Bilan

Prix: Les chiffres cachés de l’inflation

Les consommateurs ont le sentiment d’être floués: l’indice des prix à la consommation ne reflète pas leur réalité quotidienne. L’inflation est-elle fiable? C’est tout l’enjeu de l’équation qui se pose aux acteurs économiques et monétaires.
Crédits: Gaetan Bally/Keystone

Ce que reflète vraiment l’indice des prix 

L’inflation a-t-elle disparu? 

Où est donc passée l’inflation? La question hante les économistes et les banquiers centraux. Ils parlent d’une énigme ou plutôt d’un «mystère», comme Janet Yellen qui vient de transmettre la présidence de la Réserve fédérale américaine à son successeur Jerome Powell. Au cours de ces dix dernières années, l’inflation s’est élevée en moyenne annuelle à 1,7% aux Etats-Unis et à 1,4% dans la zone euro. En Suisse, elle est même restée nulle. Malgré le retour de la croissance et le recul du chômage, les indices des prix à la consommation ne remontent que faiblement dans la plupart des pays riches: ils restent sous l’objectif de 2% fixé par les instituts d’émission.

Plusieurs hypothèses circulent pour expliquer cette situation. D’abord, le lien historique démontré par l’économiste Alan Phillips entre emploi et inflation a, semble-t-il, disparu. Selon sa célèbre courbe, le plein emploi entraîne une hausse des salaires, laquelle est ensuite répercutée par les employeurs sur le prix de vente de leur production. Ce qui favorise l’inflation. Si ce n’est pas le cas aujourd’hui, c’est probablement parce que les chiffres du chômage – dont les données officielles sous-estiment l’ampleur – ne reflètent plus la réalité du marché du travail.

Celui-ci est désormais caractérisé par une baisse du taux d’activité (soit la proportion des personnes qui disposent d’un emploi parmi celles en âge de travailler), une progression du travail à temps partiel, des contrats à durée déterminée et une hausse des services à la personne mal rémunérés. Dans ce contexte, les salaires ont tendance à stagner, d’autant que la force mobilisatrice des syndicats s’est réduite. 

Ensuite, on parle aux Etats-Unis de l’«effet Amazon». La puissance du géant du commerce en ligne pousse les détaillants à se livrer à une rude bataille pour conserver leurs clients. Ce qui les contraint à baisser le prix d’un nombre toujours plus élevé de produits. A ces explications, il faut encore ajouter celles liées à la mondialisation de l’économie et à la présence accrue de la Chine sur les marchés. Au final, les entreprises ne parviendraient plus à augmenter les prix sous peine de perdre des parts de marché. 

Pour certains économistes, l’inflation serait même surestimée. Leur analyse se fonde sur l’essor du numérique avec l’arrivée de concurrents qui font de l’ombre aux entreprises traditionnelles ainsi que sur le progrès technologique. Or, l’innovation qui accroît la pression sur les prix n’aurait pas été suffisamment intégrée dans les indices. En France, l’économiste Philippe Aghion affirme que le renchérissement a été surévalué de +0,6% par an entre 2006 et 2013. En Suisse, la Banque nationale suisse (BNS) reconnaît également que l’amélioration de la qualité des biens et des services n’est pas complètement prise en compte dans le calcul de l’IPC: ce qui contribue à ce que «l’inflation mesurée soit tendanciellement un peu plus élevée qu’elle ne l’est effectivement». 

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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