Bilan

Pour le TCS, «agir par le prix est une approche antisociale»

Président central du TCS, Peter Goetschi défend le libre choix du moyen de transport, tout en promouvant la complémentarité des moyens de transport.

Peter Goetschi s’oppose à la tarification de la mobilité, qui «toucherait principalement ceux qui ont le moins de marge de manœuvre en termes d’horaires de travail.»

Crédits: PHOTO: Marco Zanoni/Lunax

Le TCS (Touring Club Suisse) est une véritable institution. L’assistance routière, la prévention des accidents, l’assurance voyage, les centres techniques, les terrains de camping, etc., cette organisation à but non lucratif multiplie les prestations. Aujourd’hui, elle dépanne même les cyclistes. Le TCS, c’est aussi un lobbyiste qui veut peser sur les décisions politiques. A la fin août, il tiendra sa 125e assemblée générale annuelle. Son président central, le Fribourgeois Peter Goetschi, s’exprime sur les attentes des membres en matière de mobilité.

Alors que le parc de voitures a augmenté de 31% au cours des vingt dernières années, le nombre de vos sociétaires est plus bas qu’au début du nouveau millénaire. Pourquoi le TCS ne séduit-il plus les Suisses?

Peter Goetschi: Avec 1,5 million de membres, le TCS est le plus grand club de mobilité de Suisse et le 4e plus grand en Europe. Et après une phase de stabilisation, nous sommes, depuis 2019, de nouveau en train de grandir. Ces chiffres montrent que le TCS séduit toujours!

Les dirigeants qui vous ont précédé visaient 2 millions de membres en 2020. Pourquoi n’y êtes-vous pas parvenu?

Avec la réorganisation de 2012, dont l’objectif principal était l’intégration de nos sections dans le processus décisionnel, nous nous sommes dotés des bases pour exploiter au mieux notre structure fédéraliste, qui nous permet d’être présents et fortement ancrés dans toute la Suisse. Grâce à cette structure, nous sommes proches de nos membres et nous pouvons décliner notre engagement au niveau de nos prestations et produits, mais aussi en ce qui concerne la sécurité routière et la politique, au niveau national, régional et local. Cette consolidation constituait la base pour assurer la pérennité du TCS et était donc prioritaire. Sur cette base solide, nous sommes depuis deux ans en phase de croissance et nous nous en réjouissons. Et nous continuons nos efforts pour convaincre encore plus de personnes d’adhérer à notre association, mais tout simplement par palier et de façon durable, en lieu et place d’effets d’annonce. Une récente étude au sujet de la réputation des entreprises en Suisse semble nous donner raison. Elle nous situe en effet à la 3e place des entreprises suisses les plus réputées. Cela nous réjouit évidemment, au moment où nous fêtons notre 125e anniversaire.

Défendre l’automobiliste comme vous l’avez fait pendant des décennies ne suffit plus...

Le TCS existe depuis 125 ans. La mobilité a énormément changé durant ce temps et le TCS a toujours su adapter ses prestations et son engagement aux attentes de ses adhérents. C’est ainsi que nos membres réclamaient des routes carrossables à Genève en 1896 pour mieux circuler à vélo. Ensuite, l’automobile a pris de l’ampleur après la Seconde Guerre mondiale et nos membres ont voulu des prestations pour faciliter ce type de mobilité et leur venir en aide en cas de nécessité. Aujourd’hui, nos membres nous demandent de défendre le libre choix du moyen de transport, tout en promouvant la complémentarité des moyens de transport. Nous sommes aussi conscients qu’il existe un besoin considérable d’informations concernant la transition écologique de la mobilité et nous essayons d’y répondre quotidiennement.

Patrouille e-bike: des dépanneurs  en mode mobilité douce.
Photo: TCS

C’est pour cette raison que le TCS s’oppose au projet de loi sur la tarification de la mobilité, ainsi qu’aux péages urbains…

Nous nous opposons à une gestion de la mobilité par le prix. D’une part, cette approche est antisociale et toucherait principalement ceux qui ont le moins de marge de manœuvre en termes d’horaires de travail. D’autre part, la pandémie a montré qu’en rendant les horaires de bureau et d’école plus flexibles et en développant le télétravail, les pics d’utilisation des transports publics et privés peuvent être considérablement réduits. Des solutions existent donc et peuvent être mises en place rapidement et facilement, sans punir les personnes dont les horaires de travail sont fixes. Enfin, on risque en outre de voir un patchwork de tarifs différents et opaques se former en Suisse, avec une tarification régionale de la mobilité.

En revanche, vous avez soutenu la loi sur le CO2. Pour quelles raisons?

Pour comprendre ce soutien, il faut resituer la loi sur le CO2 dans son contexte. En ratifiant l’Accord de Paris, la Suisse s’est engagée à adopter des mesures pour réduire ses émissions de CO2 jusqu’en 2030. C’est pourquoi le Parlement fédéral a travaillé sur une série de mesures et le TCS s’est battu afin qu’un plafond raisonnable pour la majoration du prix des carburants, des valeurs cibles réalistes et le maintien du libre choix du moyen de transport soient garantis. A la suite du verdict populaire, il faudra trouver un autre chemin pour atteindre ces objectifs climatiques. Utiliser davantage l’incitation et éviter toute mesure purement punitive devront servir de principes clés. Il sera notamment nécessaire de soutenir concrètement les usagers de la route dans leur transition vers une mobilité individuelle durable, et nous porterons ce message auprès des autorités politiques.

Cette législation n’est toutefois qu’un premier pas. A l’avenir, comptez-vous vous engager sur le chemin de la transformation écologique?

