Bilan

Pourquoi le PS rate toutes ses initiatives

Le refus à 71% de l’initiative sur les successions du 14 juin est le dernier d’une longue série d’échecs de la gauche en votations, alors même que leur organisation coûte cher.

Campagne pour l’initiative «Imposer les successions pour financer l’AVS».

Crédits: Lukas Lehmann/Keystone

Mémoire vivante du Parlement, John Clerc a été attaché à son secrétariat général de 1972 à 2006. Après l’échec de l’initiative «Imposer les successions pour financer l’AVS» (14 juin 2015, non à 71%), son regard rétrospectif se révèle instructif: «Le pire score enregistré par le Parti socialiste pour une initiative sur les questions économiques remonte à 1922. L’objet «Prélèvement d’un impôt unique sur la fortune» avait été refusé à 87%».  

Le Fribourgeois reprend: «En politique économique, les projets soutenus par les socialistes échouent invariablement en votation populaire.» Cela a été le cas ces dernières années pour les initiatives «Abolition des forfaits fiscaux» (8 mars 2015, non à 59,2%), «Pour des salaires minimums» (18 mai 2014, non à 76,3%) et «1:12 – Pour des salaires équitables» (24 novembre 2013, non à 65,3%).

«La population privilégie avant tout le développement économique. Si le citoyen a l’impression qu’une mesure de redistribution va pénaliser l’économie, il s’y oppose. Le peuple suisse vote comme un ménage. Si on lui propose moins d’heures de travail ou davantage de vacances, le souverain pense d’abord à ce que cela va coûter et aux moyens de financement, décrypte Georg Lutz, professeur à l’Université de Lausanne. C’est d’ailleurs tout l’enjeu dans les campagnes. Face à un projet de gauche en faveur de davantage d’équité, la droite gagne dès qu’elle parvient à démontrer que le projet nuirait aux entreprises et à l’emploi.»

Vice-présidente du PS, Géraldine Savary pointe: «Les initiatives touchant à la fiscalité lancées par la droite ont aussi échoué, ces dix dernières années. C’est le cas de l’épargne logement, soutenue par le PLR en 2012, l’initiative sur les familles de l’UDC, en 2013, et celle pour des allocations familiales du PDC, en 2015.» 

Outil de campagne

Reste qu’une votation sur une initiative, cela représente pas mal de frais pour la collectivité. L’organisation d’un scrutin fédéral portant sur trois objets est estimée à quelque 7,5 millions de francs. La seule impression de la brochure explicative est facturée entre 480 000 et 600 000 francs.

Pourquoi continuer à lancer des initiatives économiques de gauche alors que l’expérience montre que leur échec est programmé? «C’est un outil qui permet de faire campagne auprès de la population. En période d’élections fédérales, il y a toujours une recrudescence d’initiatives, toutes couleurs politiques confondues», indique Georg Lutz.

Géraldine Savary confirme: «Ces initiatives nous ont été très utiles, car elles nous ont permis de décliner notre thématique «Pour tous, sans privilège», lors de la campagne pour les élections fédérales de 2011. Nous partons pour les élections de 2015 avec le même slogan.» Si le PS n’a pas de nouveau projet immédiat d’initiative, il soutient celui de l’Union syndicale suisse «Pour une AVS forte» qui propose une hausse de 10% des rentes AVS.

«Les initiatives de la gauche ont le mérite de faire avancer la société, argumente John Clerc. Le système des trois piliers de prévoyance adopté en 1972 résulte de la conciliation entre différents projets, dont l’un émanait du Parti du travail.» Géraldine Savary relève: «La perspective de la votation sur le salaire minimum a conduit différentes compagnies à augmenter leurs collaborateurs les moins bien payés.» Idem pour les seuils des forfaits fiscaux.

La conseillère vaudoise aux Etats souligne le rôle fédérateur du PS: «Sans notre soutien, l’initiative Minder n’aurait pas passé. Lorsqu’une cause nous paraît légitime, nous nous engageons. L’initiative sur les successions n’a pas été lancée par les socialistes mais par le Parti évangélique. Quant au projet sur les salaires minimums, il provenait des syndicats.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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