Bilan

Préserver le savoir-faire horloger suisse avec l'Unesco

La Suisse dépose fin mars son dossier pour inscrire les savoir-faire en mécanique horlogère et mécanique d’art de l’Arc jurassien au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Les instigateurs du projet espèrent une prise de conscience.

L'expertise locale doit être préservée, selon les acteurs du domaine.

Crédits: ©Ville de La Chaux-de-Fonds, A. Henchoz

Après la Fête des Vignerons, le Carnaval de Bâle ou encore la Gestion du danger d’avalanche, la Suisse réclame une nouvelle inscription au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Les savoir-faire en mécanique horlogère et mécanique d’art, tant au niveau des horloges que des automates, doit être protégé selon la Confédération. Si l’Office fédéral de la culture se charge de déposer le dossier auprès de l’UNESCO, une douzaine de rédacteurs l’ont rédigé.

Les acteurs se réunissent

Plusieurs personnes ont œuvré pour recenser le savoir-faire horloger. Le dossier demandé par l’UNESCO est complet: «il contient un formulaire détaillé demandant de démontrer que l’élément présenté est bien un patrimoine culturel immatériel, que des mesures de sauvegarde sont prises et prévues, et que les porteurs sont à la base de la démarche. Un film et une sélection d’images complètent cette présentation.» indique Julien Vuilleumier, de l’Office fédéral de la culture.

«Les buts sont la valorisation et la perpétuation de ces compétences» explique Régis Huguenin-Dumittan, conservateur au Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds. En d’autres termes, le dossier n’est pas un mode d’emploi sur la manière dont les artisans d’excellence travaillent. «Il s’agit d’un cas compliqué car il y a également les automates et les boîtes à musique» ajoute Michel Bourreau, qui travaille au sein de la maison Parmigiani. Le Français avoue s’être pris d’affection pour la région - et Fleurier en particulier. Il y vit depuis qu’il est venu en Suisse il y a cinq ans. «Cela pouvait être utile d’avoir un regard un peu extérieur» annonce-t-il.

Un nouveau label ?

Régis Huguenin-Dumittan est formel: «Cette inscription n’est pas à utiliser dans une perspective économique». L’UNESCO prend garde à l’appropriation des marques, et sanctionne tout abus de référence. «Cela n’a pas du tout un but publicitaire» souligne Michel Bourreau, avant de nuancer: «si l’on fait visiter une manufacture aux clients, on peut y faire référence. Mais ce n’est pas un argument à part entière». L’Office fédéral de la culture confirme. «Il est évident qu’une inscription peut avoir des répercussions positives en termes économiques. Sur le plan touristique cela semble évident, mais on peut aussi relever, dans le cas de la Gestion du danger d’avalanche par exemple, que le fait de valoriser et assurer la transmission de l’efficacité d’un savoir-faire ancestral va avoir des retombées économiques positives.»

Au final, ce qui intéresse réellement les acteurs de ce dossier est le fait d’avoir réuni et échangé autour de connaissances à inventorier, archiver et transmettre. «Aujourd’hui, les acteurs essentiels de l’horlogerie sont les grandes entreprises, qui sont connues dans le monde entier. Il existe une symbiose entre l’industrie et l’artisanat, cet équilibre est aussi à préserver» note Michel Bourreau. Il estime que les petites séries sont davantage propices à l’appel d’artisans. Même si le métier et l’expertise sont en constante évolution, l’inscription au patrimoine convient parfaitement. «Il s’agit de patrimoine vivant» insiste Régis Huguenin-Dumittan. Inscrire ce même patrimoine à l’UNESCO est un signal pour les politiques et citoyens. «Il s’agit d’une incitation et d’une prise de conscience» précise Michel Bourreau.

La création du dossier a d’ailleurs entraîné des rencontres entre les acteurs du monde de l’horlogerie. Ceux qui veulent préserver le savoir-faire de l’Arc jurassien cherchent à le recenser au-delà de cette inscription à l’UNESCO. Quant au partage de secrets d’artisans… «il existe un turnover élevé dans les manufactures, et donc des savoir-faire qui se baladent» affirme le Français.

De belles perspectives

Une inscription non-monétisable, mais qui incite à la préservation d’un patrimoine est donc en vue. Les notions de visibilité et d’archivage sont souvent énoncées au sein de ceux qui ont rédigé le dossier. L’inscription de la Fête des Vignerons ou encore de la Gestion du danger en cas d’avalanche sont deux exemples qui ont porté leurs fruits selon Julien Vuilleumier. «Au-delà de la visibilité internationale, les inscriptions ont chaque fois créé une dynamique qui a fédéré les acteurs et permis de faire prendre conscience, également localement, de l’importance du patrimoine immatériel concerné. Cela a aussi suscité des mesures pour le faire évoluer.» Reste à voir comment les «Savoir-faire en mécanique horlogère et mécanique d’art» vont perdurer.

Le délai de dépôt du dossier est fixé au 31 mars.

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Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

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Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

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