La mobilité est en perpétuelle transformation depuis notre fondation et cela va continuer à l’avenir. Aujourd’hui, nous sommes face à de grands défis pour rendre la mobilité individuelle plus sûre et plus durable. Il ne s’agit pas simplement de rendre les voitures silencieuses et propres, mais aussi de garantir la liberté de mouvement des usagers et de respecter leurs choix individuels, qu’ils soient en milieu urbain, à la campagne ou à la montagne. Aujourd’hui, les constructeurs et les régulateurs s’accordent pour développer rapidement la mobilité électrique. Effectivement, ce type de motorisation présente plusieurs atouts, notamment en termes d’émissions polluantes et d’efficience, mais nous sommes d’avis qu’il faut regarder plus loin et continuer de développer aussi des alternatives, comme l’hydrogène et les carburants synthétiques. Le futur de la mobilité sera multiple et diversifié, et le TCS y jouera toujours un rôle pour servir les intérêts de ses membres et leur venir en aide. Car tant qu’il y aura des déplacements, il y aura des mésaventures et des pannes, et donc un rôle pour le TCS.

Les cotisations versées par vos membres constituent une part importante de vos recettes. Une stagnation de leur effectif ne menace-t-elle pas le développement de vos prestations?

Non, parce que la situation financière du TCS est très saine et diversifiée. En tant qu’association sans but lucratif, nous n’avons pas d’actionnaires à rémunérer et nous réinvestissons tous nos bénéfices dans de nouvelles prestations pour nos membres et pour la Suisse en général. C’est ainsi que nous pouvons promouvoir la sécurité routière auprès des enfants, réaliser des tests de référence pour guider les consommateurs dans leurs choix, et livrer gratuitement à la population des informations touristiques et routières.

Lors de l’assemblée ordinaire des délégués en 2017.
PHOTO: Emanuel Freudiger

La vente d’assurances est l’autre pilier sur lequel reposent vos revenus. Dans quelle direction comptez-vous croître dans cette activité?

Avec notre livret ETI, nous sommes depuis des décennies les leaders de l’assurance voyage annuelle en Suisse. Notre assurance protection juridique est également une référence dans son secteur d’activité. Le TCS a par ailleurs lancé d’autres produits dans le domaine des assurances, en particulier les assurances pour vélo et e-bikes, pour les automobiles, ou encore la protection sur internet. Tous ces produits ont trouvé un accueil favorable auprès de nos membres.

La mobilité est en perpétuelle transformation. (...) Aujourd’hui, nous sommes face à de grands défis pour la rendre plus sûre et plus durable

Le TCS est composé de 23 sections cantonales juridiquement et économiquement indépendantes. Cette structure fédéraliste correspond-elle encore aux besoins de vos membres?

C’est le secret de notre succès, et cela dure depuis 125 ans! Une structure fédéraliste, sans but lucratif, qui peut compter sur un ancrage régional très fort, c’est unique. Notre culture suisse se reflète aussi dans notre mode de fonctionnement interne et dans nos valeurs: la précision, la qualité et le service, mais aussi l’entraide et la solidarité. Nous sommes d’ailleurs très fiers d’avoir l’écusson suisse sur notre logo.

Des fusions réduiraient pourtant les inégalités entre les sections riches et les sections pauvres et permettraient aussi d’offrir les mêmes prestations à tous vos membres….

Les prestations du club central sont les mêmes pour tous les membres et sur tout le territoire. Les sections apportent une offre complémentaire en termes de vie d’association et de services sur le territoire: centres techniques, centres de conduite, points de contact, animations et autres activités locales. Et là, il est inexact de parler de sections riches et pauvres, mais plutôt de grandes sections et de sections avec une voilure plus restreinte.

Il peut certes y avoir des différences entre les prestations offertes par les sections, mais elles s’expliquent et ne créent pas d’inégalités. Partant, des fusions ne s’imposent nullement – l’ancrage local est une des forces du TCS. Mais une fusion peut être opportune dans un cas concret, comme celle de l’année passée des deux sections du canton de Neuchâtel. Réunir des membres d’un seul et même canton dans une section était la suite logique d’une collaboration déjà très étroite entre les deux sections.

Comment le TCS a-t-il vécu les crises sanitaire et économique?

Nous les avons affrontées avec une priorité: continuer à aider, servir et répondre à nos membres, malgré les circonstances. Nous avons pu maintenir notre engagement et nos services, même si nous avons dû traiter un très grand volume de demandes, qui nous sont parvenues en quelques semaines seulement, à la suite de la première vague de Covid. La pandémie a prouvé que même en cas de crise le TCS répond toujours présent. Nous avons aussi pu apporter notre aide au corps médical en fournissant une assistance routière gratuite et prioritaire à tout le personnel médical durant la première période de semi-confinement.

Quelles sont les répercussions de la pandémie sur vos résultats financiers?

Une pandémie comme celle que nous avons connue va laisser des traces dans tous les pays et dans toutes les entreprises. Cela dit, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur l’impact à long terme. Pour 2020, nos résultats s’inscrivent dans la continuité des années précédentes, avec un bénéfice opérationnel ebit qui nous permet de voir l’avenir avec sérénité.


Le TCS en 2019

Chiffre d’affaires brut: 382 millions de francs, dont cotisations des sociétaires (96 millions), primes d’assurances (147 millions), assistance (56 millions), tourisme et loisirs (34 millions).
Effectif:
1351 collaborateurs (équivalents temps plein)
Nombre de membres:
1,5 million
Bénéfice opérationnel ebit:
4,1 millions de francs
Bénéfice net consolidé:
15,9 millions de francs
Total du bilan:
640 millions de francs

Note: les comptes des sections ne sont pas inclus dans le périmètre de consolidation. Le rapport de gestion 2020 sera publié à la fin du mois d’août 2021.


Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

Du même auteur:

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