Bilan

PLR: quo vadis?

Les affaires Maudet, Broulis, et d’autres ont fragilisé l’image du PLR. Même si le parti a gagné des sièges en Suisse, le centre droit est menacé partout en Europe par la montée de la droite populiste. Aperçu des défis qui guettent la droite libérale.

  • Crédits: Laurent Guilleron/Keystone
  • Crédits: Sources: OFS, Neuchâtel

Au sein du PLR, une vertu à reconquérir

Les élus de centre droit passent par une période délicate, qui met à l’épreuve l’image de ces partis et les valeurs qu’ils véhiculent. Signe des temps, en France, le parti Les Républicains, fragilisé depuis l’affaire Fillon, considère son propre chef de parti, Laurent Wauquiez, comme moins populaire que sa concurrente Marion Maréchal Le Pen, l’ex-députée du Front national (d’après le baromètre Ipsos-Le Point). 

En Suisse romande, le Parti libéral-radical (PLR) se porte bien à ce jour, en termes de voix. Mais cette année a été marquée par de multiples affaires qui ont révélé combien la tolérance de l’opinion publique est devenue moindre pour toutes sortes de privilèges, d’avantages et de connivences soupçonnés chez les politiques. A quelques mois d’écart, deux affaires ont occupé le devant de la scène sur Vaud et Genève. Pascal Broulis et Pierre Maudet, deux conseillers d’Etat appartenant au Parti libéral-radical, deux figures de proue de ce parti jusque-là crédités d’énormes succès, ont fait les gros titres, l’un en rapport avec sa fiscalité personnelle et la répartition intercommunale de celle-ci, l’autre au sujet de l’acceptation soupçonnée d’avantages dans le cadre d’un voyage à Abu Dhabi, puis de faveurs supposées envers des hommes d’affaires genevois. Ce printemps également, la conseillère nationale PLR Isabelle Moret a dû s’expliquer de manière transparente sur sa situation financière et fiscale qui affichait certaines zones d’ombre. Puis c’était au tour du conseiller national PLR valaisan Philippe Nantermod de révéler, à l’occasion d’un débat sur Infrarouge, qu’il avait accepté un mandat payé 10 000 francs pour quatre séances par an avec le Groupe Mutuel, avant de faire rapidement marche arrière à la suite des réactions sur le plateau. Fin octobre, c’est un PDC cette fois, Guillaume Barazzone, conseiller administratif de la Ville de Genève, qui s’est trouvé sous enquête du Parquet genevois pour avoir accepté lui aussi une invitation à Abu Dhabi. 

Le parti de l’économie

Face à ce climat général de suspicion, une partie de l’opinion a crié à la chasse aux sorcières, minimisant ces comportements et rappelant le bilan global des politiques concernés. Mais l’image du PLR n’en ressort pas moins ternie. Moins que l’aspect légal de ces affaires, c’est avant tout le sentiment qu’elles laissent d’une certaine légèreté des élus des partis bourgeois, qui côtoient de près le monde économique, dans leur relation à l’argent, à certains privilèges, et le peu de cas qu’ils font d’entretenir une image irréprochable de serviteurs intègres et désintéressés du peuple. Pour ce dossier, nous avons contacté Petra Gössi, présidente du PLR Suisse, mais elle n’était pas disponible pour nous répondre avant trois semaines, y compris par écrit. Mais elle avait clairement distancé le parti du cas Maudet, indiquant à la presse que le conseiller d’Etat «doit prendre acte de la perte de confiance qu’il subit et l’on est en droit de réfléchir aux conséquences et de se demander s’il est encore capable de mener son action politique». Pour le conseiller national UDC genevois et chroniqueur chez Bilan Yves Nidegger, «cette pluie d’affaires: Maudet, Broulis, Moret, présente le parti de la grande économie comme celui des petites économies, économies d’impôts, économie de voyages personnels, ce qui est d’autant plus problématique à un an des élections fédérales que le PLR était engagé dans un travail de relookage tendant précisément à casser son image de parti des petits copains».  

