Bilan

Prostitution: «Les prix sont à la baisse»

A Genève, l’augmentation du nombre de prostituées crée la pression. Même les agences d’escort girls sont à la peine. Interview de Frédéric Buchs, chef de section à la police judiciaire.
Frédéric Buchs craint un afflux massif de prostituées roumaines en 2016. Crédits: Lionel Flusin

En 2012 déjà, vous constatiez une forte augmentation de prostituées en raison de la libre circulation. Qu’en est-il aujourd’hui?

A fin 2012, 5200 femmes étaient enregistrées à Genève, dont 1060 nouvelles. Aujourd’hui, le cap des 6000 enregistrements a été franchi.

C’est beaucoup, mais il faut savoir que certaines étrangères ne demandent pas leur radiation du fichier lorsqu’elles quittent la Suisse Conséquence: nous ne sommes pas en mesure de savoir combien de femmes exactement sont en activité. Mais nous estimons qu’environ 800 femmes sont en service chaque jour.

Cette hausse n’a donc pas de fin?

Si, je crois que nous avons atteint le sommet de la parabole, car l’offre semble désormais dépasser la demande, avec pour conséquence des prix à la baisse dans certains secteurs.

C’est la prostitution de rue qui souffre le plus. Aux Pâquis et au boulevard Helvétique la concurrence est rude, et les filles peinent souvent à trouver un client. On peut y observer des passes à moins de 100 francs.

Dans le secteur du sexe, l’offre n’encourage donc pas la demande? Comme dans le secteur de la santé où davantage de médecins entraînent davantage de consultations, si vous me passez la comparaison?

Non, en effet. A Genève, la demande est stable depuis des années, répartie entre clients locaux et étrangers. On constate certains pics périodiques dus à des circonstances diverses.

Les agences d’escort girls s’en tirent-elles mieux?

Pas vraiment. En 2012, Genève comptait 42 agences, il y en a aujourd’hui 45. Ce qui représente environ 360 filles. Mais peu d’agences marchent bien, essentiellement en raison de la concurrence et des prix pratiqués par les salons de massage.

Si, dans le haut de gamme, les prix ne baissent pas (c’est toujours entre 800 francs et 1200 francs de l’heure et entre 2000 francs et 4000 francs la nuit), les filles travaillent sans doute moins.

Il y a aussi des escorts indépendantes, généralement plus enclines à négocier les prix à la baisse. Car ces dernières ont moins de charges qu’une agence, comme la publicité et la gestion de sites internet.

Vous parlez de la concurrence des salons, au nombre de 129 à Genève. Cassent-ils leurs prix?

En regard de la loi, les patrons n’ont absolument pas le droit d’imposer un prix et un type de prestations. Généralement, le prix est fixé d’un commun accord entre la prostituée et le patron, prix sur lequel il perçoit 30% ou 40%.

La prostituée est une indépendante et, à ce titre, elle doit pouvoir travailler sans aucune contrainte et fixer les pratiques qu’elle est prête à consentir. Néanmoins, nous constatons une tendance à la baisse des prix dans certains salons des Pâquis notamment.

Les filles qui ne gagnent plus assez en salon ont-elles tendance à racoler dans les hôtels?

Certaines le font, mais pas plus qu’avant. Dans les hôtels, le tarif pour une prestation sexuelle commence à 300 francs minimum de l’heure. Nous sommes donc entre les prix pratiqués dans les salons et ceux pratiqués dans les agences. La grande différence réside toutefois dans l’imprévisibilité d’y trouver un client.

Les hôtels auxquels cela déplaît font appel à la brigade des mœurs pour des contrôles réguliers. Mais, en général, les filles sont en règle, exception faite des artistes de cabaret qui y font des «afters» quand elles ne trouvent pas de clients dans leur boîte pour les emmener. En effet, il est interdit aux cabarets de tolérer la prostitution.

De quels pays les nouvelles venues proviennent-elles?

Après l’afflux des Hongroises, qui s’est tassé cette année (+2% d’enregistrements comparés à l’année précédente), et des Françaises en recul de 25%, on a vu arriver les Espagnoles (+24%). Mais il faut préciser qu’environ 90% d’entre elles sont des Sud-Américaines naturalisées.

Qui seront les suivantes?

Les Roumaines, et ce sera un gros défi. Nous craignons un afflux massif en 2016, date à laquelle la Roumanie fera partie intégrante des accords sur la libre circulation des personnes en Suisse.

Au même titre que les ressortissants des autres pays de l’Union européenne, les Roumains bénéficieront alors de toutes les facilités pour obtenir des autorisations de travail en Suisse. On pourrait alors observer un afflux de prostituées et l’ouverture de nouveaux salons. Avec, comme corollaire, une chute des prix.  

Laure Lugon

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