Bilan

Qu’ont-ils retenu du Forum de Davos?

Plongée intensive dans l’état du monde, rencontres de haute qualité, le WEF reste un éclaireur pour les réflexions des décideurs. Quatre d’entre eux reviennent sur l’édition 2018.
  • Yves Flückiger

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  • Pascal Kiener

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  • Patrick Odier

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  • Blaise Goetschin

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Consacrer jusqu’à quatre jours pleins, lorsqu’on est un haut dirigeant, à se frayer un chemin à travers le «Kongresszentrum» vers d’innombrables conférences en plein foisonnement cosmopolite de la station grisonne de Davos, lors du World Economic Forum, est-il vraiment un must? Qu’en retirent les dirigeants présents? Réponse de quatre décideurs qui s’y sont rendus en janvier pour prendre le pouls de la planète en 2018.

Pascal Kiener CEO de la Banque Cantonale Vaudoise

«Pour le CEO d’une banque suisse, le Forum de Davos est un lieu unique et concentré en quelques jours, qui présente deux avantages. La qualité élevée des contenus: conférences et panels de haut niveau qui traitent de thèmes divers, pas uniquement économiques, tels que la blockchain, la crise migratoire, les taux d’intérêt ou encore l’ubérisation. La possibilité de rencontres avec les acteurs clés suisses et internationaux: gouvernants, chercheurs, Prix Nobel, entrepreneurs, capitaines d’industrie, etc. 

Ce que j’ai retenu de l’édition 2018? Actuellement, tous les feux sont au vert concernant les perspectives économiques mondiales pour une période de dix-huit à vingt-quatre mois. A plus long terme en revanche, il convient de rester prudent car de nombreuses incertitudes persistent, avec des tensions géopolitiques, le Brexit et la sortie des politiques monétaires ultra-accommodantes; la digitalisation/numérisation prend une importance croissante dans l’économie; l’intelligence artificielle et la blockchain vont modifier à des degrés divers l’ensemble de l’industrie; enfin, il y a la prise de conscience de la nécessité pour l’Europe de prendre son destin en main face à la nouvelle doctrine en vigueur aux Etats-Unis (America First).»

Patrick Odier Associé senior, Lombard Odier

«Davos représente une occasion unique de s’interroger sur l’état du monde et sur les problématiques actuelles, qu’elles soient technologiques, environnementales ou sociétales. C’est également un environnement privilégié pour partager ses convictions avec des leaders et des décideurs et pour les fédérer autour d’une cause ou d’une solution. En annonçant son partenariat stratégique avec le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria, une année après celui initié avec le CICR ici même, Lombard Odier démontre qu’il est possible d’offrir aux investisseurs privés l’opportunité de s’engager pour relever certains des défis mondiaux les plus pressants. Un message que nous avons pu transmettre utilement à Davos avec certains de nos partenaires.  

Pour moi, Davos 2018 a été une édition marquée par un contenu politique important et des messages assez contrastés: un discours quelque peu convenu de Mme Merkel, décevant de la part de Theresa May, qui a évité d’aborder le sujet clé du Brexit, plus encourageant de la part d’un Emmanuel Macron réformateur, et enfin un discours très vendeur de la part de Donald Trump, qui aura surtout eu le mérite de ne pas avoir contribué à augmenter l’insécurité.

Cette édition aura également permis de mettre en lumière que le protectionnisme sous toutes ses formes progresse dans le monde, ce qui n’est pas une bonne nouvelle, surtout pour notre pays. Enfin, on a vu émerger une certaine méfiance face aux mutations technologiques. Nous devrons bien les analyser collectivement pour éviter le pire et certains dysfonctionnements possibles, tout en réalisant qu’elles créent également des opportunités et de nouveaux métiers.»

Blaise Goetschin CEO de la Banque Cantonale de Genève

«La rencontre annuelle de Davos représente d’abord la possibilité d’une formidable élévation de l’esprit sur les enjeux globaux de la planète. Elle constitue également une opportunité, probablement unique dans le calendrier annuel des rencontres internationales, de créer ou nourrir des contacts de grande qualité. A ce titre, elle participe à élargir la visibilité de la BCGE et de Genève.

Ce que j’ai retenu de l’édition 2018: la digitalisation incarne de plus en plus l’un des avantages compétitifs majeurs de la globalisation, les Etats-Unis et l’Asie étant très bien positionnés sur cette question. Si la Suisse dispose toujours d’une image très favorable auprès des entrepreneurs étrangers, le salut pour son économie se trouve dans le libre-échange qui doit être assuré bien au-delà du seul continent européen.»

Yves Flückiger Recteur de l’Université de Genève

«Ma présence à Davos m’a permis, tout d’abord, de rencontrer les présidents des meilleures universités du monde. En trois jours, j’ai pu ainsi discuter et parfois signer des accords de collaboration avec l’Université de Cape Town, de Tsinghua (le MIT chinois), de McGill (Montréal), de Nanyang Technological University (Singapour), Keio (Corée du Sud) ou l’Australian National University, pour ne citer que les principales rencontres. Bref, en trois jours, j’ai pu réaliser ce qui m’aurait pris trois mois si j’avais dû me déplacer aux quatre coins du monde pour rencontrer tous ces partenaires. 

De plus, lors de ces trois jours, l’Université de Genève a pu organiser deux tables rondes mettant en présence différents stakeholders (universités, Organisations internationales (OI), ONG, acteurs privés et représentants des autorités suisses et cantonales). Elle ont porté sur deux thèmes stratégiques pour notre université; la gouvernance de l’eau et le «Science-Policy Interface», plateforme qui va être lancée prochainement en partenariat avec le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) et qui a pour objectif de construire des ponts entre l’expertise scientifique de l’Université de Genève et de ses partenaires académiques et les OI/ONG pour apporter des solutions innovantes aux défis globaux que notre société doit affronter.

J’ai retenu trois leçons principales de ce WEF. Premièrement, la nécessité tout d’abord impérative de faire entrer la science dans le monde politique, à la fois pour combattre le populisme qui gagne du terrain dans le monde, mais aussi pour faire en sorte que les évidences scientifiques puissent mieux orienter les décisions politiques qui doivent être prises pour affronter les défis globaux. 

Deuxièmement, le besoin de travailler plus que jamais de manière transversale entre les institutions, les organisations et les communautés pour affronter la 4e révolution industrielle. Elle n’est pas seulement technologique.  

Enfin, l’impérative nécessité de donner du sens aux changements en cours pour que la société s’approprie ces changements et que la croissance soit réellement inclusive. Les universités ont un rôle crucial à jouer pour y parvenir.»

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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