Bilan

Presque un ménage sur dix peine à boucler ses fins de mois

Selon l'Union syndicale suisse, 9% des foyers auraient du mal à s'en sortir une fois déduits les impôts, les primes et les loyers. La Suisse est aussi en tête des statistiques européennes en matière de stress lié au travail.

A cause d'une politique fiscale favorable aux classes supérieures, les hausses de salaire obtenues par les syndicats pour les bas et moyens revenus ont été pour une grande part réduites à néant, souligne l'USS.

Crédits: Keystone

La Suisse n'a jamais été aussi riche qu'aujourd'hui. Pourtant, de nombreuses personnes ont de la peine à joindre les deux bouts, selon l'Union syndicale suisse (USS), qui a présenté mardi à Berne une analyse de la situation des personnes actives en Suisse. Quelque 9% des ménages auraient des difficultés à boucler les fins de mois.

Ces vingt dernières années, les gros salaires, les actionnaires et les employeurs se sont réservés une part toujours plus grande d'une prospérité en hausse. Par contre, nombre de personnes actives sont pratiquement restées les mains vides, dénonce l'USS. De plus, elles souffrent de toujours plus d'insécurité et de stress.

A la différence de beaucoup d'autres pays, la problématique des bas salaires ne s'est pas accentuée en Suisse, constate l'USS. Dans d'autres domaines, comme la charge de travail, la fiscalité et l'imposition ou le chômage caché, la Suisse est en revanche tout sauf un paradis.

Les rémunérations des cadres surtout ont augmenté alors que la majorité des salariés à bas ou moyens revenus ont fait du surplace. Depuis les années 80, le nombre de "salariés millionnaires" a passé de 200 à plus de 2500. Par contre, toute personne même titulaire d'un apprentissage ne dispose de guère plus d'argent aujourd'hui qu'il y a dix ans, une fois déduit le renchérissement. Et l'égalité de salaire entre femmes et hommes est encore loin.

A cause d'une politique fiscale favorable aux classes supérieures, les hausses de salaire obtenues par les syndicats pour les bas et moyens revenus ont été pour une grande part réduites à néant. Ces catégories supportent aujourd'hui une charge plus lourde qu'il y a dix ans.

PRÉCARITÉ ET CHÔMAGE CACHÉ

Le plus gros problème est la hausse des primes d'assurance maladie. Les cantons et la Confédération n'ont pas adapté les réductions des primes ces dernières années. En lieu et place, les cantons ont baissé leurs impôts sur le revenu et la fortune, de même que sur le bénéfice des entreprises.

En fin de compte, une fois déduits les impôts, les primes et les loyers, nombre de ménages ont à peine plus d'argent pour vivre qu'en 2002. Pour la riche Suisse, c'est une "honte", estime l'USS, qui délivre un certificat d'indigence aux décideurs politiques du pays. Selon l'USS, 9% des ménages en Suisse ont des difficultés à boucler les fins de mois avec leur revenu.

En outre, beaucoup se font du souci pour leur emploi. Ce sont les hommes actifs de plus de 50 ans qui craignent le plus de perdre leur travail. Quant au taux de chômage, il n'est pas de 3,2% comme déclaré officiellement, mais de 4,7%. Au total, 230'000 personnes sont sans travail, compte tenu de celles qui ne sont pas enregistrées auprès des offices régionaux de placement.

Avec 5%, l'Allemagne et l'Autriche ont des taux à peine supérieurs. Les Länder voisins du Bade-Wurtemberg et la Bavière font même mieux que la Suisse, avec un taux de chômage à 4%.

La Suisse fait particulièrement piètre figure pour le travail à temps partiel involontaire: 300'000 personnes voudraient travailler davantage, selon l'USS.

EN TÊTE DES TRAVAILLEURS EUROPÉENS

Les syndicats qualifient la charge de travail d'"effrayante" en Suisse. Les cadences et la pression des délais sont élevées, aucun autre pays européen ne connaît une semaine de travail de presque 43 heures.

Près d'un tiers des personnes actives sont souvent ou très souvent stressées. Par conséquent, beaucoup connaissent des problèmes de santé ou des troubles du sommeil. Là aussi, la Suisse est en tête des statistiques européennes.

Face à ces constats, la Suisse a clairement besoin d'un "tournant dans sa politique économique", estime le président de l'USS Paul Rechsteiner. Les syndicats visent à court terme davantage de justice par le biais des conventions collectives de travail (CCT), dont le nombre doit être augmenté et le champ d'application étendu.

Pour atteindre une fois pour toute l'égalité des salaires entre hommes et femmes, des contrôles doivent être effectués, avec un organe doté de compétences ad hoc.

Les accords bilatéraux doivent être préservés. Les syndicats combattront toute nouvelle discrimination induite par l'encouragement des permis de courte durée ou même la réintroduction d'un statut de saisonnier. Lors de son congrès de jeudi et vendredi à Berne, l'USS adoptera des revendications en ce sens.

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