Pour Slobodan Despot, éditeur, auteur, directeur d’Antipresse.net et ancien conseiller de l’UDC Oskar Freysinger, c’est la fin d’une époque: «J’ai l’impression qu’on sort d’une grande période de navigation par beau temps où cette osmose entre certains milieux politiques et les milieux d’affaires pouvait être tolérée, car au fond elle ne dérangeait personne ou ne nuisait pas au bien-être général.» A présent, note-t-il, face à la stagnation économique, une forte séparation des classes sociales, une croissance rapide des ultrariches et un appauvrissement des classes moyennes, «cela devient choquant que des hommes politiques puissent être les clients de gens très riches qui les utilisent comme des leviers d’influence et qu’ils ne semblent pas se rendre compte de l’ambiguïté de leur position, juge l’écrivain. Ils semblent avoir des échelles morales que personne ne pourrait avoir dans la vie ordinaire sans finir devant la justice. Je ne conçois pas qu’une vague connaissance me paie un week-end où que ce soit. Eux ne se sont pas posé la question, il y a comme une perte de boussole morale.» 

Enfin, pour Slobodan Despot, si le PLR, une partie du PDC et le centre droit en général se retrouvent dans de telles affaires, «c’est faute d’avoir des causes et une idéologie fortes qui leur permettent d’attirer plus l’attention par leurs engagements politiques que par leur affairisme».

A la tête du PLR suisse, Petra Gössi s’était distanciée du cas Maudet. (Crédits: Yvain Genevay)

Revoir ses valeurs

 Le PLR devrait-il mieux travailler son image et les valeurs et discours qu’il veut défendre, à une époque où la transparence devient la règle du jeu? «Une chose est sûre, affirme Carlo Sommaruga, conseiller national PS, historiquement la gauche défend le travail, la droite le capital. Que la droite ait un discours favorisant les banques plutôt que les clients, les assurances plutôt que les assurés ou les multinationales plutôt que les salariés, cela n’a donc rien de surprenant. Ce qui est insupportable et inadmissible c’est l’affairisme, le mélange entre intérêts privés et action politique. Une maladie qui atteint essentiellement la droite.»

Pour Carlo Sommaruga, les partis de droite doivent aujourd’hui non seulement sortir de l’affairisme, mais surtout revoir leur vision de l’économie, en raison des «Objectifs du développement durable (ODD), contraignants aussi pour la Suisse et son secteur privé. Le capital national et international ne peut décemment plus être défendu que s’il s’inscrit dans le respect des ODD, soit la lutte contre la pauvreté, la protection des droits de l’homme, la promotion du travail digne ou encore le respect de l’environnement, ici et ailleurs.»

Le socialiste regrette le côté dévastateur des affaires: «Outre l’insupportable odeur de favoritisme, voire de corruption, que dégage chaque acceptation d’avantage, elle contribue à l’éloignement des citoyens de la politique. C’est à chaque fois une atteinte à notre démocratie.» Mais il ne pense pas que le public soit devenu plus tolérant: «Ce qui change, c’est qu’avec internet l’information circule beaucoup plus facilement. Une photo, une vidéo ou un enregistrement peut refaire surface inopinément à tout moment et démonter le mensonge ou l’image mensongère qu’une ou un élu a construit. C’est finalement une bonne chose pour la démocratie. Car cela oblige les représentants du peuple à plus de cohérence et à affronter leurs contradictions.»

A quel public s’adresse le PLR aujourd’hui, comment veut-il se démarquer face à la montée de la droite populiste? Le centre droit n’est-il pas aujourd’hui face à un défi majeur un peu partout en Europe?   

