Bilan

Pourquoi l'initiative AVSplus fait fausse route

L’augmentation de 0.8% de prélèvements sur les salaires prévue pour financer AVS+ pourrait progressivement ne plus répondre au vieillissement de la population. La Suisse passera dès 2025 à moins de 3 actifs pour un retraité.

L’Office fédéral des assurances sociales attend un déficit de l’AVS de huit milliards en 2030, sans compter l’éventualité d’AVS+.

0.4% de cotisations employeurs, autant côté employés. En cas de succès de l’initiative, le financement d’AVS+ portera sur les salaires. Un prélèvement annuel de 3 à 4 milliards de francs, qui permettra de couvrir à l’heure actuelle la hausse envisagée de 10% de l’AVS.

Un financement difficilement tenable

Toutefois, pour Giuliano Bonoli, professeur de politique sociale à l’Université de Lausanne, la solution pourrait n’être que provisoire. «La Suisse fait face à un vieillissement démographique marqué qui rend difficile l’augmentation de la retraite de base pour tous. Certes les salaires augmentent plus vite que les pensions, mais cela ne suffira pas à compenser la baisse marquée du rapport cotisants-retraités.»

Comprendre en une minute: Les enjeux de l'initiative "AVSplus"

Encore 4 actifs pour un rentier dans les années 50, le ratio atteindrait 3 en 2025 et 2 en 2060, selon l’OFS. L’Office fédéral des assurances sociales attend ainsi un déficit de l’AVS de huit milliards en 2030, sans compter l’éventualité d’AVS+.

AVS+ semble donc s’inscrire à contre-courant dans le contexte démographique actuel, comme le relève Giuliano Bonoli. «Partout en Europe, des réformes radicales ont vu le jour pour faire face au vieillissement. Maintenir le niveau des retraites est aujourd’hui l’objectif principal, et garder ce que l’on a est déjà satisfaisant.»

Pour répondre au déficit de l’AVS, Prévoyance 2020, présenté par le Conseil fédéral et discuté dans les deux chambres prévoit une hausse de la TVA qui pourrait atteindre 1 point. Menacé par l’alternative AVS+, le plan s’attaque également à la diminution des rendements attendus du deuxième pilier, qui serait compensée par une hausse des cotisations LPP.

« Le passage du taux de conversion de 6.8% à 6% paraît inévitable, 6% restant même un niveau assez élevé compte-tenu de la baisse des rendements du capital, estime Giuliano Bonoli. Prévoyance 2020, dans sa version initiale permet par la baisse des déductions de coordination de ne pas allonger la durée de cotisation sur une vie».

Prévoyance 2020 menacée par le jeu parlementaire

La question est d’autant plus sensible que près de 60% des Suisses déclarent s’opposer à une hausse de l’âge du départ à la retraite. Or, la commission de la sécurité sociale du Conseil national s’est prononcée en août par 13 voix contre 12 pour un mécanisme qui le ferait augmenter automatiquement de deux ans maximum en cas de déficit du fonds AVS.

Un jeu dangereux selon Giuliano Bonoli:  «On n’a pas aujourd’hui nécessité de quitter plus tard le monde du travail. Réformer un système à deux piliers est une tâche complexe, et certains parlementaires adoptent des postures politiciennes dans le cadre du débat sur Prévoyance 2020. Le plan tel que présenté par le Conseil fédéral respecte un équilibre précis. Toute modification importante amènerait à revoir l’ensemble de la mécanique.»

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

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Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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