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Pour sa 50e édition, le WEF veut susciter des engagements concrets

Pour sa 50e édition, le sommet de Davos du World Economic Forum, qui se tiendra du 20 au 24 janvier 2020, misera sur l'engagement des partenaires. Le fondateur du WEF, Klaus Schwab, et ses équipes ont imaginé une série de plateformes destinées à accélérer la transition vers une économie plus durable, en associant gouvernements, entreprises, ONG, citoyens,...

Les dirigeants du World Economic Forum veulent pousser les participants au sommet de Davos à s'engager au-delà du dialogue traditionnel.

Crédits: Bilan

Faire dialoguer toutes les parties, des universitaires aux entrepreneurs et des dirigeants politiques aux responsables d'ONG: le credo du World Economic Forum (WEF) a fait son succès depuis la première réunion à Davos en 1971. Mais le monde de la Guerre Froide qui n'avait pas encore connu les chocs pétroliers et vivait sans conscience des enjeux environnementaux a laissé place en 2020 à un monde fragmenté et multipolaire, où le terrorisme inspire davantage de crainte que le nucléaire et dans lequel l'urgence climatique est devenue prioritaire pour la planète. A ce titre, la venue de Greta Thunberg lors de l'édition 2019 a sans doute marqué un tournant: la contestation de l'ordre établi ne se conçoit plus de l'extérieur, comme à l'aube du XXIe siècle avec le sommet de Porto Alegre, mais à l'intérieur même du centre de congrès de Davos, avec des voix prônant des alternatives voire la décroissance.

«La différence entre Davos et Porto Alegre s'est considérablement réduite ces dernières années. Il nous faut prendre en compte l'ensemble des enjeux planétaires et pas limiter l'économie aux notions de croissance et de rapports géopolitiques stricts, mais intégrer l'innovation, les inégalités, la crise climatique et environnementale», admet Klaus Schwab. Un constat que partage Saadia Zahidi, responsable du centre pour la nouvelle économie au WEF: «Dans de nombreux pays, les inégalités se sont aggravées ces dernières années. Et même dans les pays où les inégalités ne se sont pas accrues récemment, la mobilité sociale est en panne. Il faut questionner les orthodoxies de certaines politiques qui nous ont conduit là».

De la réflexion et du dialogue à l'engagement et à l'action

Klaus Schwab et le WEF réfutent cependant la thèse d'un "chemin de Damas" lors de l'édition 2019. «Nous avons donné la parole à Greta l’an dernier et nous apprécions qu’elle revienne. Elle n’est pas seule mais il y a une génération très large qui la suit et cette génération nous défie sur des questions cruciales. Pour l'édition 2020, nous avons intégré une dizaine d’adolescents dans des panels importants. Cependant, la prise en compte des enjeux environnementaux n'est pas neuve: dès les années 1970, nous avions invité des dirigeants des Verts allemands alors qu’ils étaient ultra minoritaires afin d’alerter sur ces enjeux. Toutefois, aujourd'hui, le temps au cours duquel nous pouvons agir est en train de se réduire et il faut se dépêcher», constate Klaus Schwab.

Pour Dominic Waughray, responsable du centre sur les biens publics globaux et des partenariats sur le développement durable au sein du WEF, «Les incendies en Australie montrent que tout est connecté: réchauffement, sécheresse, montée des océans,… Nous ne sommes pas dans une position où nous pouvons attendre la fin de la décennie avant d’agir. Ce ne sont pas des discussions faciles que nous devons avoir mais elles sont incontournables. Nous devons trouver des mécanismes financiers innovants pour protéger les espaces naturels menacés à travers la planète».

Klaus Schwab.
Klaus Schwab.

Un sentiment d'urgence et de responsabilité face aux enjeux que le WEF a décidé de traduire concrètement avec une série d'initiatives pour cette 50e édition. C'est ainsi que le WEF va ouvrir la plateforme UpLink qui permettra à tout acteur (entreprise, gouvernement ou collectivité, ONG, particulier,...) de se manifester avec des idées innovantes en faveur d'une économie plus durable et responsable, mais aussi d'alimenter le débat au sujet de ces idées, de les diffuser, de les financer, de les promouvoir. «Ces étapes feront de nos engagements une réalité. Les participants doivent prendre à bras-le-corps ce rôle de stakholders responsables. Le monde est dans une situation d’urgence. Nous ne voulons pas que la génération suivante hérite d’un monde toujours plus hostile», avertit Klaus Schwab.

Avec UpLink mais aussi d'autres initiatives comme Manifesto (qui va succéder au "Davos Manifesto" de 1973 et affirmer le besoin et l'urgence d'une économie plus inclusive et plus durable), les Lighthouse Projects (qui visent à créer des engagements fermes de la part des participants et à aboutir à des impacts agrégés de toutes les parties prenantes), ou encore des plateformes public-privé afin de proposer dans les dix ans à un milliard de personnes les outils et compétences pour s’intégrer dans un monde de la 4e révolution industrielle ou pour planter un trillion d’arbres d’ici la fin de la décennie, le WEF veut dépasser son rôle traditionnel de plateforme focalisée sur le dialogue multipartite. «Ce n’a pas été un combat facile de rendre mainstream le concept d’une rencontre multipartite avec l’ensemble des stakeholders dans les années 1970 et 1980. Le monde est devenu de plus en plus complexe. Si je dois analyser ce qui a fait le succès de Davos, je vois plusieurs raisons. Parmi celles-ci, le fait que les problèmes actuels ne peuvent pas être résolus par les gouvernements seuls et il faut des plateformes collaboratives; mais aussi le fait que nous ne sommes pas focalisés sur une seule thématique mais sur des enjeux systémiques et complexes impliquant un maximum d’acteurs», précise Klaus Schwab.

Des préparations plus poussées

Pour rendre ces engagements plus concrets et dépasser le cadre traditionnel du dialogue et atteindre les engagements et l'action, l'édition 2020 du Forum de Davos réunira un grand nombre de dirigeants: «Huit CEO des dix plus importantes entreprises au monde seront présents, car on ne peut pas changer le monde si on n’engage pas dans le changement les dirigeants des grandes entreprises. Mais aussi 53 dirigeants de pays, 33 ministres de l’économie et des finances, 38 dirigeants d’ONG», énumère Borge Brende, président du WEF. Et pour que le dialogue se mue en actes, de nombreuses sessions ont été largement préparées en amont du sommet, plus encore que lors des éditions précédentes.

«Le changement ne vient pas tout seul. A Davos nous devons lancer les prémices. Chacun des participants peut avoir un impact positif. Si nous nous engageons résolument, nous pourrons dire aux jeunes générations et à celles et ceux qui nous questionneront dans quelques années qu’ils peuvent compter sur nous», espère Klaus Schwab.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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