Carlo Sommaruga (PS): «L’affairisme, une maladie qui atteint essentiellement la droite.» (Crédits: Sebastien Anex)

Les enjeux sociétaux

Les Jeunes libéraux-radicaux, interrogés dans ce dossier, se disent concernés davantage par les enjeux sociétaux (droits LGBT, égalité hommes-femmes) que le parti-mère, mais soulignent qu’il faut plus que jamais tenir aux valeurs du libéralisme. On retrouve chez eux une attitude reflétant une partie de la population qui souhaite plus de libéralisme sur les projets sociétaux, mais aussi dans le travail. Le PLR se profile à ce titre comme le parti des jeunes salarié(e)s. Le parti de l’innovation, de la créativité et des libertés qui veut répondre à des revendications comme travailler le dimanche, définir plus librement son lieu de travail, faire du télétravail, avoir plus de souplesse dans son organisation personnelle, familiale, et plus d’indépendance. 

Face à la montée de la droite populiste, le parti ne propose toutefois pas de discours en phase avec les citoyens aux penchants identitaires, antiglobalisation et anti-immigration. Le député genevois Cyril Aellen veut quant à lui réaffirmer haut et fort une valeur cardinale du PLR: la responsabilité (lire son interview en fin de dossier). 

Christian Lüscher, lui, ne cède rien aux reproches en lien avec les affaires. Pour le conseiller national PLR et avocat genevois, laisser entendre que le PLR serait en perte de vitesse serait une pure contre-vérité. Il rappelle que, depuis cinq ans, le parti n’a cessé de gagner des sièges (voir l’infographie page 37). «Nous volons de victoire en victoire et sommes le premier parti en termes de représentation dans les parlements cantonaux. Il n’y a pas une élection en Suisse depuis cinq ans dans les communes, les cantons et au niveau fédéral où nous avons perdu des plumes.» Le PLR en Romandie est même beaucoup plus fort qu’en Suisse alémanique, rappelle le politicien. 

Yves Nidegger (UDC): «Cette pluie d’affaires est dommageable, à un an des élections.» (Crédits: Dr)

Pour lui, les affaires – «est-ce que ce sont des affaires, cela reste à discuter» – ne touchent pas un parti mais des individus, des personnalités, et le PLR n’est pas le seul parti touché. Il constate que d’autres partis le sont aussi, sans porter de jugement sur le bien-fondé d’éventuelles accusations. «Au demeurant, nous n’avons pas attendu les affaires Maudet et Broulis pour nous remettre en question. Cela fait des années, depuis les affaires Swissair et UBS, que le parti a déployé des efforts considérables pour s’éloigner de cette image affairiste. Celui qui a le mieux incarné cet éloignement était notre président Philippe Mueller (parti en 2015), qui était plâtrier-peintre et qui avait le mieux rompu avec cette image d’un PLR proche des banques», souligne Christian Lüscher, tout en indiquant qu’il est de son côté «très fier de défendre la place financière genevoise, qui mérite mille louanges». Le PLR «est le parti de l’emploi», plaide le parlementaire fédéral: «Nous avons pris toutes les mesures pour que l’économie tourne à pleins poumons, pour que le droit du travail soit souple, qu’il facilite les accords entre employeurs et employés au niveau faîtier.» Enfin, Christian Lüscher adresse un reproche aux médias: «N’est-ce pas à vous, journalistes, de vous remettre en question, après avoir porté aux nues Pierre Maudet (plutôt que le PLR), venir reprocher au PLR les affaires individuelles en cours, alors que nous avons immédiatement condamné ce comportement à Berne comme à Genève. On attend la remise en question de la presse sur son «à-plat-ventrisme» d’alors.» Finalement, il souligne que le conseiller fédéral PLR Johann Schneider-Ammann, lui, aura fait «ce que l’on peut attendre d’un ministre de l’Economie libéral, à savoir mettre des partenaires sociaux autour de la table, et vendre inlassablement l’industrie suisse à l’étranger. Les emplois, l’économie, l’industrie: c’est cela le PLR au niveau suisse, et non des prétendues affaires locales qui ne changent rien à nos valeurs.» 

