, dont la Chine, l’Indonésie, l’Inde, la Russie et l’Amérique du Sud. Les observateurs de ce secteur constatent cependant que les Américains continuent à emmener le marché. Les noms d’une dizaine de nos compatriotes figurent dans le dernier classement en date, ce qui constitue un pourcentage remarquable, proportionnellement à la population de notre pays: 

Cristina et Thomas Bechtler-Lanfranconi (Küsnacht): Art contemporain et photographie. Ulla Dreyfus-Best (Binningen et Gstaad): Toiles et dessins de maîtres anciens, maniérisme, symbolisme, surréalisme et art contemporain. Laurence Graff (Gstaad): Art moderne et contemporain. Esther Grether (Bâle): Art moderne et contemporain. Mania et Bernhard Hahnloser (Berne): Postimpressionnisme, surréalismeet art contemporain. Margrit et Paul Hahnloser (Zurich): Postimpressionnisme et art contemporain. Donald Hess (Liebefeld-Berne): Art contemporain international. Gabrielle et Werner Merzbacher (Zurich): Art du XXe siècle, en particulier le fauvisme et l’expressionnisme allemand. Philip Niarchos (Saint-Moritz): Maîtres anciens, impressionnisme, art moderne et contemporain. Maja Oeri et Hans Bodenmann (Bâle): Art contemporain. Ellen et Michael Ringier (Zurich): Art contemporain et avant-garde russe. Lily Safra (Genève): Art des XIXe et XXe siècles.

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«L’argent est l’ami de l’art, pas son maître»

Crédits photos: Dr

François Praz

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