Bilan

Poutine et Erdogan scellent la «paix des gazoducs»

Il y a des retournements d’alliance qui valent leur pesant d’or noir. A Istanbul, le président Erdogan a reçu Vladimir Poutine pour signer un accord portant sur la construction d’un gazoduc qui doit acheminer du gaz russe sous la Mer noire.

Au 23e Congrès mondial de l’énergie à Istanbul, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan (au centre de la photo) se sont retrouvés sur la même longueur d'onde.

Ils étaient prêts à s’écharper en novembre dernier après la destruction par l'aviation turque d'un bombardier russe survolant très brièvement la frontière syro-turque. Tout est oublié avec ce renversement d’alliance entre une Turquie qui accueille toujours des bases de l’OTAN et une Russie en froid sibérien avec Washington et Bruxelles.

L’accord pour la construction du gazoduc Turkish Stream porte sur deux lignes de gazoduc de 15 milliards de m3 annuels chacune. Un autre projet énergétique majeur, d’une valeur de 20 milliards de francs, concerne l’édification par le géant russe du nucléaire civil Rosatom, de la première centrale nucléaire de Turquie à Akkuyu, dans la région de Mersin. Ankara souhaite que «10% de la production électricité provienne de source nucléaire», a précisé Recep Tayyip Erdogan.

Au 23e Congrès mondial de l’énergie qui se tient du 9 au 14 octobre au cœur d’Istanbul, les deux dirigeants ont scellé leur réconciliation en présence de deux autres chefs d’Etats, le président azéri Aliyev, venu en voisin de Bakou, et le président vénézuélien Nicolas Maduro: «Comme la Russie, le Venezuela doit diversifier ses revenus et ne pas dépendre que du pétrole», a déclaré le chef d’un Etat en complète déroute économique.

Vladmiri Poutine a félicité la Turquie pour avoir résisté au coup d’Etat du 15 juillet dernier. La rumeur veut que ce sont les services secrets russes qui ont averti le président turc alors qu’il se trouvait en vacances... Recep Tayyip Erdogan a évoqué le drame qui se joue en Syrie, mais éludé le sujet qui fâche, le sort de Bachar Al-Assad, que Moscou veut conserver à Damas, tandis qu’Ankara réclame son départ: «Moscou et Ankara sont toutes deux en faveur d'une fin rapide de cette effusion de sang en Syrie», a noté Vladimir Poutine.

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«Istanbul est un pont entre l’Europe et l’Asie, mais il ne faut pas oublier l’Afrique», a plaidé le président Erdogan qui pense être mieux placé que d’autres nations, «n’ayant pas de passé colonial». Oubliée aussi l’accusation de Moscou qui voyait les Erdogan directement impliqués dans un trafic de pétrole avec Daesh. Au côté de son beau-père et du président Poutine, Berat Albayarrk, le gendre du président et nouveau ministre de l'Energie, a aussi salué la signature du nouvel accord gazier.

Par la bouche d’un Poutine très applaudi, la Russie – pays non-membre du cartel - s’est dit prête à se joindre aux mesures de l'OPEP pour limiter la production» de pétrole: «Un gel ou une réduction de la production de pétrole est le seul moyen pour préserver la stabilité du secteur de l'énergie et accélérer le rééquilibrage du marché».

Les modalités de mise de cet accord seront discutées lors du prochain sommet de l'OPEP à Vienne, le 30 novembre. Le ministre saoudien de l'Energie Khaled al-Faleh avait estimé plus tôt qu'un baril de brut à 60 dollars était envisageable d'ici à la fin de l'année, tout en avertissant contre une baisse trop brutale de la production.

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Olivier Grivat

JOURNALISTE

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Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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