Bilan

Pour les Suisses, l'Etat doit moins se mêler des hauts salaires

Dans une étude du cabinet de conseil hkp, 42% seulement des personnes interrogées estiment que l'Etat doit fixer les règles pour les salaires des patrons, contre 64% en 2010.

Les sondés se sont aussi exprimés pour la première fois sur le rôle des conseils d'administration en matière de bonifications "justes". Pour trois sondés sur cinq, les organes de surveillance assument trop peu de responsabilités.

Crédits: Keystone

Après deux votations clés, l'intérêt des Suisses pour les rémunérations des dirigeants d'entreprise reste vif, selon la dernière enquête du cabinet de conseil Hostettler kramasch partner (hkp). Ils sont, toutefois, toujours moins nombreux à souhaiter que l'Etat s'en mêle.

Désormais, seules 42% des personnes sondées estiment que l'Etat doit fixer les règles pour les salaires des patrons, contre 47% en 2013 et 64% lors du premier sondage réalisé en 2010, ont indiqué les experts de hkp mercredi à Zurich. Pour la cinquième année consécutive, plus de 1000 personnes à travers le pays ont été interrogées.

La réglementation des hauts salaires préoccupe encore 54% des répondants, après 60% voici cinq ans, et ce malgré l'indifférence des jeunes. Moins émotionnel, le thème reste davantage d'actualité en Suisse romande, où 68% déclarent s'en soucier, contre 50% outre-Sarine.

Depuis la dernière enquête, l'ordonnance d'application de l'initiative Minder contre les salaires abusifs (ORAb) est entrée en vigueur en janvier. Et le 24 novembre, le texte "1:12 - pour des salaires équitables" visant à empêcher que, dans une même entreprise, un employé gagne moins en un an que son patron en un mois, avait été rejeté par 65,3% des voix.

FOSSÉ CULTUREL

La demande d'intervention de l'Etat se fait donc moins pressante, constate Stephan Hostettler, partenaire chez hkp. Pour 52% des sondés, les politiques ont fixé assez de limites et les actionnaires doivent rester libres de décider du montant de l'enveloppe des dirigeants, analyse-t-il.

Cependant, l'an passé, un participant sur deux faisait confiance au texte de Minder pour rendre les systèmes salariaux plus équitables. Douze mois plus tard, un certain désenchantement règne, constate M. Hostettler. En effet, ils ne sont plus que 42% à y croire.

Le sondage révèle là encore un fossé culturel. Les Romands sont seulement 43% à soutenir l'arbitrage des actionnaires en matière de rémunérations (54% en Suisse alémanique) mais 56% à miser sur l'efficacité de l'initiative Minder (38%).

DÉFICIT DE CONFIANCE

Dans la foulée de l'ORAb, les sondés se sont exprimés pour la première fois sur le rôle des conseils d'administration en matière de bonifications "justes". Pour trois sondés sur cinq, les organes de surveillance assument trop peu de responsabilités. Les plus sceptiques reprochent le conflit d'intérêts, le manque d'indépendance, de motivation, voire de compétence.

D'un côté, ils veulent moins d'intervention étatique, de l'autre, ils doutent des administrateurs. "La population est déçue et réalise que l'Etat n'est pas la solution", concluent les experts de hkp. Ils interprètent cette contradiction comme un "appel clair au secteur privé à assumer ses responsabilités".

PAS DE CONSENSUS

Si la majorité des personnes interrogées approuvent un plafonnement des salaires, le soutien décline (70% contre 75% un an plus tôt). Pour M. Hostettler, l'Etat ne doit pas pour autant régir une telle limite. "La population attend des entreprises une autorégulation responsable", estime-t-il.

Mais lorsqu'il s'agit de définir un plafonnement, impossible de dégager un consensus, observe à nouveau hkp. La large fourchette évoquée oscille entre 10'000 et 20 millions de francs. Le "seuil de tolérance" le plus cité, reste, lui, autour d'un million de francs.

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