Slobodan Despot, éditeur:  «Il y a une perte de boussole morale.» (Crédits: Patrick Martin)

«Un problème de gens»

Fathi Derder, ancien rédacteur en chef de l’Agefi, journaliste libre et conseiller national PLR, plaide lui aussi le cas isolé. «Je ne vois qu’une affaire, l’affaire Maudet. Et je n’ai pas le sentiment que ce soit un problème du PLR. C’est un problème de gens. Un problème lié au pouvoir en général.» Pour lui, aucune atteinte à l’image du parti donc, «sauf si on fait des amalgames». Des individus de tous les partis, insiste-t-il, ont été cités dans des affaires. «Toute personne en contact avec le pouvoir peut perdre les repères, qu’il soit PLR ou maire de Baden, membre des Verts.» Les milieux économiques, selon lui, approchent tous les partis sans distinction. «Bref, je ne conseillerais pas au parti de faire un plan comm pour corriger quoi que ce soit. Les adversaires politiques veulent attribuer ces affaires au PLR. Mais on voit que l’affairisme, en France, concerne autant les socialistes. C’est un vrai sujet, mais un sujet lié au pouvoir.»  

Interrogé sur les valeurs que le PLR doit véhiculer aujourd’hui et sur la place des partis de centre droite face à la montée de la droite populiste, le Vaudois ne démord pas des valeurs libérales, «qui ont fait leurs preuves pour assurer la prospérité de la Suisse et qui inspirent la politique économique du pays. Si l’on est proches du plein-emploi, c’est grâce aux politiques – qui sont au programme du PLR – qui permettent aux entreprises et aux startups de se développer.» 

Quant à savoir si les valeurs du PLR sont en adéquation avec la population: «Je constate que le discours que tient le PLR globalement correspond aux attentes des Suisses.» S’il y a une tendance au protectionnisme, il note que la population suisse continuer de plébisciter le libéralisme. «La Suisse ne se gouverne pas comme le veut l’UDC, raison pour laquelle ce parti fait autant de bruit. Le PLR ne cède pas au populisme. On ne changerait pas de discours même si la majorité changeait: c’est le propre des girouettes.» 

Christian Lüscher (PLR) : «Le PLR se porte au mieux. Nous volons de victoire en victoire.» (Crédits: Laurent Crottet)

«Pour les droits LGBTI et l’égalité hommes-femmes» 

Jacques Douzals, président des Jeunes libéraux-radicaux Genève:

Jacques Douzals (Crédits: Dr)

Les JLR en Suisse et à Genève se démarquent du parti-mère sur l’aspect sociétal, car nous sommes en faveur de sujets encore controversés au PLR, dont les droits LGBTI. Notre position aux JLR Suisse demande ainsi très clairement le mariage pour tous. Nous défendons par ailleurs l’égalité hommes-femmes et le congé parental. Nous estimons que la lutte contre les discriminations ne doit pas être une prérogative des partis de gauche. De plus, les JLR Suisses sont en faveur d’une légalisation progressive des drogues douces. Une partie des JLR est pour une libéralisation complète; les arguments principaux sont la vérification de la qualité des produits, la lutte contre le marché noir et les rentrées fiscales. L’immigration est un sujet qui nous intéresse mais sur lequel nous n’avons pas de position officielle. Ce n’est pas un sujet traité au niveau cantonal car c’est une compétence fédérale. Nous défendons par ailleurs la poursuite de la voie bilatérale, position que nous avons rappelée l’an passé au congrès de Lausanne

L’image du PLR après les affaires est pour nous un sujet d’inquiétude et de débat assez nourri, mais nous faisons confiance à la justice. Une partie de l’opinion est totalement réfractaire à ce qu’il y ait des soupçons sur la probité d’un magistrat, mais une autre partie demande à ce que justice soit faite et que l’enquête puisse suivre son cours. Ce n’est pas le rôle des médias que de juger avant que les faits ne soient établis et jugés par la justice. C’est une période difficile que l’on vit de manière générale en politique. » 


Dr

«Les partis de centre droite sont dans une impasse»

L’Analyse de Hans-Ulrich Jost, historien, ancien professeur à l’Université de Lausanne.

