Bilan

Pourquoi Edward Snowden devrait rester à Moscou

L’exemple de George Blake devrait être suivi par l’informaticien américain : réfugié à Moscou en 1966, l’ex-agent britannique n’a pas été livré après la chute de l’URSS, malgré l’insistance de Londres.
  • L'ex-consultant de la National Security Agency (NSA) Edward Snowden sera-t-il livré aux Etats-Unis? Crédits: AFP
  • En 1991, Londres exigea de Moscou la livraison de George Blake, cet ex-agent du MI5 qui avait livré aux soviétiques les noms de quelque 400 agents britanniques. La Russie refusa. Crédits: AFP

Tout en refusant d'extrader Edouard Snowden, le président russe Poutine a encouragé l'ex-agent américain à se trouver un asile ailleurs. Mais, à part la Russie, on ne voit guère où Edward Snowden pourrait trouver un asile sûr.

L’Equateur ? Un pays bien sympathique mais dont le régime, pour l’instant favorable à l’ex-agent américain, peut à tout moment changer pour se rapprocher des Etats-Unis au besoin, en sacrifiant Snowden. Cuba ? Un régime à bout de souffle qui peut basculer presque d’un jour à l’autre. Le Venezuela ? La majorité de Maduro, le successeur de Chavez n’y tient qu’à un fil. Restent la Corée du Nord, un régime qui paraît stable, mais pour combien de temps. Une remarque qui s’applique aussi à l’Iran, pour citer les rares pays peu susceptibles de livrer Snowden aux Etats-Unis. C'est sans parler de la difficulté d'y vivre, mais cela est une autre histoire.

Tout compte fait, la Russie est la meilleure option où la qualité de vie est au moins acceptable et où la continuité d’Etat et le sens de l’honneur national l’emportent sur toute autre considération, comme l’ont montré divers précédents, notamment celui de George Blake.

Un archi-traître pour les Anglais

Né George Behar en 1922, d’un père juif ottoman naturalisé britannique et d’une mère protestante néerlandaise, George Blake est qualifié d’archi-traître par les Anglais qui ne lui ont jamais pardonné sa défection. Dès les années 1955-1956, cet ex-agent du MI5 a livré aux soviétiques les noms de quelque 400 agents britanniques dans les pays de l’Est européen. Arrêté en 1959, il allait être condamné à 42 ans de prison, à purger dans le pénitentier londonien de Wormwood Scrubs. En 1966, il s’évadait avec l’aide d’un délinquant irlandais, Sean Bourke, et de deux pacifistes britanniques, Michael Randle et Pat Pottle qui publièrent en 1989 l’histoire de la fuite en URSS de George Blake.

En octobre 1991, quelques semaines donc après le coup d’Etat manqué des derniers loyalistes communistes et la prise de pouvoir par Eltsine, Londres exigea de Moscou la livraison de Blake qui fut refusée. Le 11 novembre 2012, à l’occasion de son 90e anniversaire, George Blake a été décoré par Vladimir Poutine qui a salué son courage.

Fidélité russe

Ce n’est pas le seul exemple qui démontre la fiabilité de l’asile russe. D’une certaine manière, le cas d’Edward Lee Howard est plus parlant encore, car il passe pour le premier agent de la CIA, un Américain donc, à avoir fait défection. En septembre 1985, Howard s’enfuyait de l’Amérique pour se retrouver finalement en Russie. Lui non plus n’a pas été livré aux Occidentaux, les Américains en l’occurrence, même si les services rendus à Moscou étaient minces, car Howard n’avait pas eu le temps de transmettre beaucoup de choses au KGB avant de prendre la fuite. Howard mourut dans sa datcha de Moscou en 2002, semble-t-il des suites d’une mauvaise chute.

En  1993, le livre de Craig R. Whitney, Spy Trader, a mis en évidence le rôle de Wolfgang Vogel, un avocat est-allemand, très impliqué dans les échanges d’agents qui marquèrent la guerre froide. On y lit en filigrane la fidélité de Moscou à ses agents qui n’étaient jamais abandonnés dans leur prison américaine et que le KGB se faisait un point d’honneur de ramener à la maison coûte que coûte.

En politique internationale également, le soutien jusqu’à présent indéfectible de la Russie à ses alliés alaouites de Syrie, qui se battent le dos au mur presque contre le monde entier, montre que Moscou reste fidèle à sa ligne de conduite qui est de s'afficher comme l’ami des bons et mauvais jours. Dans un tout autre registre, Gérard Depardieu ne dira pas le contraire...

 

 

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