«Longtemps, les partis que j’appelle traditionnels, qui étaient présents lors de la 2e moitié du XIXe siècle à la création de l’Etat fédéral, ont construit leur crédibilité avec un réseau constitué de cadres du parti, de cadres du privé, et de cadres militaires. Ce réseau reposait également sur de nombreuses associations (de tir, de gymnastique etc.). Le Parti radical était le parti de l’Etat fédéral de 1848, considéré comme le parti du progrès qui poussait l’industrialisation de la Suisse. Il a aussi trouvé un appui considérable chez les élites académiques. Certaines études d’avocats étaient de véritables pépinières, comme celle de l’avocat Louis Ruchonnet, conseiller fédéral radical qui a marqué la vie politique à la fin du XIXe siècle. Faire une carrière militaire, puis occuper une fonction publique, ou rejoindre une entreprise privée - ce qu’on appelle le «cursus honorum» - était le parcours tout tracé pour entrer au parti radical et y faire carrière. Les élites issues de ce parcours jouissaient d’une grande crédibilité auprès du public; les quelques scandales n’avaient pas le même effet à l’époque.

Dès 1900, le parti radical changeait sa stratégie. Il cherchait en premier lieu à défendre et à maintenir sa position dominante. Il conclut une coalition avec les catholiques conservateurs, puis avec le parti des paysans artisans et bourgeois. Plus tard, il intègre encore les libéraux. Cependant, il s’avérera difficile de rassembler ces différentes ailes autour d’un programme commun. Longtemps, lutter contre le socialisme avait constitué un moteur fort. Le parti radical s’était profilé comme garant de la vision bourgeoise et anticommuniste de l’Etat. Mais le danger bolchéviste n’est plus présent et l’Etat national se trouve marginalisé par la globalisation et la finance internationale.

Aujourd’hui, le PLR est menacé par une alternative à droite. L’UDC incarne un nouveau type de parti qu’on pourrait appeler  parti de «guerre civile». Il ne cherche pas la collaboration, mais la confrontation radicale. Le but n’est pas de participer au pouvoir moyennant des collaborations constructives. Au contraire: afin de gagner le soutien des citoyens, il construit l’image d’un ennemi quelconque ou attise des rancunes. Les électeurs sont gérés comme un marché, et les initiatives populaires menées par ce parti dégénèrent en campagne de propagande.Mais les difficultés actuelles du PLR portent également sur sa propre activité des décennies passées. Quelques scandales ont laissé leur trace, à l’instar des affaires Kopp ou de la chute de Swissair. Aussi, le PLR a des difficultés à recruter des chefs crédibles de l’industrie ou de la finance. Les managers qui y occupent aujourd’hui les postes dirigeants sont des éléments «hors sol», sans enracinement dans la culture démocratique helvétique. De surcroît, une carrière militaire, un des atouts traditionnels, n’est plus de mise. La tentation d’une politique proche de celle de l’UDC peut émerger. Elle comporte des risques pour le PLR, à commencer par celui de voir une partie des adhérents quitter les rangs. Et ça serait aussi la fin de la démocratie suisse. 


Antoine Müller (Crédits: Dr)

«Assumer notre discours même quand c’est difficile»  

Antoine Müller, président des Jeunes libéraux-radicaux Vaudois: 

«Que doit être le PLR? C’est un parti de gouvernement. Un parti sérieux avec des propositions concrètes et solides, susceptibles de recueillir des majorités, des propositions qui sont financées. Quand il s’agit d’assainir les assurances sociales, il faut avoir le courage de faire des choix politiques et de les expliciter. Notre discours face aux populistes? Rappeler que le libéralisme fait partie de nos valeurs. Nous n’avons pas à être gênés de défendre ces valeurs. Les valeurs d’ouverture et de libre commerce tendent à être contestées? Il faut assumer ce qu’on est, ne pas reculer et rappeler tout ce que ces valeurs apportent,
et pas uniquement à une catégorie de la population, mais à tout le monde. Nous devons défendre la prospérité de la Suisse et sa compétitivité et ne pas arrêter d’en expliquer l’importance. La prospérité n’est jamais acquise et il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier. Ne jamais croire que de mauvaises décisions n’auront pas d’impact. La Suisse n’est plus le pays le plus compétitif. Ce doit être un signal nous incitant à poursuivre nos efforts pour rester attractifs. Si on travaille, on ne va pas décliner. Il faut avoir le courage d’assumer notre discours même quand c’est difficile. Le long terme validera nos choix. Ce que d’aucuns proposent à gauche comme chez certains populistes, ce sont des impasses.
La Suisse ne peut faire cet «Alleingang». Montrons ce que c’est qu’un parti de gouvernement qui prend ses responsabilités et qui voit plus loin que le bout de son nez.» 


«Réaffirmer la responsabilité comme valeur cardinale»

Cyril Aellen, avocat, député genevois PLR, chef de groupe. 

Les affaires Maudet, Broulis et les autres trahissent-elles une crise de valeurs au PLR?

Ces affaires sont deux cas distincts entre eux, déjà. Elles ne sont pas révélatrices de valeurs du centre droit et du PLR. J’aimerais rappeler que le PLR fédéral autant que cantonal s’est montré fort critique et a condamné sans réserve ces comportements qui ne sont pas conformes aux valeurs défendues par le parti. 

Plaider le cas isolé est aisé. Mais n’y a-t-il pas une atteinte à l’image du PLR et à ses valeurs? 

Oui. Ce qu’il faut faire face à cela: affirmer que cette façon de faire n’est pas acceptable. Mais à la question: «Est-ce lié au fait que le PLR serait trop proche des milieux d’affaires?», ma réponse est non. 

Un politicien de droite n’est-il pas davantage susceptible d’avoir des conduites inspirées des milieux économiques? 

Non. Il y a une déontologie qu’on doit adopter, qu’on soit de gauche ou de droite, et le fait d’être de droite n’est un facteur ni aggravant ni atténuant. Dans un contexte où certains considèrent qu’on cherche des noises à M. Maudet, moi j’estime que ce n’est pas conforme à l’éthique de mon parti et je suis fier que ce dernier condamne ces agissements. Je ne fais pas partie de ceux qui considèrent que c’est une non-affaire. 

Le PLR pourra-t-il faire l’économie d’une réflexion sur son image, ses messages?

Le PLR doit être plus attentif, très clairement, à la façon dont les candidats et les élus se comportent, et dans les exigences qui leur sont fixées au moment où ceux-ci sont désignés par leur parti. Il faudra se montrer plus intransigeant pour régler ces questions au moment où les candidatures sont posées, du bas en haut de l’échelle politique. Dans ce contexte-là, il y a des progrès à faire. 

Quelles valeurs le PLR veut-il porter pour l’avenir ?

Outre les valeurs de liberté au niveau social et économique, la responsabilité est une valeur fondamentale du PLR et on ne doit pas sous-estimer l’impact négatif des comportements qui sont mis en évidence par les affaires. Il ne faut donc pas s’arrêter à «je condamne et circulez, y a rien à voir». Il s’agit de réaffirmer la notion de responsabilité comme valeur cardinale du PLR et d’exiger de nos élus qu’ils prennent un engagement de garder une ligne éthique très stricte.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan.

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